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L’Europe attaque Google Gemini : quand Bruxelles casse les jardins clos de l’IA

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Le 27 janvier 2026, l’Union européenne a ouvert deux procédures contre Google dans le cadre du Digital Markets Act (DMA), ciblant directement l’accès à son intelligence artificielle Gemini sur les appareils mobiles Android. L’objectif ? Forcer le géant de Mountain View à offrir aux fournisseurs d’IA tiers (Mistral AI, Anthropic, OpenAI) un accès équitable aux fonctionnalités système, actuellement réservées à Gemini.

Cette offensive réglementaire marque un tournant dans la bataille pour une IA plus ouverte et concurrentielle. Google, qui contrôle 70% du marché mobile européen via Android, se retrouve contraint d’ouvrir son écosystème fermé ou d’affronter des amendes pouvant atteindre 10% de son chiffre d’affaires mondial annuel (source : Commission européenne).

Qu’est-ce que le DMA et pourquoi vise-t-il Google Gemini ?

Le Digital Markets Act (DMA) est entré en vigueur en mars 2024 pour réguler les “gatekeepers” (contrôleurs d’accès), ces plateformes tellement massives qu’elles dictent leurs règles à tout l’écosystème numérique. Sept entreprises sont concernées : Alphabet (Google), Apple, Meta, Microsoft, Amazon, ByteDance (TikTok) et leurs 24 services clés (source : Touteleurope.eu).

Les procédures lancées le 27 janvier ciblent deux articles du DMA : l’article 6(7) sur l’interopérabilité des services IA avec Android, et l’article 6(11) sur l’accès aux données de Google Search pour les moteurs tiers. La Commission dispose de six mois maximum pour conclure ces procédures, avec des conclusions préliminaires attendues dans les trois prochains mois (source : Commission européenne).

L’interopérabilité IA : traduire le jargon technique

Concrètement, qu’est-ce que l’interopérabilité IA ? C’est le droit pour n’importe quelle IA d’accéder aux mêmes fonctionnalités système qu’une autre, sans discrimination. Actuellement, Gemini bénéficie d’un accès privilégié sur Android : intégration profonde dans le launcher, accès aux notifications, compréhension du contexte applicatif, optimisations au niveau du processeur neural.

Les concurrents comme Claude d’Anthropic ou GPT-4 d’OpenAI n’ont pas accès à ces API système, créant une expérience utilisateur dégradée artificiellement. C’est comme si dans Mario Kart, un seul joueur pouvait utiliser des objets interdits aux autres : techniquement possible, éthiquement discutable, réglementairement inacceptable selon l’UE.

La Commission veut que Google spécifie comment il ouvrira ces accès : documentation complète des API, accès aux fonctionnalités vocales, intégration dans les widgets système, accès aux données contextuelles du device. Refuser ou traîner des pieds ? Amendes massives et mesures correctives forcées.

Pourquoi Google est dans le viseur maintenant

Google cumule plusieurs facteurs aggravants. En Europe, Android représente environ 70% du marché mobile, Chrome domine les navigateurs, Google Search détient plus de 90% de parts de marché, et maintenant Google veut monopoliser l’IA conversationnelle avec Gemini (source : Euronews).

Cette position ultra-dominante crée un “effet de verrouillage”. Si vous êtes un développeur d’IA européen voulant toucher les utilisateurs Android, vous devez soit convaincre Google de vous laisser entrer (bonne chance), soit demander aux utilisateurs des manipulations complexes (personne ne le fera).

En 2025, l’UE a déjà frappé fort : 500 millions d’euros d’amende à Apple et 200 millions à Meta pour non-respect du DMA (source : Siècle Digital). Google sait que Bruxelles ne bluffe pas.

La fin des jardins clos : vers un écosystème IA ouvert ?

Les “walled gardens” (jardins clos) sont le modèle économique préféré des géants tech depuis les années 2000. L’idée ? Créer un écosystème tellement intégré que les utilisateurs ne peuvent plus en sortir. Apple l’a perfectionné avec l’iPhone, Google avec Android, Meta tente avec le metaverse.

L’interopérabilité est l’antidote. C’est l’idée que vos appareils, services et données devraient fonctionner ensemble indépendamment de qui les a créés. Dans le monde IA, ça signifie pouvoir choisir Claude pour la rédaction, Gemini pour la recherche visuelle et GPT-4 pour le brainstorming, sans friction technique artificielle.

Impact sur l’écosystème IA européen

Si la Commission réussit, les conséquences pourraient redessiner toute l’industrie IA. Premier effet : explosion de la diversité. Mistral AI, la pépite française valorisée à 6 milliards d’euros, pourrait voir ses modèles aussi bien intégrés que Gemini sur Android. Des startups spécialisées (IA médicale, juridique, créative) pourraient émerger sans se heurter au mur Google.

Deuxième effet : pression concurrentielle. Google ne pourra plus se reposer sur ses avantages artificiels. C’est exactement ce qui s’est passé avec les navigateurs web : quand Microsoft a été forcé d’ouvrir le marché après l’affaire antitrust Internet Explorer, Chrome, Firefox et Opera ont émergé, poussant tout le monde vers l’innovation (source : TechPolicy.Press).

Troisième effet : choix réel pour les utilisateurs. Imaginez pouvoir basculer entre IA selon le contexte, exploitant les forces de chacune. Vous voulez ChatGPT pour le brainstorming, Claude pour l’analyse, Gemini pour la recherche ? Dans un écosystème interopérable, c’est possible.

Les craintes existent : fragmentation de l’expérience, failles de sécurité potentielles, complexité accrue. Mais l’histoire de la tech montre que les standards ouverts finissent toujours par converger vers des conventions d’usage qui simplifient l’expérience. Regardez le web : malgré la diversité, les interactions de base restent cohérentes.


L’affaire Google Gemini n’est pas qu’une bataille réglementaire, c’est un tournant civilisationnel. En forçant l’interopérabilité, l’UE pose une question fondamentale : à qui appartient l’avenir de l’IA ? Aux géants qui contrôlent les infrastructures, ou à un écosystème diversifié et ouvert ?

Le verdict tombera dans six mois maximum. En attendant, une chose est claire : Bruxelles ne recule pas face aux GAFAM. Après avoir infligé 120 millions d’euros d’amende à X (Twitter) en décembre 2025 (source : Euronews), enquêté sur Meta et condamné Apple, la Commission européenne prouve qu’elle est le dernier rempart contre une dystopie tech où quelques monopoles privés contrôleraient nos interactions numériques.

Google peut soit jouer le jeu de l’ouverture, soit préparer son portefeuille. Parce qu’avec le DMA, l’Europe ne fait pas dans la demi-mesure.


FAQ : Tout comprendre sur le DMA vs Google Gemini

1. Qu’est-ce que le Digital Markets Act (DMA) ? Le DMA est une loi européenne entrée en vigueur en mars 2024 qui régule les “gatekeepers” (contrôleurs d’accès) comme Google, Apple, Meta, Microsoft, Amazon et TikTok. Elle impose des règles strictes d’interopérabilité, de transparence et de concurrence pour empêcher les abus de position dominante sur les marchés numériques.

2. Pourquoi la Commission européenne vise-t-elle Google Gemini spécifiquement ? Gemini bénéficie d’un accès privilégié aux fonctionnalités système d’Android (70% du marché mobile européen) que Google refuse aux IA concurrentes. Cette discrimination crée une barrière anticoncurrentielle qui empêche l’émergence d’alternatives comme Mistral AI, Claude ou GPT-4 sur mobile.

3. Quelles sont les amendes possibles pour Google ? Si Google est reconnu non-conforme au DMA, il risque des amendes allant jusqu’à 10% de son chiffre d’affaires mondial annuel. En cas d’infractions répétées, ce taux peut monter à 20%. Dans les cas extrêmes, la Commission peut même ordonner un démantèlement partiel (breakup) de l’entreprise.

4. L’interopérabilité IA va-t-elle dégrader l’expérience utilisateur sur Android ? Non, au contraire. L’interopérabilité bien implémentée offre plus de choix aux utilisateurs sans compromettre la sécurité. L’UE ne demande pas à Google de créer des failles, mais d’appliquer les mêmes contrôles de sécurité à toutes les IA tierces qu’à Gemini. C’est le même principe que l’ouverture des navigateurs web qui a abouti à des expériences meilleures, pas pires.

5. Quand ces procédures seront-elles terminées ? La Commission européenne dispose de six mois maximum pour conclure les procédures, soit fin juillet 2026. Les conclusions préliminaires avec les mesures envisagées seront communiquées dans les trois prochains mois (avril 2026), permettant aux parties tierces de commenter avant la décision finale.

6. Cette régulation ne cible-t-elle pas injustement les entreprises américaines ? Le DMA s’applique à tous les “gatekeepers” répondant à des critères objectifs (45 millions d’utilisateurs européens, 7,5 milliards d’euros de revenus en UE, 75 milliards de valorisation). Si les cinq des sept gatekeepers identifiés sont américains (Google, Apple, Meta, Microsoft, Amazon), c’est parce qu’ils dominent effectivement le marché européen, pas en raison de discrimination géographique.

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