En février 2015, personne n’attendait Kingsman : services secrets. Un film de spy basé sur un comics de Mark Millar, réalisé par le type de Kick-Ass, avec Colin Firth en agent secret qui distribue des beignes dans une église ? Sur le papier, ça sentait le nanar sympathique. Dans les faits, c’est devenu l’un des meilleurs films d’espionnage de la décennie, un truc jouissif qui a pris tout le monde de court. Dix ans et trois suites plus tard (dont une qu’on préfère oublier), le premier film n’a pas pris une ride. Retour sur un classique geek avec les anecdotes qui vont bien.
Un James Bond sous stéroïdes geek (et sans la cravate)
En bref : Kingsman : services secrets (2015) de Matthew Vaughn est un film d’espionnage basé sur le comics de Mark Millar et Dave Gibbons. Avec Colin Firth, Taron Egerton et Samuel L. Jackson. Trois films et un spin-off ont suivi. Un quatrième volet (The Blue Blood) est dans les limbes depuis des années.
Matthew Vaughn n’en était pas à son coup d’essai. Avant Kingsman, il avait déjà dynamité les codes du film de super-héros avec Kick-Ass (2010) et redonné un souffle au X-Men de la Fox avec Le commencement (2011). Sans oublier Stardust (2007), pépite de fantasy que trop de gens n’ont pas vue. L’homme a un talent rare : prendre un genre installé, le secouer comme un shaker à cocktails, et servir quelque chose de frais.
Avec Kingsman, sa cible était le film d’espionnage à la James Bond. Pas une parodie. Pas un hommage servile. Plutôt une déclaration d’amour brute qui dit « on vous adore, mais on va faire tout ce que vous n’osez plus ». Le résultat tient en une scène : la scène de l’église. Quatre minutes et demie de chorégraphie de combat tournées en plan-séquence apparent sur « Free Bird » de Lynyrd Skynyrd. Colin Firth, 54 ans à l’époque, qui massacre une congrégation entière avec la grâce d’un danseur classique armé d’un parapluie. Sept jours de tournage pour cette seule séquence. Six mois d’entraînement physique pour Firth. Quand on sait que l’homme est surtout connu pour Le discours d’un roi et les adaptations de Jane Austen, la transformation est d’autant plus saisissante.
Les coulisses : du costume sur mesure au budget malin
Le film regorge de détails que seuls les obsessionnels repèrent. Les costumes de Kingsman sont de vrais costumes Savile Row : c’est la maison Huntsman, tailleur londonien depuis 1849, qui a fourni les pièces portées à l’écran. La boutique « Kingsman » du film est d’ailleurs le vrai extérieur de chez Huntsman. Les chapeaux viennent de James Lock & Co., chapelier depuis 1676. On ne lésine pas sur le style quand on prétend être des gentlemen.
Côté budget, Vaughn a joué malin. Kingsman a coûté environ 81 millions de dollars, soit un tiers du budget de Skyfall. Pour un résultat visuellement comparable. Le quartier d’Eggsy ? Tourné à l’Alexandra Road Estate de Camden, un bloc de logements sociaux brutalistes qui a l’air aussi accueillant qu’un donjon de D&D niveau 1. Les scènes de bagarre au pub ? Le Black Prince Pub à Kennington. Certaines scènes d’intérieur ? Imperial College London. Vaughn a fait de Londres un personnage à part entière, pas juste un décor carte postale.
Anecdote savoureuse : Elton John était pressenti pour un rôle dans le premier film. Ça ne s’est pas fait. Il a finalement débarqué dans la suite, The Golden Circle (2017), où il se joue lui-même, séquestré par la méchante de Julianne Moore, et finit par distribuer des coups de pied acrobatiques en tenue à paillettes. Parfois, le destin a du goût.
La saga Kingsman : du triomphe au purgatoire
Le succès du premier film (plus de 414 millions de dollars au box-office mondial) a logiquement engendré une suite. Kingsman : le cercle d’or (2017) a ajouté les Statesman, l’équivalent américain des Kingsman, avec Pedro Pascal dans le rôle d’Agent Whiskey (ses fancams TikTok ont depuis rendu le personnage viral bien après la sortie du film). Le film a rapporté 410 millions, mais la critique a été nettement moins tendre. Ressusciter Harry Hart après sa mort marquante du premier film retirait une bonne partie du poids émotionnel qui faisait la force de l’original.
Ensuite, les choses se sont compliquées. The King’s Man (2021), préquel situé pendant la Première Guerre mondiale avec Ralph Fiennes, est arrivé en pleine pandémie et a fait un flop retentissant. Le spin-off Argylle (2024) avec Henry Cavill, réalisé par Vaughn, a fait encore pire. Et Kingsman 3, sous-titré The Blue Blood, est dans les limbes depuis des années. En octobre 2024, le patron de 20th Century Studios déclarait qu’il n’y avait « pas de plans dans l’immédiat ». Taron Egerton, lui, affirme que le film peut encore se faire. Le scénario existerait, mais l’emploi du temps d’Egerton (entre la série Firebug et le film Apex avec Charlize Theron sorti en avril 2026 sur Netflix) repousse sans cesse le tournage.
Ce qui est certain, c’est que Vaughn voulait que The Blue Blood serve de conclusion à l’histoire entre Harry et Eggsy. La boucle serait bouclée. Si le film se fait un jour, il arrivera au minimum neuf ans après The Golden Circle. Dans le monde de l’espionnage, on appelle ça une couverture très profonde.
Dix ans après, Kingsman : services secrets reste un modèle de film geek. Pas parce qu’il est parfait, mais parce qu’il est précis. Chaque scène sait exactement ce qu’elle veut faire et l’exécute avec un aplomb rare. La scène de l’église, la scène du pub, le duel final contre Gazelle et ses prothèses-lames, le discours de Valentine sur le réchauffement climatique comme justification d’un génocide planétaire… C’est du cinéma de divertissement avec des dents. Et un parapluie pare-balles. On n’en fait pas assez.
FAQ du cinéphile Geek !
Kingsman est-il basé sur un comics ? Oui. Le film est adapté de The Secret Service, une série de comics créée par Mark Millar et Dave Gibbons, publiée chez Marvel en 2012. La série a ensuite été renommée Kingsman après le succès du film. Plusieurs suites en bande dessinée ont suivi, dont The Red Diamond et Big Game.
Combien de films Kingsman existe-t-il ? Quatre à ce jour. Kingsman : services secrets (2015), Kingsman : le cercle d’or (2017), le préquel The King’s Man (2021) et le spin-off Argylle (2024). Un cinquième film, Kingsman : The Blue Blood, est en développement incertain.
Y aura-t-il un Kingsman 3 avec Eggsy ? C’est incertain. Le scénario de Kingsman : The Blue Blood existerait et Matthew Vaughn comme Taron Egerton souhaitent le faire. Mais le patron de 20th Century Studios a déclaré en 2024 qu’il n’y avait pas de plans immédiats. L’emploi du temps chargé d’Egerton complique le calendrier.
Pourquoi la scène de l’église de Kingsman est-elle célèbre ? C’est une séquence de combat de quatre minutes et demie filmée en plan-séquence apparent sur « Free Bird » de Lynyrd Skynyrd. Colin Firth s’est entraîné six mois pour la réaliser. Elle a nécessité sept jours de tournage et reste l’une des scènes d’action les plus saluées des années 2010.
Les costumes de Kingsman sont-ils de vrais costumes Savile Row ? Oui. La maison Huntsman, tailleur londonien fondé en 1849, a fourni les costumes du film. L’extérieur de la boutique « Kingsman » à l’écran est le vrai magasin Huntsman sur Savile Row. Les chapeaux proviennent de James Lock & Co., chapelier depuis 1676.
Quel est le meilleur film Kingsman ? Pour la plupart des fans et des critiques, le premier film reste le meilleur. Kingsman : services secrets combine le mieux l’humour, l’action chorégraphiée et l’émotion. Le cercle d’or est divertissant mais moins équilibré, et The King’s Man divise fortement.
