Interview JdR : John Doe & Hellywood (2/2)

Alors que les éditions John Doe annoncent la sortie prochaine de la campagne “La justice des anges” pour le jeu de rôles Hellywood. Emmanuel Gharbi  l’un des co-auteurs nous a fait l’honneur de répondre à nos questions.

Questions jdr à Emmanuel Gharbi :

le jdr hellywood Comment est né l’univers d’hellywood et pourquoi ce système de jeu ?

L’univers est un hommage à la grande tradition du film et du roman noir. J’ai toujours aimé les histoires de flics pourris, de truands aux coeurs glacés, de privés cyniques, de femmes fatales libres et indépendantes. Je voulais mettre en scène en JDR de véritables antihéros. Ca ne veut pas dire des psychopathes, mais des femmes et des hommes qui vivent selon leurs propres codes moraux, leurs propres règles, à la lisière de la société. Placer l’action à la fin des années 40 était, visuellement, une évidence. Décrire un monde corrompu, où l’argent et le vice pourrissent tout fut l’étape suivante, un cadre idéal pour nos « tough guys ». Avec Raphaël, nous avons opté pour une ville imaginaire, Heaven Harbor qui nous a permis de réunir tous nos fantasmes de New York, Los Angeles ou San Francisco.
Ajouter une couche de fantastique fut aussi une décision précoce. Le fantastique nous a permis de traiter frontalement certains sujets délicats, comme la discrimination. Il a aussi ajouté une source de corruption. Nos démons ne sont pas les démons judéo-chrétiens traditionnels. Ils se nourrissent d’émotions fortes, mais ne sont pas à la source du mal. L’homme l’est. C’est son avidité, sa soif de pouvoir, qui le perdent. Ce pourrissement du corps sociale est un aspect important du Noir et le fantastique nous a permis de l’exacerber pour éviter de tomber dans le misérabilisme.
Le système de jeu a pris comme objectif de servir l’ambiance. Ainsi les caractéristiques des personnages permettent de miser sur ses chances de réussite et les jets de dès suivent les règles du craps.

Combien d’années de maturation, de tests, de mutations ?

Trois ans pour le jeu, plus une année de travail sur la version définitive pour la maquette, les illustrations, les textes finaux. Le jeu a beaucoup tourné en conventions avant d’être édité et nous avons soigneusement recueilli les retours des joueurs.
La campagne, elle, a occupé six ans de nos vies. Ce fut un long travail d’élaboration et d’écriture car nous avons voulu fournir une intrigue touffue et multiple.
Le Jdr c’est quoi pour vous ?
Avant tout un loisir social. Je joue pour être avec des gens et prendre du bon temps. Cela passe par une bonne histoire, une bonne ambiance. Je m’attache très peu aux systèmes de jeu en tant que joueur. Du moins, j’aime bien quand ils participent à l’immersion et ne la brident pas. J’aime juste être immergé dans un univers. Je n’ai pas vraiment de genres de prédilection, tant que la table est sympathique. Je regrette juste qu’il est parfois difficile, en jeu de rôle, d’aborder certains sujets (l’amour, l’amitié, le deuil) sans verser dans la caricature. Je ne reproche pas du tout au JDR d’être un divertissement, mais comme au cinéma, j’aime quand on me propose plein de choses différentes selon l’humeur du moment.

Quand et comment avez-vous découvert le JdR ?

En classe de troisième, c’était donc il y a trente ans, avec une partie d’AD&D pas très réussie. J’ai joué sporadiquement avant de jouer très sérieusement en seconde. Star Wars d6 venait de sortir en français et un ami a maitrisé dans cet univers que nous connaissions et aimions. Mais plus que cet univers en particulier, c’est là que j’ai découvert les possibilités narratives du jdr, toute les ambiances que l’on pouvait découvrir. Cette même année j’ai joué à Warhammer, Stormbringer, Cthulhu… Et jamais cessé depuis.

Avez-vous des mise en scènes autour d’une table que vous recommandez pour votre jeu particulièrement ?

la mise en scène du jeu de rôles hellywoodJe fais assez peu de mise en scène. Mes joueurs et moi passons plutôt par la parole que par les aides de jeu physiques. La musique, par contre, est très importante dans Hellywood. Elle donne du rythme et de la couleur, elle projette dans l’époque.

Coté inspiration pouvez-vous citer un livre, une BD, un film et une musique dont l’univers de ce jeu de rôles s’inspire ?

Tous les grands classiques du roman noir et du roman policier ont influencé Hellywood. Mais si je ne devais en citer qu’un, ce serait « le grand nulle part », le second roman du quatuor de Los Angeles de James Ellroy et mon préféré. C’est une incroyable plongée dans la noirceur, à la fois celle de personnages torturés et celle d’un Los Angeles halluciné. C’est à la fois violent, dérangeant, émouvant. C’est écrit avec une sécheresse, une économie de mots qui le rend affûté comme une lame. Ce L.A fut, en toute humilité, mon modèle pour Heaven Harbor, la ville au coeur d’Hellywood. Comme dans de nombreux romans noirs, la ville est un personnage à part entière, essentiel.
Une BD ? « Sin City » de Franck Miller, le 4ème volume (« cet enfant de salaud ») en particulier. Il met en scène Hartigan, un flic archétype du genre de personnage que l’on joue dans Hellywood, un dur qui ne s’avoue jamais vaincu, qui se relève toujours, « ne serait ce que sur un seul genou » comme on le dit dans le livre de base. Et le style graphique de toute la série est bluffant et nous a énormément inspiré pour l’aspect graphique du jeu.
Côté musique, au vu du sujet du jeu, le jazz est une évidence. La bande originale composée par Miles Davis pour « Ascenseur pour l’échafaud », le film de Louis Malle, est un des albums que j’ai le plus écouté pendant l’écriture d’Hellywood.

Quand vous écrivez, à quel public vous adressez-vous en tant qu’auteur ?

J’essaie de rendre la lecture agréable au meneur de jeu. C’est à lui que s’adresse la majorité des textes et s’il peut prendre du plaisir, tant mieux. En même temps, il ne faut pas oublier qu’un jeu reste un « manuel », il doit être également pratique et didactique. Ce n’est pas facile et je n’ai pas la forme. On tente des choses, on croise les doigts pour que ça plaise !
illustration du jdr hellywood aux édition john doe

Plutôt JDR participatif ou conventionnel ?

J’ai pratiqué et aimé les deux. Hellywood est conventionnel, mais offre quelques aspects participatifs comme les flashbacks qui permettent à un joueur de prendre la main sur la narration en racontant un de ses souvenirs. Cela lui permet d’amener des éléments dans la scène en cours.

Quelle est l’influence des réseaux sociaux sur votre travail au quotidien (groupe de discussion, d’auteurs, etc.) ?

J’utilise assez peu les réseaux sociaux pour l’écriture. Le développement reste une tâche assez solitaire. J’ai des contacts parmi la communauté des auteurs, vers qui me tourner pour des conseils et des avis. Cela passe plutôt par email que par un réseau social.

Des projets de roman ou de bd dans l’univers d’Hellywood ?

Ce serait bien ! J’ai écrit un traitement qui pourrait servir pour une bande dessinée, plutôt en épisodes façon comics. C’est toujours dans un coin de ma tête. Un roman, pourquoi pas, si je trouvais le temps. Après, Hellywood est un hommage à un pan de culture que nous adorons, mais il ne faut pas non plus tomber dans la caricature. Pour l’instant, rien en vue.


Vous pouvez retrouver la première partie de l’interview centrée sur les questions liées à l’édition du jeu de rôles ici.

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