Tu es planté devant le rayon imaginaire de ta librairie. Trente couvertures à tranches dorées, autant de dragons, et strictement zéro indice sur ce que tu vas réellement lire. Bienvenue dans l’embouteillage de la romantasy, ce genre hybride qui a fait doubler les ventes de romance en France en trois ans et transformé les tables des libraires en champ de bataille.
Bonne nouvelle : le logo sur la tranche en dit beaucoup plus long que la couverture. Chaque maison d’édition de romantasy a sa ligne, son tempérament, son dosage entre le cœur et l’épée. Calix, Olympe, De Saxus, Addictasy, Hugo Roman, Bragelonne : voici comment les différencier pour tomber sur celle qui correspond vraiment à ton envie du moment.

Romantasy, fantasy, fantastique : le décodeur avant de choisir ton éditeur
Avant de comparer les maisons, il faut s’entendre sur les mots. Parce qu’entre le lecteur qui cherche une saga politique de 900 pages et celle qui veut du enemies-to-lovers avec des ailes, le mot « fantasy » ne désigne clairement pas la même expérience.
Ce que « romantasy » veut dire, et ce qu’elle ne dit pas
La définition retenue par les professionnels du livre est limpide : la romantasy est une fusion entre la fantasy et la romance où la romance prime sur le reste. Les dieux se disputent, le dragon crache son feu, mais le vrai moteur du récit reste la relation entre deux personnages. Si tu retires l’histoire d’amour et que le livre s’écroule, c’est de la romantasy. Si tu la retires et qu’il reste une guerre de succession parfaitement fonctionnelle, c’est de la fantasy avec une romance dedans. Nuance minuscule sur le papier, gouffre à la lecture.
Le panéliste NielsenIQ BookData a d’ailleurs dû créer sept sous-genres pour cartographier la romance française, dont la romantasy et la romance paranormale. Les chiffres expliquent pourquoi : d’après les données publiées par Livres Hebdo en 2025, la romance a pesé plus de 12 millions d’exemplaires et 165 millions d’euros en 2024, avec des ventes doublées et un chiffre d’affaires triplé en trois ans. Dans une étude Babelio menée auprès de plus de 7 000 lecteurs, la romantasy arrive en tête des sous-genres préférés, à 57 %. Bref, ce n’est plus une niche, c’est une autoroute.
Pourquoi le nom sur la tranche change ta lecture
Une maison d’édition, ce n’est pas juste un logo. C’est un faisceau de choix qui déterminent l’objet que tu tiens et le texte que tu lis. Quatre critères suffisent à s’y retrouver :
- Le dosage romance/fantasy : certains labels assument la romance comme colonne vertébrale, d’autres la traitent comme un ingrédient parmi d’autres.
- L’origine des textes : traductions de best-sellers anglo-saxons repérés sur les réseaux, ou plumes francophones maison. Ce n’est pas le même rythme narratif, ni le même imaginaire.
- Le format : relié toilé avec jaspage à 26 euros ou broché à 17 euros. Objet de collection ou lecture nomade, il faut choisir son camp (ou son budget).
- Le curseur d’intensité : du young adult sans scène explicite au new adult qui ne recule devant rien. Les maisons segmentent très consciemment.
Six maisons d’édition de fantasy et de romantasy à connaître
Aucune de ces maisons n’est meilleure qu’une autre. Elles ne jouent simplement pas la même partie, avec des personnages différents et des dés qui ne tombent pas du même côté.
Label Calix, les nouvelles voix de la fantasy en objet-livre
Lancé au printemps 2024 conjointement par Pygmalion et J’ai Lu, Label Calix s’est donné une mission tenant en une baseline : révéler « les nouvelles voix de la fantasy ». La maison couvre trois territoires assumés, la fantasy, la romantasy et la littérature fantastique, avec des rayons de navigation qui disent bien où elle veut t’emmener : cosy fantasy, sorcières, enemies-to-lovers.
Le premier titre du label, The Royal Coven de Juno Dawson, donnait déjà le ton en mai 2024 : des sorcières contemporaines, une amitié fracturée, et zéro complaisance. Depuis, le catalogue a construit une identité assez rare dans le paysage, celle d’une fantasy adulte et charpentée qui ne se réduit jamais à sa romance. Blood Over Bright Haven de M.L. Wang y côtoie The Curse of Saints de Kate Dramis, The Hurricane Wars de Thea Guanzon et la trilogie comique Assistant to the Villain de Hannah Nicole Maehrer, qui reste probablement la meilleure porte d’entrée si tu veux de la cosy fantasy sans t’engager dans une saga de dix tomes.
L’autre signature de la maison, c’est la fabrication. Calix parle d’objet-livres et tient parole : couverture reliée et toilée avec fer à dorer, jaspage à motifs sur les tranches, gardes colorées. Le label a même resserré son offre vers le tout-relié, parce que les lecteurs ont voté avec leur portefeuille. Interrogée par Elbakin.net sur son programme 2026, Florence Lottin, qui dirige le label, résume la ligne sans détour : « Je pourrais presque dire : un programme 100 % fantasy », en insistant sur une production volontairement resserrée pour tenir la qualité.
Pour qui ? Pour toi si tu veux de la fantasy qui tient debout toute seule, avec de la romance quand le récit l’appelle plutôt qu’en cahier des charges, et si un beau livre posé sur l’étagère te procure une satisfaction que tu n’assumes qu’à moitié.

Olympe, De Saxus et Addictasy : trois façons de faire de la romantasy
Trois maisons, trois stratégies radicalement différentes pour adresser le même rayon. C’est là que le comparatif devient utile.
Olympe : la fantasy d’abord, la romance ensuite
Label du groupe Madrigall annoncé en 2023, Olympe a sorti son premier titre à l’automne de la même année. Sa direction a été confiée à Pascal Godbillon, un vétéran de la science-fiction française passé par la collection Lunes d’encre et par Folio SF, ce qui n’est pas un détail : sa formule affichée est « la fantasy d’abord, la romance ensuite ». Traduction concrète, le label peut publier de la fantasy pure sans histoire d’amour si le texte le mérite.
Le catalogue mise très majoritairement sur des succès anglo-saxons repérés en ligne : Powerless de Lauren Roberts, Les pierres sacrées de Kate Golden, Five Broken Blades de Mai Corland ou When the Moon Hatched de Sarah A. Parker. La maison a aussi ouvert la porte au francophone avec la trilogie Terre des ombres de Josépha Juillet. Côté objet, Olympe pratique le double format : une édition collector reliée et jaspée en tirage limité, et un broché plus sage pour les budgets raisonnables.
De Saxus : le relié et le poche, en même temps
De Saxus s’est fait un nom en important en France une habitude anglo-saxonne : sortir les sagas en beau relié, quand l’édition française réservait traditionnellement ce traitement aux intégrales. La maison publie des poids lourds de la fantasy et du young adult traduits, de Samantha Shannon à Jay Kristoff, en passant par R.F. Kuang et Jennifer L. Armentrout.
Son pari le plus récent est plus malin qu’il n’y paraît : proposer certains titres en relié et en broché le même jour, via un label dédié aux formats accessibles. L’idée est de ne plus faire attendre un an les lecteurs qui préfèrent le poche, et accessoirement d’aller chercher un public plus large que le cœur de cible du collector. Si tu veux de la fantasy anglo-saxonne ambitieuse sans arbitrer entre ton étagère et ton sac à dos, c’est ici.
Addictasy : la romantasy écrite en français
Lancée en 2024 par les Éditions Addictives, Addictasy revendique un slogan qui vaut programme : « Quand la romance rencontre la fantasy ». C’est la maison la plus monomaniaque du lot, entièrement dédiée à la romantasy, et surtout la plus atypique sur un point précis : son catalogue est très majoritairement composé d’autrices francophones, là où presque tout le rayon vit de traductions.
Sam Agaeli et son cycle Finsceal, Orlane Gray avec L’empire des monstres, Ana Evernight et sa série Black Feathers : ce sont des noms que tu ne croiseras pas sur BookTok en version originale, puisqu’il n’y en a pas. Le format reste le broché, dans une fourchette de prix nettement plus douce que les reliés collectors, et la maison est passée en 2026 sous distribution Hachette Livre, ce qui l’installe durablement en librairie physique. Un bon réflexe si tu veux soutenir la création francophone du genre.
Hugo Roman et Bragelonne : les deux poids lourds du rayon
Face aux labels spécialisés, deux mastodontes avec des logiques industrielles opposées : l’un vient de la romance, l’autre de l’imaginaire pur et dur.
Hugo Roman : la machine à romance
Hugo Roman, le label romanesque de Hugo Publishing, a bâti un écosystème complet autour de la romance. Sa collection Romantasy a été lancée en février 2023, ouverte par La saga d’Auren de Raven Kennedy, relecture du mythe de Midas devenue un phénomène. Autour d’elle gravitent la collection New Romance, qui a porté la série Hadès et Perséphone de Scarlett St. Clair, une collection Dark Romance et une ligne young adult plus sage, sans scène explicite.
C’est l’éditeur qui segmente son lectorat avec la précision d’un tableau de classes de Donjons et Dragons : tu sais exactement à quel niveau d’intensité tu mets les pieds avant d’ouvrir le livre. Ses éditions collector et ses tranches peintes en font aussi un des acteurs les plus visibles des rayons et des réseaux.
Bragelonne : la cathédrale de l’imaginaire
Fondée en 2000 par Stéphane Marsan et Alain Névant, avec un nom emprunté au Vicomte de Bragelonne d’Alexandre Dumas, Bragelonne est la maison qui a structuré le rayon fantasy francophone moderne. Son catalogue ressemble à un mur de trophées : David Gemmell, Andrzej Sapkowski et son Sorceleur, Terry Goodkind, Patrick Rothfuss, Mark Lawrence, Anthony Ryan, et côté francophone Pierre Pevel. Le groupe abrite aussi Milady pour le poche et la bit-lit, et Castelmore pour la jeunesse.
Entrée dans le giron d’Hachette Livre en 2022, la maison n’a pas renié son éclectisme : son programme récent mêle fantasy classique, romantasy, cosy fantasy, horreur et science-fiction. C’est le choix évident si tu viens de la fantasy « à l’ancienne », celle des romans d’univers et des cycles au long cours, et que la romance t’intéresse comme bonus plutôt que comme promesse.

Et si aucune de ces six maisons ne te correspond ?
Le rayon ne s’arrête évidemment pas là. Milady reste la référence du poche imaginaire et de la bit-lit, Lumen et MxM Bookmark travaillent des lectorats young adult et new adult très identifiés, Alter Real défend une romantasy francophone indépendante. Et pour t’éloigner de la romance vers l’imaginaire d’auteur, Leha, Mnémos, Le Bélial’ ou Les Moutons électriques proposent des catalogues autrement plus rugueux.
Quelle maison d’édition pour quelle envie de lecture ?
Le récapitulatif, pour ceux qui lisent les articles en diagonale (on te voit) :
- Label Calix : fantasy adulte charpentée, romantasy, fantastique et cosy fantasy, dans de beaux reliés jaspés à collectionner.
- Olympe : romantasy anglo-saxonne portée par une exigence de fantasy assumée, en double format collector et broché.
- De Saxus : grandes sagas traduites de fantasy et de young adult, avec relié et broché disponibles ensemble.
- Addictasy : romantasy exclusive, majoritairement francophone, en broché accessible.
- Hugo Roman : romance sous toutes ses formes, avec une collection Romantasy et un curseur d’intensité clairement balisé.
- Bragelonne : le catalogue le plus large de l’imaginaire francophone, de la fantasy épique à la cosy fantasy.
La vraie leçon de ce tour d’horizon, c’est qu’il n’existe pas de meilleure maison d’édition de fantasy ou de romantasy. Il existe des lignes éditoriales, et un moment de ta vie de lecteur où l’une d’elles tombe pile. Repère deux maisons qui te parlent, suis leurs sorties pendant six mois, et tu auras une bibliothèque autrement plus cohérente que celle construite au hasard des piles en tête de gondole. Et si tu veux prolonger l’expérience à l’écran, les films d’heroic fantasy incontournables t’attendent.
Questions fréquentes sur les maisons d’édition de fantasy et de romantasy
Quelle est la différence entre la fantasy et la romantasy ?
La fantasy repose sur un univers imaginaire dont l’intrigue principale peut être politique, guerrière ou initiatique. La romantasy conserve ce décor mais place la relation amoureuse au centre du récit : c’est elle qui fait avancer l’histoire. Test simple, si tu retires la romance et que le livre s’effondre, tu es en romantasy.
Quelles sont les principales maisons d’édition françaises de romantasy ?
Les acteurs les plus visibles sont Label Calix, Olympe, De Saxus, Addictasy, Hugo Roman et Bragelonne. Chacun couvre le genre avec un dosage différent entre romance et fantasy, un format de livre spécifique et un lectorat cible qui lui est propre.
Qu’est-ce que le Label Calix publie exactement ?
Lancé en 2024 par Pygmalion et J’ai Lu, Label Calix publie de la fantasy, de la romantasy et de la littérature fantastique, avec une place notable accordée à la cosy fantasy. Sa signature tient aussi à sa fabrication : reliure toilée avec fer à dorer, jaspage à motifs et gardes colorées.
Existe-t-il de la romantasy écrite par des auteurs francophones ?
Oui, même si le rayon reste dominé par les traductions. Addictasy est la maison qui pousse le plus loin cette logique, avec un catalogue majoritairement composé d’autrices francophones. Olympe a également ouvert sa collection à des plumes françaises, et des éditeurs indépendants comme Alter Real en publient régulièrement.
Pourquoi les livres de romantasy sont-ils souvent vendus en édition reliée ?
Parce que le lectorat achète autant un texte qu’un objet. Jaspage, gardes illustrées, reliure toilée et tirages limités nourrissent une culture de la collection très visible sur les réseaux sociaux. Certains éditeurs proposent toutefois un broché en parallèle pour rendre les titres plus accessibles.
Par quelle maison commencer quand on découvre la romantasy ?
Tout dépend de ton point d’entrée. Si tu viens de la romance, Hugo Roman propose la segmentation la plus lisible. Si tu viens de la fantasy, Label Calix, Olympe et Bragelonne conservent une exigence d’univers plus marquée. Et pour lire francophone, Addictasy est le choix le plus direct.

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