Histoire du jeu de rôle en Espagne : De Barcelone à Valence, voyage au cœur de la culture rôliste (1978–2026)

Il y a quelque chose de fascinant à explorer l’histoire du jeu de rôle dans un pays qui n’est pas le sien. L’Espagne et le JdR, c’est une histoire d’amour tumultueuse : des débuts enthousiastes, un traumatisme national, puis une renaissance. Une campagne au long cours avec ses rebondissements, ses aurteurs/éditeurs mémorables et quelques moments où le groupe a failli se séparer.

Ce que je vous propose ici, c’est un voyage rôliste le long de la côte méditerranéenne. Barcelone comme point de départ : la capitale éditoriale, là où les dés ont commencé à rouler. Puis direction le sud vers Valence, terre des clubs et de la vie associative. Un itinéraire touristique pour rôlistes curieux.

Mais d’abord, un peu d’histoire. Parce qu’on ne débarque pas dans une partie en cours sans connaître le background.

4 rolistes espagnole en pleine partie de jeu de rôle sur table

Note de l’auteur : Ce texte est le fruit d’un travail de documentation, pas d’une expertise de terrain. Je l’écris depuis Alicante, en ce 1er janvier 2026, avec une connexion wifi capricieuse et un café con leche qui refroidit. Je n’ai pas la prétention de tout savoir sur le sujet. Si vous repérez des erreurs, considérez que j’ai raté mon jet de Connaissance. Les corrections sont bienvenues.

Chapitre 1 : La Genèse (1978-1989) — Des Wargames à l'Interprétation

L'Avant-Garde Barcelonaise : Maquetismo y Simulación

L’histoire du jeu de rôle en Espagne ne débute pas par une explosion, mais par une lente et méticuleuse infiltration au sein de la communauté des wargames (jeux de guerre). À la fin des années 1970, alors que l’Espagne vit sa transition démocratique, une soif de nouveauté culturelle s’empare de la jeunesse universitaire. Barcelone, par sa proximité géographique et culturelle avec la France et l’Europe, devient la porte d’entrée naturelle de ces nouveaux loisirs.

Le point zéro de cette histoire peut être situé en 1978, avec la fondation du Club Maquetismo y Simulación (MS) à Barcelone. Ce groupe, initialement dédié aux figurines militaires et à la simulation historique, comptait parmi ses membres des pionniers tels qu’Alfons Cànovas et Joaquín Tena. C’est au sein de ce creuset que les premières boîtes de Dungeons & Dragons (la fameuse “White Box”) ont commencé à circuler, souvent rapportées de Londres ou des États-Unis dans les valises de voyageurs privilégiés.

En 1979, le club lance le bulletin MS, la première publication espagnole traitant de simulation. Très vite, les colonnes de ce fanzine commencent à mentionner ces “jeux de rôle” étranges où l’on ne commande plus une armée, mais un individu unique. L’infrastructure commerciale suit rapidement : le 17 octobre 1979, Isidro Martínez Aguado ouvre Joc Play, la première boutique spécialisée de Barcelone. Joc Play n’était pas seulement un commerce ; c’était un sanctuaire où les initiés pouvaient commander des produits introuvables ailleurs, agissant comme le premier nœud d’un réseau qui allait bientôt couvrir tout le pays.

L'Arrivée de Dungeons & Dragons et la Barrière de la Langue

Le début des années 80 est marqué par l’élitisme involontaire de la pratique. Les jeux étaient exclusivement en anglais, limitant leur accès à une frange éduquée de la population, souvent des étudiants en ingénierie ou en philologie. Dalmau Carles Pla a tenté une première incursion en important les jeux, mais c’est véritablement la nécessité de traduire qui a catalysé l’industrie.

En 1985, une scission s’opère. Francesc Matas Salla, un ancien employé de la société de distribution Wargames Distribuciones, décide de fonder sa propre structure. Il comprend que pour démocratiser le loisir, il faut briser la barrière linguistique et proposer des produits d’une qualité éditoriale irréprochable. C’est ainsi que naît Joc Internacional, l’éditeur qui allait définir, pour le meilleur et pour le pire, l’identité rôliste espagnole.

L'Ère de Joc Internacional (1990-1998) — L'Hégémonie du d100

La Stratégie Éditoriale de Francesc Matas Salla

Voici un fait qui m’a surpris dans mes recherches : pendant les années 90, le système dominant en Espagne n’était pas le d20 de D&D, mais le système BRP (Basic Role-Playing) à base de pourcentages. Vous savez, le d100 de L’Appel de Cthulhu.

La raison ? Francesc Matas Salla avait signé des accords avec Chaosium. La llamada de Cthulhu sort en espagnol en 1988. L’année suivante, c’est El Señor de los Anillos (le MERP, pas le D&D version Tolkien). Et là, jackpot. Le jeu devient la porte d’entrée massive pour toute une génération, bien avant les films de Peter Jackson.

Résultat : quand un Espagnol des années 90 pensait « jeu de rôle », il pensait pourcentages. Une anomalie statistique plutôt charmante.

Les publications rôlistes majeures de l'époque

Année

Titre

Pourquoi c’est important

1988

La llamada de Cthulhu

Le BRP devient le standard espagnol

1989

El Señor de los Anillos

Le jeu le plus vendu, surpassant D&D

1990

Aquelarre

Premier JdR 100% espagnol (par Ricard Ibáñez)

1992

El Senyor dels Anells

Première traduction en catalan

1995

Almogàvers

Premier JdR écrit originellement en catalan

Le magazine Líder : l'internet avant internet

Pour comprendre l’époque des années 80-90, il faut imaginer un monde sans forums ni Discord. Comment un joueur de Cadix savait-il ce qui se passait à Bilbao ? Réponse : grâce au magazine Líder, distribué en kiosque.

Scénarios, critiques, courrier des lecteurs où les clubs pouvaient recruter… C’était la colle sociale de la communauté. Et c’est dans ces pages que des auteurs comme Ricard Ibáñez ont affûté leur plume avant de publier leurs propres jeux.

Aquelarre, ou quand l'Espagne a créé son propre jeu

Ricard Ibáñez : un historien qui avait des choses à dire

Novembre 1990. Jusqu’ici, les joueurs espagnols arpentaient des mondes anglo-saxons ou des États-Unis lovecraftiens. Ricard Ibáñez, historien de formation et habitué des vendredis soirs au club Auriga, propose une rupture : pourquoi ne pas jouer en Espagne ?

Pas une Espagne fantasy générique. Une Espagne médiévale (XIIIe-XIVe siècles) où les mythes et légendes sont réels. Un cadre « démonico-médiéval », comme il l’appelle. Les joueurs affrontent la dureté de la vie quotidienne, la peste, les conflits religieux… et des créatures issues du folklore ibérique : duendes, meigas, lobisomes.

Malin, Ibáñez utilise une variante du système BRP. Les joueurs connaissaient déjà les pourcentages grâce à Cthulhu. Pas besoin de réapprendre un système. L’accessibilité au service de l’immersion.

Aquelarre est toujours en publication en 2026. Plusieurs éditeurs se sont succédé (Joc, La Caja de Pandora, Proyectos Editoriales Crom, Nosolorol), mais le jeu n’a jamais disparu des étals. C’est le doyen des JdR espagnols, et il a prouvé qu’un marché existait pour des créations locales.

1994, l'année du fumble critique : Le « crime du jeu de rôle »

Je ne peux pas écrire sur le JdR en Espagne sans parler de 1994. C’est l’éléphant dans la pièce, le traumatisme collectif.

Le 30 avril 1994, à Madrid, deux jeunes hommes assassinent un ouvrier de 52 ans à un arrêt de bus. Lors de l’arrestation, la police découvre chez l’un d’eux des journaux intimes détaillant le meurtre comme partie d’un « jeu » qu’il avait inventé, appelé Razas. On trouve aussi des manuels de JdR classiques.

Les médias, en pleine guerre d’audimat, font l’amalgame. Le jeu inventé par un psychopathe devient « le jeu de rôle ». D&D, Cthulhu, tout est mis dans le même sac. Le récit est trop parfait : des jeunes intelligents mais déconnectés du réel, qui tuent pour « monter de niveau ».

Les conséquences pour le JDR espagnol : Les ventes chutent. Certains éditeurs parlent de -50%. Les clubs dans les écoles ferment sous la pression des associations de parents. Les joueurs passent en mode discret.

En parallèle, Magic: L’Assemblée débarque et capte une bonne partie du public. Joc Internacional, fragilisé, fait faillite en 1998. Fin d’une époque.

Il faudra plus d’une décennie pour que l’image se rétablisse. En 2026, cette affaire est étudiée en école de journalisme comme cas d’école de panique morale. Le JdR est désormais reconnu par les institutions comme outil pédagogique. Mais la cicatrice reste dans la mémoire collective.

Fanhunter, ou comment rire de sa propre marginalisation : Cels Piñol et les Narizones

Dans ce contexte un peu plombant, parlons d’un type qui a choisi l’humour comme arme de résistance : Cels Piñol.

Illustrateur barcelonais, fan de comics, Piñol crée un style graphique reconnaissable entre mille : les « Narizones ». Des personnages qui sont essentiellement un grand nez avec des yeux, sans bouche ni jambes visibles. Bizarre, mais ça marche.

De ses fanzines naît Fanhunter : un futur dystopique où un ancien libraire devenu pape tyran (Alejo I) interdit toute forme de sous-culture. Comics, JdR, SF… tout est « dangereux ». Les fans entrent en résistance.

Le génie, c’est que Piñol ancre son univers dans la géographie réelle de Barcelone, rebaptisée « Barnacity ». Du coup, visiter Barcelone, c’est aussi visiter le terrain de jeu de Fanhunter.

Barcelone vs Barnacity

Lieu réel

Dans Fanhunter

Pour le visiteur

Château de Montjuïc

Site de la « Bataille de Montjuïc »

Musée militaire, vue panoramique

Sagrada Família

Temple protégeant l’humanité

Quasi-achevée en 2026, incontournable

Arc de Triomf

Entrée du « Triangle Friki »

Épicentre des boutiques geek

Monument à Colomb

Tour de guet de la Résistance

Point de vue sur le port

Le JdR Fanhunter (1992) a permis aux joueurs espagnols de rire de leur propre situation. Avec des caractéristiques comme « Agallas » (Cran) ou « Neuronas » (Neurones), le jeu célébrait la culture geek avec une autodérision salvatrice.

Le paysage actuel du jeu de rôle espagnol (2000-2025)

Devir : le géant qui a comblé le vide

Après la chute de Joc Internacional, quelqu’un devait reprendre le flambeau. Ce fut Devir. Initialement distributeur, ils sont devenus le mastodonte éditorial du monde hispanophone. D&D, Pathfinder, Le Seigneur des Anneaux… ils ont récupéré les licences majeures.

En ce début 2026, ils continuent de dominer avec des sorties comme le JdR Stormlight Archive (El Archivo de las Tormentas) basé sur l’univers de Brandon Sanderson. La high fantasy reste le moteur économique du secteur.

Nosolorol : la qualité comme credo

Basé à Madrid mais omniprésent, Nosolorol incarne l’autre visage du marché. Éditions de luxe, jeux narratifs (Monde des Ténèbres, 7e Mer…), standards de qualité physique élevés. Ce sont aussi les gardiens du temple d’Aquelarre, avec la troisième édition définitive et ses nombreux suppléments.

Shadowlands : pour les amateurs de Sanity check

Pour les fans de Lovecraft, Shadowlands s’est spécialisé dans l’horreur cosmique haut de gamme et l’urban fantasy (ex: ‘Redención’, ‘La Broma Macabra’, ‘Vástagos de Shub-Niggurath’ ou leurs traductions de Call of Cthulhu/Cthulhu Hack).  Leurs campagnes illustrées avec des cartes dessinées à la main font saliver. Un créneau bien occupé.

Valence, capitale associative

Le club Dreadnought : 40 ans de résilience

Si Barcelone est la vitrine commerciale, Valence est le cœur associatif. Et au centre de ce cœur, il y a le Club Dreadnought.

Fondé en 1984 (Calle Pintor Cortina, 11), ce club a tout traversé : l’âge d’or, la crise de 94, l’invasion Magic, le retour en grâce du JdR. Ouvert 24h/24, 365 jours par an pour ses membres. C’est là qu’on ressent le mieux la chaleur de la communauté valencienne.

Le tissu associatif nord-valencien

Juste au nord de Valence, deux associations méritent mention. Dracs i Espases à Moncada organise des GN et des journées « Rol&Roll ». Leur calendrier de janvier 2026 est plein d’activités pour initier les plus jeunes. Bonne nouvelle pour la relève.

L’Orde del Drac à Puçol dispose d’un local de 270m² climatisé (le luxe). Campagnes au long cours, tournois de Warhammer, période d’essai gratuite. Un modèle d’intégration pour les nouveaux joueurs.

Guide pratique pour le voyageur rôliste

Le « Triangle Friki » de Barcelone : Si vous n’avez qu’une demi-journée à Barcelone et que vous voulez maximiser votre XP culturelle, direction le quartier autour de l’Arc de Triomf. C’est là que se concentre la plus forte densité de boutiques geek d’Europe.

Quelques étapes recommandées :

  • Gigamesh (Carrer de Bailèn, 8) : Le « Vatican » du geek espagnol. Ils ont édité Game of Thrones en espagnol avant le succès mondial. 
  • Norma Còmics (Passeig de Sant Joan, 9) : Deux étages, design primé. Mangas au sous-sol, comics européens à l’étage.
  • Kaburi Rol & Games (Passeig de Sant Joan, 11) : Cafétéria intégrée, tables de jeu. L’endroit idéal pour s’asseoir et observer des parties en cours.
  • Freaks (Carrer d’Alí Bei, 10) : Pour les puristes. Zines indépendants, livres sur le cinéma bis, raretés.

À Valence : Pour les boutiques, Gremio de Dragones offre une ambiance « vieille école » avec des tournois de cartes. Zacatrus est plus moderne et familial.

Si vous êtes amateur de Vampire : La Mascarade et de l’esthétique années 90, l’exposition « La Ruta » au centre Bombas Gens (jusqu’au 11 janvier 2026) retrace l’histoire de la scène clubbing valencienne. Parfait pour documenter une chronique.

Conventions rôliste et rencontres : la grande fête du jeu de rôle espagnol

Aucun survol de l’histoire du JDR en Espagne ne serait complet sans évoquer les grands rassemblements qui ont ponctué la vie de la communauté. Dès la fin des années 1980, les clubs organisent les premières conventions nationales. À Barcelone, de 1986 à 1991 se tiennent ainsi les JESYR (Jornadas de Estrategia, Simulación y Rol), véritables festivals où des centaines de joueurs de tout le pays se retrouvent pour jouer pendant un week-end. Ces JESYR ont montré qu’un public nombreux était prêt à se déplacer pour vivre sa passion, posant les bases d’un riche calendrier de rencontres ludiques.

Au fil du temps, des conventions annuelles sont devenues des incontournables pour les rôlistes espagnols. La plus célèbre aujourd’hui est sans doute les Jornadas Tierra de Nadie (TdN). Créées en 2003, ces journées se déroulent chaque été (début août) au CEULAJ de Mollina en Andalousie.Pendant cinq jours, des centaines de participants envahissent ce centre de vacances pour pratiquer à fond jeux de rôle sur table, jeux de plateau, et surtout de gigantesques sessions de jeu de rôle en direct (GN). Au fil des ans, Tierra de Nadie s’est imposé comme le plus grand événement ludique d’Espagne en termes de participants et d’activités proposées.Imaginez un campus isolé transformé en cité du jeu pendant presque une semaine, avec des dizaines de salles accueillant des parties du matin jusqu’à tard dans la nuit, des stands d’éditeurs, des murder parties dans le parc et une ambiance aussi conviviale qu’effervescente. Pour beaucoup de rôlistes hispaniques, c’est le rendez-vous annuel à ne pas manquer.

Face au succès des TdN, les organisateurs (l’association Waldo Basque et ses bénévoles) ont même lancé en 2014 un événement jumeau à une autre période de l’année : Rolea. Là où TdN mélange jeux de plateau et grandeur nature, Rolea est entièrement consacré aux jeux de rôle sur table et aux GNs, sur un format plus intimiste.Il a lieu chaque début décembre, également au CEULAJ de Mollina, et propose quatre jours centrés sur la pratique rôliste pure, dans un cadre décontracté et familial. Rolea est un peu considéré comme la « petite sœur » hivernale de TdN, permettant de retrouver la magie des conventions en fin d’année. Le duo TdN/Rolea illustre le dynamisme du milieu : organisé par des fans pour des fans, avec le soutien du Injuve (Institut de la Jeunesse), ces événements démontrent que le jeu de rôle en Espagne est vivant et qu’il sait rassembler au-delà des écrans.

D’autres conventions régionales méritent également un coup de projecteur. À Madrid, les Jornadas Ludo Ergo Sum (LES) réunissent chaque septembre depuis 2008 un large public autour du jeu de plateau et du jeu de rôle, avec une dimension caritative. En Catalogne, l’association Ayudar Jugando organise depuis 2003 des journées ludiques à but solidaire – preuve que le cœur des rôlistes est aussi grand que leur imagination. Citons encore Hispania Wargames (à Alhaurín de la Torre, axé wargames mais incluant du JDR) ou les historiques Jornadas Kritikas à Barcelone. Même en ligne, la communauté s’active via des rencontres virtuelles (la Comunidad Umbría propose par exemple des conventions JdR en ligne).

Fin de ma campagne en vadrouille en espagne, le temps des XP ^^

Voilà. J’ai compilé ce que j’ai trouvé, recoupé les sources comme j’ai pu, et essayé de raconter cette histoire sans trop la romancer. Le JdR en Espagne, c’est une aventure de près de 50 ans, avec ses héros (Ricard Ibáñez, Cels Piñol), ses traumatismes (1994), et ses lieux de pèlerinage (Gigamesh, Dreadnought).

Depuis ma terrasse à Alicante, je regarde la Méditerranée en me disant que Barcelone et Valence ne sont qu’à quelques heures de route. Peut-être que la prochaine étape, ce sera d’y aller, de pousser la porte d’un club, de m’asseoir à une table et de demander : « ¿Hay sitio para uno más? »

En attendant, si vous avez des corrections, des anecdotes, des précisions… les commentaires sont ouverts. Mon jet de Connaissance est peut-être un échec critique sur certains points. Mais au moins, j’ai tenté le roll.


© 2026 – article crée et illustré par Fletch, votre Spécialiste en curiosité numérique.

FAQ (Foire Aux Questions)

Q : Quel a été le premier jeu de rôle publié en Espagne ?
R : Le premier jeu de rôle publié en Espagne fut Donjons & Dragons en 1985, via la célèbre « boîte rouge » traduite par Dalmau Carles Pla. Toutefois, le premier jeu de rôle espagnol original est généralement considéré comme Aquelarre (1990), un jeu médiéval-fantastique d’horreur conçu par Ricard Ibáñez. Avant Aquelarre, quelques jeux artisanaux circulaient sous forme de fanzines (par ex. Edad Heroica en 1988), mais Aquelarre est le premier publié officiellement par un éditeur avec ISBN.

Q : Quels sont les jeux de rôle espagnols les plus connus ?
R : Parmi les jeux made in Spain qui ont marqué les esprits, on peut citer Aquelarre (horreur médiévale), Mutantes en la Sombra (espionnage contemporain avec des mutants), La Marca del Este (héroïc-fantasy old-school hommage à D&D), Anima: Beyond Fantasy (fantasy animée au style manga, exporté internationalement), FanHunter (parodie geek de l’univers de Cels Piñol), Ragnarok (occultisme contemporain) ou ¡Piratas! (aventures de flibustiers). Chacun a apporté un univers original adapté aux goûts du public espagnol. Par ailleurs, l’Espagne a produit de nombreux suppléments et scénarios pour les jeux traduits – son apport à D&D, L’Appel de Cthulhu ou Vampire via des auteurs locaux est notable.

Q : Quelle est la place des langues régionales (catalan, basque, galicien) dans le jeu de rôle espagnol ?
R : Le castillan reste la langue dominante du JDR en Espagne, mais le hobby s’est décliné dans d’autres langues régionales ces dernières décennies. En catalan, on a vu des traductions officielles de grands jeux (Le Seigneur des Anneaux en 1992, L’Appel de Cthulhu en 1996 et même des créations originales comme Almogàvers (1995) et Tirant lo Blanc (1996) directement écrites en catalan. En galicien, le premier jeu publié est As Crónicas de Gáidil en 2007, ancré dans la culture celtique locale. Pour le basque, il a fallu attendre récemment : Atopia RPG (2019) est le tout premier jeu en euskara, développé grâce à une bourse culturelles Ces initiatives restent relativement confidentielles comparées aux publications en espagnol, mais elles montrent une volonté de créer et jouer dans sa propre langue, ce qui enrichit la diversité du jeu de rôle en Espagne.

Q : Quelles sont les grandes conventions de jeux de rôle en Espagne ?
R : L’Espagne compte plusieurs événements majeurs dédiés aux jeux de rôle et aux loisirs alternatifs. Le plus grand est Tierra de Nadie (TdN), qui se tient chaque été en Andalousie et réunit pendant 5 jours des centaines de rôlistes autour de tables de jeu et de sessions de grandeur natures. Sa « petite sœur » hivernale, Rolea, a lieu chaque fin d’année au même endroit et se concentre uniquement sur les jeux de rôle sur table et lives. À Madrid, les journées Ludo Ergo Sum attirent aussi du monde en septembre, tout en récoltant des fonds pour des œuvres caritatives. En Catalogne, Ayudar Jugando (à but caritatif) et les conventions SALUTE ou DAU (plus généralistes jeux de société mais avec du JDR) sont appréciées. Historiquement, les JESYR de la fin des années 80 et les Jornadas locales ont pavé la voie. Aujourd’hui, il existe presque chaque week-end quelque part en Espagne une rencontre rôliste, qu’elle soit grande ou petite, preuve de la vitalité de cette communauté.

Q : Comment la communauté rôliste espagnole a-t-elle évolué avec Internet ?
R : Internet a pris le relais des clubs et magazines pour fédérer les joueurs espagnols à partir des années 2000. Des forums et portails dédiés (comme Comunidad Umbría ou SPQrol dans les années 2000) ont permis aux rôlistes de toute l’Espagne de discuter, d’organiser des parties par forum ou chat, et de partager du contenu. Des webzines tels que Nosolorol (avant que ce soit un éditeur) ou Fanzine Rolero sont nés en ligne. On a vu aussi émerger des communautés de jeu de rôle virtuel, qui ont explosé plus récemment via les outils type Roll20 ou Fantasy Grounds, souvent animées par des streamers ou podcasteurs espagnols. Ainsi, la communauté s’est élargie et rajeunie grâce au numérique, tout en conservant un noyau de joueurs attachés aux réunions physiques. Aujourd’hui, on trouve de nombreux blogs, chaînes YouTube et actual play en espagnol dédiés au JDR, preuve que la relève geek est bien là. Internet a en outre facilité l’accès aux jeux étrangers en VO ou fan-traduits, mais aussi l’auto-publication de créations espagnoles à moindre coût. En somme, le web a ouvert de nouvelles frontières aux rôlistes ibériques sans pour autant tuer les bonnes vieilles habitudes de se retrouver autour d’une table dans la vie réelle.

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