JDR en licence libre : OGL, Creative Commons et SRD expliqués

Créer un jeu de rôle à partir de zéro, c’est comme forger une épée : fascinant, mais personne ne vous oblige à extraire le minerai vous-même. Parfois, le moteur existe déjà et il est même offert sur un plateau d’argent par son éditeur. Licences libres, SRD, OGL, Creative Commons : derrière ces acronymes se cache un écosystème qui permet à n’importe quel créateur de bâtir son propre JDR sans repartir d’une page blanche. Encore faut-il comprendre les règles du jeu avant de lancer les dés.

Sauf que depuis 2022, le paysage a radicalement changé. La crise de l’OGL de janvier 2023 a secoué toute l’industrie, poussé Wizards of the Coast à placer le SRD de D&D sous Creative Commons, et convaincu d’autres éditeurs de créer leurs propres licences indépendantes. Autant dire que le vieux tableau qu’on avait publié méritait plus qu’un coup de plumeau.

En résumé : Les JDR en licence libre utilisent principalement trois types de licences : l’OGL (Open Game License), les Creative Commons (CC-BY-4.0 en tête), et les licences tierces propres à chaque éditeur. Depuis 2023, la tendance va clairement vers le Creative Commons, plus solide juridiquement et irrévocable.

Les trois grandes licences du JDR libre (et pourquoi ça a failli tout exploser)

Pour comprendre le paysage actuel des licences libres en JDR, il faut d’abord poser les bases. Trois grandes familles de licences coexistent, chacune avec ses avantages, ses limites et son petit lot de drames.

L’OGL, la licence qui a failli mourir

Illustration chef gobelin

L’Open Game License (OGL 1.0a), c’est le texte fondateur. Créée par Wizards of the Coast en 2000 pour accompagner D&D 3e édition, elle a permis pendant plus de vingt ans à des centaines d’éditeurs de publier du contenu compatible avec les règles de Donjons et Dragons. Le principe est simple : tout ce qui figure dans le SRD (System Reference Document) peut être réutilisé, modifié et redistribué, à condition de respecter les termes de la licence et de mentionner l’OGL dans le produit fini.

Le problème, c’est qu’en janvier 2023, Wizards a tenté de remplacer cette licence par une version restrictive, l’OGL 1.1, qui aurait imposé des royalties, un droit de regard sur les créations tierces et la possibilité de révoquer la licence à tout moment. La communauté a réagi avec une violence que même un sort de Tempête vengeresse n’aurait pas égalée : désabonnements massifs sur D&D Beyond, pétitions, migration vers d’autres systèmes. Résultat : Wizards a fait machine arrière, maintenu l’OGL 1.0a en l’état, et publié l’intégralité du SRD 5.1 sous Creative Commons.

L’OGL reste utilisée par de nombreux systèmes plus anciens (Traveller, FATE, Open D6), mais la tendance est claire : les nouvelles publications s’en éloignent au profit de licences plus modernes.

Le Creative Commons, le nouveau roi

Les licences Creative Commons ne viennent pas du monde du JDR. C’est un cadre juridique international, géré par une organisation à but non lucratif, qui permet aux créateurs de définir précisément ce qu’ils autorisent. Il existe sept combinaisons, mais celle qui domine dans le JDR est la CC-BY-4.0 (Attribution, version 4.0 International).

Son avantage décisif ? Elle est irrévocable. Une fois qu’un contenu est publié sous CC-BY-4.0, personne, pas même l’éditeur d’origine, ne peut revenir en arrière. C’est exactement ce qui a séduit la communauté après le fiasco de l’OGL : Wizards of the Coast a placé le SRD 5.1 sous CC-BY-4.0 en janvier 2023, puis a publié le SRD 5.2 sous cette même licence en avril 2025, couvrant les règles révisées de 2024. D’autres éditeurs ont suivi le mouvement. Les jeux PbtA (Powered by the Apocalypse) utilisent aussi le Creative Commons, tout comme Eclipse Phase ou ZWEIHÄNDER.

Les licences tierces (TPL) et les licences propriétaires

Certains éditeurs préfèrent garder le contrôle en créant leur propre licence. C’est le cas de Free League, qui a lancé en 2023 sa Free Tabletop License (FTL) pour le Year Zero Engine, accompagnée d’un SRD complet. Cette licence, développée indépendamment de l’OGL, accorde un droit irrévocable, mondial et libre de redevances pour créer des JDR basés sur le moteur Year Zero. Free League a aussi créé une licence tierce séparée pour Dragonbane, destinée aux suppléments compatibles.

D’autres systèmes proposent des Third Party Licenses (TPL) : Mörk Borg, Mausritter, Old-School Essentials ou DCC RPG permettent aux créateurs de publier du contenu compatible sous certaines conditions. Ces licences varient considérablement d’un éditeur à l’autre, donc la lecture attentive du document original reste obligatoire avant de se lancer.

Et puis il y a les cas intermédiaires, comme Savage Worlds, qui propose plusieurs options de licence sans passer par un SRD classique.

Le tableau des JDR exploitables en licence libre

On a mis à jour et enrichi le tableau original. Attention : cette liste reste non exhaustive. Le monde du JDR libre est vaste, et de nouveaux systèmes ouvrent régulièrement leurs portes aux créateurs tiers. Pour une vision encore plus large, notre encyclopédie des systèmes JDR recense plus de 212 systèmes francophones.

Jeu / SystèmeLicenceSRDNotes
D&D 5e (SRD 5.1)CC-BY-4.0 / OGLENDouble licence depuis janvier 2023
D&D 2024 (SRD 5.2.1)CC-BY-4.0ENSorti avril 2025, CC exclusif (pas d’OGL)
Basic Roleplaying (BRP)OGLEN / FRMoteur de RuneQuest, L’Appel de Cthulhu
Blades in the DarkCC-BY-3.0ENSystème Forged in the Dark
Cypher SystemOGLENNumenéra, The Strange
DCC RPGTPLENDungeon Crawl Classics
Death in SpaceTPLENSF survival
DragonbaneTPL (Free League)Suppléments uniquement, pas de SRD
Eclipse PhaseCCENSF transhumaniste
FATEOGL / CCEN / FRSystème narratif flexible
FUDGEOGLFRAncêtre de FATE
GUMSHOEOGLENTrail of Cthulhu, Night’s Black Agents
Lamentations of the Flame PrincessTPLENOSR weird fantasy
MausritterTPLENAventures de souris
Modiphius 2D20OGLENConan, Dune, Fallout
Mörk BorgTPLENOSR doom metal
Old-School EssentialsTPLENClone B/X clarifié
Open D6OGLENHéritier du Star Wars D6 (WEG)
OpenQuestTPLENDérivé de RuneQuest simplifié
PbtA (Powered by the Apocalypse)CCFRDungeon World, Monsterhearts, etc.
The Black HackOGLENOSR ultra-léger
TravellerOGLENSF classique (Mongoose Publishing)
Wushu OpenCCENArts martiaux cinématographiques
Year Zero EngineFTL (Free League)ENAlien, Vaesen, Coriolis, Forbidden Lands
ZWEIHÄNDERCCENDark fantasy grimdark

Tableau mis à jour en avril 2026. Certains liens peuvent évoluer selon les mises à jour des éditeurs.

Avant de foncer tête baissée, quelques questions méritent d’être posées. On a besoin d’un accord préalable de l’éditeur ? Le contenu est utilisable en totalité ou seulement en partie ? L’utilisation commerciale est autorisée ? Faut-il mentionner des logos, des crédits, des références spécifiques ? Chaque licence a ses conditions, et les ignorer reviendrait à jouer un Guerrier sans armure face à un dragon ancien.

Pour aller plus loin dans la création, notre guide pour créer son propre JDR détaille les étapes de conception, du game design à la publication. Et si les alternatives à D&D vous intéressent, plusieurs de ces systèmes figurent justement dans le tableau ci-dessus.

Le mouvement vers le libre ne ralentit pas. Après la secousse de 2023, l’industrie du JDR a compris que la confiance des créateurs passe par des garanties solides. Le Creative Commons offre cette garantie, et de plus en plus d’éditeurs l’adoptent. Pour les aspirants game designers, la porte n’a jamais été aussi grande ouverte. Il ne reste plus qu’à la franchir.

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FAQ : licences libres et JDR

Quelle est la différence entre OGL et Creative Commons pour un JDR ?

L’OGL est une licence créée par Wizards of the Coast en 2000, spécifique au monde du jeu. Le Creative Commons est un cadre juridique international géré par une organisation indépendante. La différence majeure : le CC-BY-4.0 est irrévocable par conception, là où l’OGL a montré ses limites lors de la crise de 2023.

Puis-je vendre un JDR basé sur un système en licence libre ?

Ça dépend de la licence. Les systèmes sous OGL et sous CC-BY-4.0 autorisent généralement l’usage commercial. Pour les licences tierces (TPL), il faut vérifier au cas par cas. Certaines imposent des restrictions sur l’usage commercial ou exigent une approbation préalable.

Qu’est-ce qu’un SRD en jeu de rôle ?

Un SRD (System Reference Document) est un document qui rassemble les règles de base d’un système de JDR. Il sert de référence pour les créateurs tiers, en précisant exactement quel contenu peut être réutilisé. Le SRD exclut généralement les éléments de propriété intellectuelle spécifiques (univers, personnages, noms protégés).

L’OGL est-elle morte après la crise de 2023 ?

Pas tout à fait. L’OGL 1.0a reste en vigueur et de nombreux produits continuent de l’utiliser. En revanche, Wizards of the Coast n’utilise plus l’OGL pour ses nouvelles publications : le SRD 5.2 est exclusivement sous Creative Commons. La tendance générale de l’industrie va clairement vers le CC.

Puis-je utiliser le nom « Donjons et Dragons » dans mon produit ?

Non. Le nom « Dungeons & Dragons » (et sa traduction française) est une marque déposée de Wizards of the Coast. Même avec le SRD sous Creative Commons, on ne peut pas utiliser les marques déposées de l’éditeur. On peut en revanche indiquer la compatibilité avec « la 5e édition » ou « 5E compatible ».

Existe-t-il des JDR francophones en licence libre ?

Oui, plusieurs systèmes disposent de SRD traduits en français, comme le BRP de Chaosium, FATE, FUDGE ou les jeux PbtA. De plus, certains JDR francophones originaux publient sous Creative Commons. Notre encyclopédie des systèmes JDR référence de nombreux systèmes accessibles en français.

Article créé par Fletch.

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