Je fête mes 40 ans de jeu de rôle cette année. Quarante ans de parties, de systèmes testés à la volée, de règles oubliées au fond d’un classeur, de mécaniques redécouvertes un dimanche soir en feuilletant un vieux bouquin. Et depuis des années, la même frustration revient : comment retrouver cette mécanique de résolution qui fonctionnait si bien en 1998 ? Comment comparer deux systèmes sans ouvrir six onglets, trois PDF et un fil Reddit de 2016 ?
Aucun site francophone ne répondait à cette question. Alors je l’ai construit.
Avant d’aller plus loin, soyons clairs : Systèmes JDR est un projet perfectible, et il le restera. Recenser l’intégralité des systèmes de jeu de rôle produits dans le monde depuis 1974 est une tâche titanesque, probablement impossible. Si personne ne l’avait encore tentée en français, c’est qu’il faut être un peu dingue pour s’y coller. Le site ne prétend pas à l’exhaustivité. Il y a des lacunes, des zones géographiques sous-représentées (l’Amérique latine, l’Europe de l’Est, l’Asie du Sud-Est ont une production rôliste que je commence à peine à explorer), et des fiches qui mériteront d’être enrichies. Mais j’y mets du cœur, et la base a vocation à s’étoffer au fil du temps, pays par pays, système par système.
Systèmes JDR est accessible gratuitement sur aventure-srd-jdr.fr/systeme-jdr. Plus de 212 systèmes de jeu de rôle référencés à travers 430 pages, de D&D Basic (1977) aux dernières sorties indépendantes. Pas une simple liste : des fiches détaillées, des filtres croisés, et des widgets interactifs qui simulent les mécaniques en temps réel. Le genre d’outil que je cherchais depuis mes premières parties d’AD&D, et que personne n’avait encore fait en français.
212 systèmes passés au crible !
Chaque fiche, un condensé de game design
Chaque système dispose de sa propre fiche avec des métadonnées précises : types de dés utilisés, mécanique de base, complexité, nombre de joueurs recommandé, durée de session, modes de jeu (campagne ou one-shot), éditeur, auteurs, année de publication et pays d’origine. Au total, 170 éditeurs référencés couvrent une dizaine de pays : États-Unis, France, Royaume-Uni, Suède, Italie, Japon, Allemagne, Espagne, Finlande…
Pour le recoupement des données, j’ai combiné plusieurs approches. Une partie des fiches a été vérifiée par mes soins, manuellement, sur Wikipédia et les sites officiels des éditeurs encore en activité. Pour le reste, parce que 212 systèmes multipliés par une dizaine de champs à contrôler, ça fait un volume qu’un humain seul ne boucle pas en restant sain d’esprit, j’ai mis en place des agents de fact-checking automatisés qui recoupent les données en parallèle. La combinaison des deux permet un niveau de fiabilité correct, même si des erreurs peuvent subsister. Si vous en repérez une, signalez-la : c’est comme ça que la base s’améliore.
Des filtres qui feraient pâlir un archiviste nain
La page catalogue propose un système de filtres avancés pour explorer les 212 fiches selon ses envies :
- Genre : Fantaisie, Science-Fiction, Cyberpunk, Horreur, Steampunk, Post-Apocalyptique, Super-Héros… 17 genres au total
- Type de dés : d4, d6, d8, d10, d12, d20, d100, dés spéciaux, sans dés, cartes, jetons…
- Mécanique de résolution : Pool de dés, Roll & Keep, Roll Under, Pourcentage, PbtA, Narratif, Comptage de succès… 14 types
- Complexité : de « Très simple » à « Très complexe » sur une échelle de 1 à 5
- Licence : OGL, ORC, Creative Commons, SRD, Libre…
- Origine : JDR français uniquement, ou tous pays confondus
On peut combiner ces filtres entre eux, lancer une recherche par nom, et trier les résultats par ordre alphabétique, année de publication ou complexité. L’affichage bascule entre une vue cartes illustrées et une vue tableau plus compacte. Et le détail que j’ai ajouté par pur égoïsme de MJ : les filtres sont partageables via l’URL. On copie le lien de sa recherche et on l’envoie directement à un joueur qui hésite entre trois systèmes narratifs sans dés.
23 familles de widgets mécaniques interactifs
C’est la fonctionnalité dont je suis le plus fier, et celle qui fait passer le site d’un annuaire à un vrai outil de game design. Sur 43 fiches, un onglet « Mécanique interactive » propose un widget jouable qui simule la mécanique de résolution du système.
On peut lancer des dés virtuels et voir le calcul de résolution en temps réel, modifier les paramètres (difficulté, bonus, nombre de dés) pour comprendre comment le système réagit, et comparer visuellement les mécaniques entre systèmes similaires. Quand on est du genre à passer une heure à débattre des probabilités d’un pool de d6 contre un jet de d20+modificateur (coupable), ces widgets sont un terrain de jeu en soi.
Les 23 familles couvrent un large spectre : du THAC0 des vieux D&D au système Year Zero Engine de Free League (Alien RPG, Vaesen, Forbidden Lands…), en passant par Fate, Savage Worlds, Powered by the Apocalypse, Basic Roleplaying et le Système J français. Un même widget est partagé entre systèmes de la même famille. Le widget THAC0 fonctionne par exemple sur D&D Basic, AD&D 1e, AD&D 2e, Basic Fantasy RPG, Old-School Essentials et OSRIC. Le widget Year Zero Engine couvre les 8 jeux de Free League.
Vidéos et micro-scénarios pour tester avant d'acheter
Certaines fiches intègrent des vidéos de présentation issues de la chaîne YouTube Geek Powa, embarquées directement dans la page. J’ai aussi ajouté un bloc « Testez ce système » qui propose sur certaines fiches un micro-scénario de résolution d’action : une situation concrète qui met dans la peau d’un personnage et montre comment le système gère une action typique. Parce qu’après 40 ans, je suis convaincu qu’on comprend mieux un système en le pratiquant qu’en lisant trois pages de théorie.
Ce que les données racontent sur 50 ans de JDR
Construire cette base, c’est aussi se retrouver avec une masse de données qu’aucun site francophone n’avait encore croisées. Et les chiffres racontent une histoire que je ne soupçonnais pas complètement.
La France, deuxième puissance rôliste mondiale (en l'état de mes recherches...)
Les États-Unis dominent avec environ 90 systèmes référencés (42 %), pas de surprise. Mais la France tient la 2e place avec 53 systèmes, soit 25 % de la base. Quand j’ai vu ce chiffre, j’ai eu un moment de fierté de vieux rôliste. La création hexagonale ne rigole pas. Une page dédiée aux JDR français regroupe Chroniques Oubliées, INS/MV, Simulacres, Te Deum pour un Massacre, Agone, Miles Christi et bien d’autres.
Surprise au classement : la Suède décroche la 4e place grâce à Free League (Alien, Vaesen, Forbidden Lands…), devant l’Italie et le Japon. Quand un seul éditeur suffit à hisser un pays au top 5, on peut parler de game design efficace.
Le d6, roi incontesté des polyèdres
Tous systèmes confondus, le d6 reste le dé le plus utilisé. Si on n’a qu’un type de dé chez soi, les d6 font le travail. À l’autre bout du spectre, des systèmes comme Amber Diceless, Dread (avec sa tour de Jenga) ou Fiasco prouvent qu’on peut jouer sans polyèdre du tout. Ce sont ces extrêmes qui m’ont toujours fasciné en game design : la même activité, des philosophies mécaniques aux antipodes.
La décennie 2010, âge d'or de la création
La page Statistiques propose un panorama visuel complet de la base. Parmi les graphiques interactifs, une timeline retrace l’histoire du JDR des années 70 à aujourd’hui. Le constat saute aux yeux : la décennie 2010 a été la plus prolifique en création de nouveaux systèmes. L’explosion du financement participatif, l’accessibilité des outils de publication et la communauté en ligne ont ouvert les vannes. Le plus vieux système référencé date de 1974 (OD&D, évidemment), les plus récents de 2024 : 50 ans d’histoire couverts.
On y trouve aussi la répartition par genre, par mécanique de résolution, par complexité, par licence ouverte ou fermée, et le top 10 des éditeurs les plus prolifiques.
Sept fiches pour un seul jeu (et c'est normal)
D&D occupe 7 fiches à lui seul, parce que j’ai traité chaque édition comme un système à part entière : D&D Basic (boîte rouge), AD&D 1re édition, AD&D 2e édition, D&D 3.5, D&D 4e, D&D 5e (2014) et D&D 5.5 (2024). Et quand on compare le THAC0 et le jet de d20 moderne via les widgets, on comprend pourquoi. Ce n’est pas un changement de couverture : ce sont des philosophies de game design différentes. J’ai commencé avec AD&D 1re édition, et la sensation de jeu n’a rien à voir avec la 5e. Les chiffres le confirment, les widgets le montrent.
Autre détail qui en dit long : environ un quart des systèmes sont sous licence ouverte (OGL, ORC, Creative Commons…). Le JDR est peut-être le seul milieu créatif où partager ses règles n’est pas vu comme du piratage mais comme un acte fondateur.
Le site est 100 % statique, rapide, sans cookies ni trackers, compatible mobile avec PWA (ça marche même hors connexion). Pas d’analytics, pas de pub : juste 430 pages consacrées aux systèmes, leurs mécaniques, et la possibilité de comparer les probabilités d’un jet de Savage Worlds avec celles d’un pool Year Zero Engine un vendredi soir à 23 h.
C’est le site que j’aurais voulu trouver il y a vingt ans. Il n’existait pas, alors je l’ai fait. La base n’est pas parfaite, elle ne le sera sans doute jamais. Mais elle grandit, fiche après fiche, pays après pays. Si le game design de JDR vous passionne autant que moi, allez fouiller dans les fiches, lancez quelques widgets, et dites-moi ce que j’ai oublié.
À explorer sur aventure-srd-jdr.fr/systeme-jdr.
FAQ pour un roliste curieux !
Combien de systèmes de JDR sont référencés sur Systèmes JDR ? Le site recense plus de 212 systèmes de jeu de rôle à travers 430 pages, de D&D Basic (1977) aux sorties indépendantes les plus récentes de 2024. La base couvre 170 éditeurs répartis dans une dizaine de pays. De nouvelles fiches sont ajoutées régulièrement.
Le site est-il exhaustif ? Non, et il ne prétend pas l’être. Recenser tous les systèmes de JDR produits dans le monde est un travail colossal. Certaines zones géographiques comme l’Amérique latine ou l’Europe de l’Est sont encore sous-représentées. Le site a vocation à s’enrichir au fil du temps, et les signalements d’oublis sont les bienvenus.
Systèmes JDR est-il gratuit ? Oui, le site est entièrement gratuit, sans publicité, sans cookies et sans trackers. Il fonctionne en mode PWA (Progressive Web App), ce qui signifie qu’on peut le consulter même hors connexion une fois chargé sur son appareil.
Qu’est-ce qu’un widget mécanique interactif ? C’est un simulateur jouable qui reproduit la mécanique de résolution d’un système de JDR. On peut lancer des dés virtuels, ajuster la difficulté et les bonus, et voir en temps réel comment le système calcule le résultat. 43 fiches proposent cette fonctionnalité, répartie en 23 familles de widgets.
Comment trouver un JDR adapté à mes envies ? La page catalogue propose des filtres croisés par genre (17 genres), type de dés, mécanique de résolution (14 types), complexité et licence. On peut combiner ces critères, trier les résultats et partager sa recherche via l’URL. L’affichage propose une vue cartes ou une vue tableau.
Quels systèmes de JDR français sont référencés ? Le site recense 53 systèmes français, accessibles depuis une page dédiée. On y retrouve Chroniques Oubliées, INS/MV, Simulacres, Te Deum pour un Massacre, Agone, Miles Christi et bien d’autres. La France représente 25 % de la base totale.

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