L’après FIBD 2017 : projets à suivre et suggestions BD

Le festival d’Angoulême 2017 passé, focus sur quelques maisons d’édition et certains de leurs titres, avec au programme : des nécrophages et des nazis dans l’espace, du Mythe, A Mission to Mars version Jules Verne, une plateforme participative, des BD dont vous êtes le héros, des super-héros…

De jeunes maisons éditions s’affirment aux côtés des “majors” Delcourt-Soleil, Glénat, Dargaud, … En raison de moyens plus limités, elles cherchent à faire preuve d’originalité et réfléchissent davantage leurs catalogues. Sans refaire toute leur production, voici une petite présentation des éditions Rue de Sèvres, Sandawe, Makaka et Akiléos, ainsi que quelques-uns des titres qui ont retenu notre attention lors du Festival BD d’Angoulême 2017.

Rue de Sèvres, la qualité plutôt que la quantité

Rue de Sèvres est une filiale de L’Ecole des Loisirs dédiée à la bande dessinée. Elle est créée en 2013 par Louis Delas, ancien directeur de Casterman et successeur de son père Jean Delas, l’un des fondateurs de L’Ecole des Loisirs. Rue de Sèvres est animée par le même esprit que la maison-mère, dont le catalogue est une référence en matière de littérature et albums jeunesse. Sa ligne éditoriale est très sélective, privilégiant la qualité et l’originalité des titres, et se concentre sur un nombre limité de publications, tous genres et tous publics confondus. En 2014, le succès de la série Le Château des étoiles d’Alex Alice consacre Rue de Sèves.

Lors du festival BD d’Angoulême 2017, Le Château des étoiles est mis à l’honneur dans une magnifique exposition tandis que Rue de Sèvres appuie sa communication sur sa nouvelle série SF Infinity 8.

Infinity 8

Le vaisseau de croisière Infinity 8 transporte à son bord 88 000 passagers de 257 races différentes lorsqu’il se retrouve bloqué par un gigantesque amas de vaisseaux et de débris de planètes. Le capitaine de l’Infinity 8, qui possède le pouvoir d’explorer une trame temporelle de huit heures et d’effectuer un reboot si nécessaire, enverra successivement huit agents enquêter sur ce qui s’avère être une gigantesque nécropole d’origine inconnue.

8 agents, 8 reboots temporels, 8 tomes prévus en 2017. Infinity 8 est un space opera-comédie imaginé et dirigé par Lewis Trondheim et Olivier Vatine (Mister Aquablue). La série fait appel à un dessinateur et à un coscénariste différents pour chaque album, parmi lesquels Boulet, Davy Mourier, Vehlmann, Zep… Publiée en collaboration avec Comix Buro, Infinity 8 est LE gros projet de l’année 2017 pour Rue de Sèvres.

Dans le tome 1 Romances et Macchabées, dessiné par Dominique Bertail et co-scénarisé par Zep, une race de nécrophages se jette voracement au cœur de la nécropole depuis l’Infinity 8. Ils vont chercher à détruire ce dernier pour garder l’exclusivité de leur gigantesque garde-manger.

Dans le tome 2 Retour vers le Führer, dessiné par Vatine lui-même, un club de Nazis localise au sein de la nécropole la tête cryogénisée d’Adolf Hitler et la ramène à bord de l’Infinity 8. Inutile de dire qu’une fois sa tête décongelée et ramenée à la vie, Hitler va vouloir recommencer là où on l’avait interrompu.

Les deux premiers tomes sont déjà disponibles et ont fait l’objet d’une prépublication en fascicules format comics. Bande annonce visible ici et tome 3 à paraitre en mars 2017.

Le Château des étoiles

1869. Séraphin et son père répondent à l’appel du roi Ludwig de Bavière pour réaliser un appareil qui permettrait d’aller sur la Lune en utilisant l’éther, cette force mystérieuse qui régit l’univers. Dans les somptueux décors du Rocher du Cygne, château aux allures féériques construit par Ludwig dans les montagnes de Bavière, ils conçoivent l’Ethernef. Mais des agents à la solde de la Prusse convoitent leurs recherches à des fins de conquête militaire.

Les deux premiers tomes parus en 2014 et 2015 racontent cette course à la Lune. Le nouveau cycle débuté il y a quelques semaines racontera celle de Mars. Comme pour le premier cycle, les albums sont pré-publiés sous forme de journaux enrichis d’articles et de publicités complétant l’intrigue et l’univers.

Les dessins à l’aquarelle d’Alex Alice sont magnifiques et lumineux. Le format journal de la prépublication permet d’admirer ses planches quasiment à leur taille originale. Elles illustrent à merveille cette aventure digne de Jules Verne mêlant espionnage, aventure et science romanesque. Plutôt destiné à un public jeune adulte, Le Château des étoiles parvient à envoûter les lecteurs quel que soit leur âge.

Prochains journaux du Château des étoiles prévus pour la mi-février et la mi-mars 2017.

Les rêves dans la maison de la sorcière

Le héros de l’histoire, étudiant en mathématiques, vit dans une chambre de bonne et fait des rêves de plus en plus étranges et angoissants. Des rumeurs racontent que son logement fut occupé, plus de deux siècles auparavant, par une sorcière capable de voyager entre différentes dimensions.

Les rêves dans la maison de la sorcière, de Mathieu Sapin (scénario) et Patrick Pion (dessin), est l’adaptation de La Maison de la Sorcière de H. P. Lovecraft. L’histoire semble transposée à l’époque contemporaine, dans un quartier parisien, sans qu’aucun repère clairement défini ne vienne réconforter le lecteur. Le dessin est semi-réaliste et nerveux, tandis que des planches crayonnées, plus douces et affranchies des cases, viennent s’intercaler dans le récit pour raconter les phases oniriques du personnage.

Mathieu Sapin et Patrick Pion entament avec cet album une série d’adaptations de nouvelles du Père de Cthulhu. Choix surprenant, donc, que de débuter par La Maison de la Sorcière, moins attachée au Mythe et davantage aux histoires de sorcellerie et d’envoûtements pourtant chères à Lovecraft. Patrick Pion nous a confié, lors du FIBD, que leur intention était de faire une entrée en matière “soft” et consensuelle, avant de s’enfoncer plus en avant dans le Mythe. Et que leur prochain album franchira quelques étapes supplémentaires avec l’adaptation de la nouvelle Le Cauchemar d’Innsmouth. Malheureusement sans date de sortie précise pour le moment.

Sandawe, maison d’édition et plateforme participative

Sandawe est une maison d’édition belge créée en 2009 par Patrick Pinchart, un ancien rédac’ chef du Journal de Spirou. Son projet est alors de développer ce qu’il appelle “l’Edition 2.0”, en laissant aux lecteurs le pouvoir de choisir les albums qui seront édités via financement participatif. La pratique du crowdfunding n’était alors que peu répandue et concernait principalement le domaine de la musique. Sandawe ne se contente pas de l’étendre au domaine de la BD et de proposer une plateforme participative spécialisée : avant tout maison d’édition, elle fait ainsi bénéficier les auteurs qui parviennent à faire financer leur projet de l’impression et de la distribution de leurs albums.

Ce mode d’édition alternatif reste encore relativement inédit dans le domaine de la BD. Il met en contact direct auteurs et lecteurs (ou “édinautes“) et les rend acteurs de l’édition. Les auteurs qui proposent des projets ont le choix de céder leurs droits aux éditions Sandawe ou de les conserver en proposant des “projets libres”. Autre fait inédit : les “édinautes” obtiennent une participation aux bénéfices sur les ventes des albums et de tous leurs droits dérivés.

Les albums présentés au FIBD 2017 avaient donc déjà eu une reconnaissance du public.

Parallèle

Le vaisseau Hybris échoue sur une planète glaciaire hostile. Des membres d’équipage partent en reconnaissance et se font tuer lors d’une violente attaque. En contact permanent avec la Terre, le capitaine et le reste de l’équipage finissent par réaliser qu’ils sont prisonniers d’une Terre parallèle, complètement dévastée, et que leurs agresseurs sont leurs propres doubles, version “humain contaminé” agressif.

Parallèle est une série SF de Philippe Pelaez au dessin, Laval NG au scénario et Florent Daniel aux couleurs. Le dessin semi-réaliste et les superbes couleurs font énormément penser au style de la série SF Orbital, chez Dupuis. C’est un compliment. Dynamique et maîtrisé, le récit offre de belles scènes d’actions tout en sachant doser les révélations… sans se priver d’un hommage évident à La Planète des Singes de 1968.

Déjà deux tomes disponibles, le troisième est en cours de financement.

Le chat qui n’aimait pas les croquettes

Bon, le thème n’est pas très geek, mais cela parle d’un chat. Tous les geeks aiment les chats, non ? Et cela peut donner des idées pour Cats ! La Mascarade. Ce one shot d’Ordrade raconte les pérégrinations nocturnes d’un chat domestique qui, lassé des croquettes, part en quête de son met favori : la viande. Entièrement dessiné au crayon blanc sur papier noir, le trait fin et délicat, l’album regroupe plusieurs histoires.

Comme le dit la bande annonce, le cadeau idéal pour tous les amoureux des chats !

Le site Sandawe regorge de nombreux autres projets à découvrir : La pluie des corps, Oliver et Peter, Toxic Boy

Makaka Editions, super-héros et BD dont vous êtes le héros

Makaka Editions a fait le pari fou de se lancer en 2007 sur un marché saturé, pour dénicher et propulser de jeunes talents encore inconnus. Plus de trente auteurs et une soixantaine de titres en 2016, ainsi qu’une quinzaine de titres à venir en 2017… le pari semble gagné. Plutôt orienté jeunesse et jeunes adultes, le catalogue Makaka propose quatre collections dont une série de BD dont vous êtes le héros !

BD dont vous êtes le héros ©

En 2012, Makaka dépose la marque BD dont vous êtes le héros, qui revitalise le genre des livres-jeux en l’ouvrant au grand public.

Les séries jeunesses Chevaliers et Pirates inaugurent la collection. Celle-ci compte désormais une vingtaine de titres dont certains s’adressent à un public résolument ados/adultes. Les genres se sont également diversifiés : une série Sherlock Holmes, du western, un étrange mélange magie-steampunk, du thriller, de la fantasy, une invasion zombie…

De quoi raviver la nostalgie des Livres dont vous le Héros des vieux geeks et d’initier leur progéniture !

Mystery

La série Mystery de Ced et Stivo est un hommage bourré de références et d’humour aux comics de super-héros. A Chicago dans les années 40, Jerry Jingle, le timide monsieur météo d’un journal local, devra pleinement assumer ses super-pouvoirs et devenir Mystery, pour contrecarrer les plans du machiavélique super-vilain nommé… Le Geek !

En voulant rendre hommage aux séries d’animation de DC Animated Universe (en particulier celle de Batman) avec un ton parodique, les auteurs sont en fait arrivés à un résultat proche du film d’animation Les Indestructibles. Ce qui aurait pu poser problème s’il ne l’avaient pas fait avec maîtrise et talent. Or les récits de Mystery sont à la fois drôles et intelligents et leur lecture plus que jouissive.

Deux tomes de Mystery sont déjà disponibles, ainsi qu’une BD dont vous êtes le Super Héros. Votre objectif y est de faire grandir, parfois par des choix douteux, votre réputation de super-héros afin d’intégrer l’équipe de Mystery débordée par le crime à Chicago !

Akileos, dénicheurs de talents et BD US

Akileos a déjà pas mal de bouteille pour une maison d’édition indépendante puisqu’elle a été créée en 2002 par Emmanuel Bouteille et Richard Saint Martin. Son catalogue plutôt adulte est difficile à définir car non formaté par les notions de collections ou de genres. Ses fondateurs fonctionnent aux coups de cœur et privilégient la découverte. Ils publient pour moitié des œuvres américaines et des séries françaises. En 2004, la traduction de la série Courtney Crumrin de Ted Naifeh contribue largement à l’affirmation d’Akileos.

Des séries françaises de qualité, à l’identité marquée, viennent peu à peu étoffer le catalogue : Billy Wild, un “western gothique” de Céka et Guillaume Griffon ; Block 109, une uchronie assez sombre de la Seconde guerre mondiale par Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat ; Clues, une enquête victorienne par Mara dont le style s’affirme au fil des albums ; Brane Zéro, un post-apocalyptique de Mathieu Thonon dont les décors sont du niveau de Katsuhiro Otomo ; Le Roy des Ribauds, encore de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat mais cette fois-ci dans un Moyen âge réaliste et violent… Les occasions de profaner votre compte épargne ne manquent pas.

Et côté US, les motifs de harcèlement moral envers votre banquier ne manquent pas non plus : adaptations de nouvelles de Lovecraft par Ian Culbard ; traduction de monuments des années 50 à travers les intégrales EC Comics Tales from the Crypt, The Vault of Horror, Weird Science… ; Chroniques de l’ère Xénozoïque

Petit bémol hélas, constaté lors du FIBD 2017 : peu de nouvelles séries chez Akileos, qui semble pour le moment se reposer sur la continuité de ses anciens titres. La nouveauté du moment étant (le début de) la conclusion d’Apocalypse sur Carson City.

Apocalypse sur Carson City

Précisons-le tout de suite : son auteur Guillaume Griffon est un rôliste et, visiblement, un grand fan de Quentin Tarantino et de ciné en général.

Carson City est dévastée par une invasion de morts vivants mutants. Tandis que la région est coupée du reste du monde par l’armée, une galerie de personnages à l’espérance de vie aussi élevée que celle d’un putain de gâteau sur le buffet d’un putain de congrès de boulimiques s’y croise, s’y flingue, y meure salement. Le tome 6 d’Apocalypse sur Carson City annonce la conclusion, prévue en deux parties, de cette histoire à mi-chemin entre la BD et le film d’exploitation.

Le dessin en noir et blanc est nerveux et très particulier, puisque les personnages de Guillaume Griffon ont tous une tête surdimensionnée comme pour affirmer leur stéréotype. Mais le découpage hyper dynamique, le récit entrecoupé de bandes annonces et de fiches personnages, l’action ininterrompue, la pléthore de guests et de clins d’œil cinématographiques happent rapidement le lecteur. Décapant et jouissif, quoiqu’à ne pas lire d’une traite, pour éviter la nausée.

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