Face au Titan : interview de Gulix sur son JDR sans meneur

Face au Titan, le JDR sans meneur de Nicolas Gulix Ronvel. On replonge dans l’interview 2019 avec six ans de recul et le bilan complet de la campagne Kickstarter.

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L’essentiel
Mai 2019, on tend nos micros à Nicolas « Gulix » Ronvel en pleine campagne Kickstarter pour Face au Titan, un JDR sans meneur bilingue français-anglais. Six ans plus tard, le jeu est sorti (PDF + impression à la demande sur DriveThruRPG, 448 backers et 4 002 euros levés), Gulix est devenu une figure du storygame francophone, et a depuis co-signé Un Dernier Tour de Piste. On replonge dans l’interview avec le recul nécessaire.

Mai 2019. Le JDR sans meneur est encore un objet curieux dans le paysage francophone, et un certain Nicolas « Gulix » Ronvel lance sur Kickstarter une double campagne français-anglais pour Face au Titan. L’idée : un storygame où les joueurs incarnent les Compagnons, ces héros qui vont se dresser face à un Titan qui règne sur le monde. Une seule séance, une discussion collective, pas de MJ, pas d’écran, pas de fiches de personnage à rallonge.

On l’avait rencontré à l’époque pour comprendre le pari. Six ans plus tard, on sait comment l’histoire se termine : la campagne a réuni 448 backers et levé 4 002 euros, le jeu est sorti en PDF et impression à la demande sur DriveThruRPG, et Gulix a poursuivi sa trajectoire d’auteur, jusqu’à co-signer en 2024 Un Dernier Tour de Piste aux côtés de Jérôme Barthas chez les XII Singes (cf. notre interview croisée Gulix + Barthas). Bel arc narratif pour un auteur du JDR francophone.

Interview JDR : Gulix et Face au Titan

Bonjour Nicolas Ronvel dit « Gulix ». Tu officies régulièrement sous le pseudo de Gulix, plume sous laquelle tu écris pour la Caravelle et d’autres maisons (scénarios, suppléments…). Tu lances un financement participatif pour ton nouveau projet Face au Titan, un jeu de rôle sans meneur. Marchons un peu, nous avons quelques questions pour toi. Les jeux sans MJ sont rares et nouveaux, un peu d’éclaircissement ne nous fera pas de mal.

Gulix, c’est quoi ton ADN ludique ?

Bonjour. Mon ADN ludique, il commence à 10 ans avec Hero Quest. La publicité à la télé m’avait accroché comme jamais, et j’ai fait des pieds et des mains pour l’avoir. Au même moment, c’est la découverte des Livres dont vous êtes le héros. Le collège me permet de découvrir d’autres joueurs et de former un groupe autour des jeux Games Workshop, principalement Necromunda et Blood Bowl.Le JDR vient plus tard, avec l’Oeil Noir, Warhammer et surtout Dungeons & Dragons 3. Une grosse campagne d’étudiants, jouée deux fois par semaine. Puis un trou de plusieurs années suite à des difficultés d’organisation. Un déménagement sur Nantes me permet d’y replonger il y a 10 ans, et je m’y suis noyé avec plaisir. Je continue à peindre et pousser de la figurine de temps en temps, je pratique le jeu de société dans une association mais c’est vraiment le JDR qui reste au centre.Pour toi c’est quoi ta vision de ce qu’est un jeu de rôle ? Le jeu de rôle est pour moi un outil de création d’histoires en commun. Ma préférence va aux jeux avec des systèmes légers, mais j’apprécie de voir ce foisonnement de sous-genres dans le JDR. On se raconte des histoires, on vit ensemble ces histoires que ce soit par le biais de combats tactiques, de diatribes enflammées, d’intrigues tarabiscotées ou de bien d’autres façons. J’ai mes préférences, mais j’aime découvrir de nouvelles façons d’expérimenter ce loisir.Comment en es-tu venu au jeu sans meneur ? J’ai découvert Fiasco par son pitch (jouer des histoires à la Fargo / Burn after reading). Je n’ai pas tout compris. J’ai vu la partie de Wil Wheaton sur Tabletop. J’ai adoré. Je me suis lancé, et depuis, c’est mon jeu fétiche. Et j’ai découvert d’autres jeux sans meneur, que j’ai essayé (et pour certains adoptés).Au final, je ne regarde plus trop. Un jeu m’attire par sa proposition, l’ambiance évoquée, les références cinématographiques, télévisuelles ou autres. Avec ou sans meneur, c’est juste une façon de jouer pour moi. Comme jouer manette ou clavier/souris pour les jeux vidéos.

Lancer sa campagne de financement participatif en Anglais et en Français en même temps c’est quoi l’enjeu ?

L’enjeu concerne le public potentiel. Le JDR est une niche. Le JDR narratif une niche dans la niche. Alors le JDR narratif sans meneur, n’en parlons pas. J’ai pris ma volée de bois vert dans certains coins pour oser appeler Face au Titan un JDR (ce qu’il est). Mais surtout dans le paysage francophone.Dans le monde anglophone, c’est plus répandu, parce qu’on y trouve plus de propositions. Pour pouvoir financer le jeu et payer mon illustrateur, une version dans les deux langues était nécessaire. J’aurais pu ne travailler qu’en anglais, remarque. Mais mes tests se font en français, et je veux que plus de jeux de ce genre arrivent en français.

Comment est née ton envie de te lancer dans l’édition de jeux de rôles ?

J’ai commencé à participer à des concours de création il y a quelques années. J’y ai pris goût. Et puis j’ai traduit des jeux, ce qui m’a démontré que je pouvais maîtriser la mise en page. Et petit à petit, j’ai continué. Des mini-jeux, principalement.Mais parfois, un projet déborde et commence à prendre de l’ampleur. Alors je me suis posé la question : j’en fais quoi ? Je voulais le faire jouer, ce qui ne demandait pas de l’éditer. Mais je voulais surtout que d’autres y jouent. Et là, difficile de se faire une place. Surtout quand on ne sait pas dessiner comme moi. Donc, éditer le jeu pour en avoir une version illustrée, c’est venu très vite une fois les bases posées. Quelles sont tes sources d’inspirations ou de game design pour le jdr sans meneur ?Fiasco vient en premier lieu. Parce que c’est pour moi le maître-étalon du jeu sans meneur. Mais aussi parce que le système sait se taire quand il le faut et pour la profusion d’ambiances proposées. Je voulais aussi avoir ça : des cadres de jeu très différents pour des parties très différentes, tout en conservant la même optique de jeu. Swords Without Master vient tout juste après. Avec Sorceress Bloody Sorceress, un jeu reprenant son système et sans meneur. Deux jeux parents d’Epidiah Ravachol, dont le système m’a servi de base. Sans la lecture de ces jeux, jamais Face au Titan n’aurait vu le jour. Le système de dés, avec les Tons, vient de là. Et la maîtrise du rythme de la partie, par les Motifs, vient directement de Swords Without Master.Enfin, je vais citer Protocol pour ses conseils sur le jeu sans meneur, et sa vision cinématographique des scènes. J’ai repris pas mal de ces conseils à mon compte, et je réutilise clairement les Vignettes de ce jeu dans certaines parties de Face au Titan.

Des anecdotes sur les play-tests du jeu ?

Une première, c’est quand j’ai commencé à introduire les cadres. Au tout début du jeu, j’utilisais une création de cadre à base de questions très vagues, histoire que les joueurs créent leur cadre à leur manière. Ca ne marchait pas. J’ai commencé à créer des univers pour chaque Titan, et à en dessiner des cartes. J’en ai parlé sur mon blog. J’étais plutôt content de mes cartes, les dessiner était plutôt sympa. Et puis le test. Le crash-test. J’avais une liste d’éléments et une carte, mais la carte bloquait la créativité et l’imagination. Où placer tel élément sur la carte ? Oui mais là, cet élément sur la carte, c’est quoi ? Bref, un tour de table plus tard la carte était retirée de la table, et n’est jamais revenue.Une autre, c’est une tendance qui est arrivée dans presque toutes mes parties de test concernant la conclusion. Le pitch du jeu, c’est qu’on joue des héros qui vont terrasser un Titan. Le final du jeu, on combat le Titan jusqu’à lui asséner le coup final. Puis il y a un Épilogue. Dans cet épilogue, à chaque fois ou presque, la mort du Titan n’a apporté que désastre et malheur sur le monde. Il y a toujours eu un joueur pour intégrer cet élément, sans que quoi ce soit dans les règles ou ma façon de présenter le jeu ne le suggère. Et ça m’a amené à reconsidérer la fin, et proposer des alternatives.L’illustration d’un financement participatif joue très souvent pour plus de la moitié de l’envie de participer des backers, comment on gère le partage du succès avec l’illustrateur ?Très bien, très bien. J’ai trouvé en la personne de Roger Heal quelqu’un de génial, en plus d’être un illustrateur vraiment talentueux. Je garde une bibliothèque personnelle d’illustrations d’inspiration, et quand je me suis dit que des illustrations pour ce projet me seraient nécessaires, c’est une de ses illustrations que j’ai ressorti tout de suite. Pas un Titan. Mais un style que j’aimais particulièrement.Je l’ai contacté, et tout de suite le feeling est bien passé. Je sais que je dois une partie du succès du jeu à ses illustrations, et j’essaie de le lui rendre au maximum. En ressassant le bon boulot qu’il fait, par exemple.Les actuals play et les parties de démonstrations filmées sont très à la mode et il y a une vraie attente, des projets dans ce domaine pendant ou après la campagne ? Non. Pour une raison très simple : c’est un milieu que je ne connais pas du tout. Je n’ai encore jamais joué en ligne, je ne regarde pas de jeu en ligne. Bon, j’ai regardé la partie de Fiasco et de Dread de Wil Wheaton, mais c’est bien tout.Donc, ne maîtrisant pas le sujet, j’ai préféré ne pas m’y aventurer. Tout comme je ne propose pas de vidéo de présentation du projet, mais une simple image : je ne sais pas produire de vidéo.

Le jeu de rôles c’est avant tout des rencontres, est-ce le jeu sera présenté dans des cafés ludiques ou des conventions cette année ?

Oui ! Et il l’a déjà été (Colloque de Bob et Éclipse). Dans quelques jours, je serai à Nautilude à Nantes (18 et 19 mai) pour présenter le jeu. Il se peut que je fasse des démos dans un café ludique à Nantes, mais ce sera après la campagne. En novembre, je serai présent aux Utopiales comme tous les ans depuis quelques années déjà. Et il y aura peut-être d’autres apparitions pas encore programmées.

Face au Titan six ans après : un succès Kickstarter modeste mais tenu

L’interview se déroulait avant même la clôture de la campagne, qui s’est achevée le 27 mai 2019. Voici le bilan factuel.

  • 448 backers ont soutenu le projet sur Kickstarter, levant 4 002 euros. Un montant modeste à l’échelle des grosses campagnes JDR, mais largement suffisant pour un auteur indépendant porté en solo, avec un illustrateur à rémunérer et une production allégée.
  • Sortie officielle : après la campagne, le jeu a été publié en PDF et impression à la demande sur DriveThruRPG, en français et en anglais. Il y reste disponible en 2026.
  • Promesses tenues : Gulix avait annoncé une campagne légère, une production rapide et une livraison sans dérive. Tout a été honoré. C’est le contre-exemple parfait des dérapages Kickstarter qu’on a documentés par ailleurs (cf. l’affaire 7th Sea Khitai).

Sur le fond, Face au Titan est devenu un cas d’école du storygame court : un seul Titan, un seul groupe de Compagnons, une seule séance, un cadre à personnaliser. La structure narrative est simple, l’aventure ressort à chaque partie singulière. C’est exactement ce qu’on attend d’un one-shot collaboratif bien pensé.

Gulix, figure du storygame francophone

Depuis Face au Titan, Nicolas « Gulix » Ronvel a continué d’enrichir sa bibliographie. Le Guide du Rôliste Galactique (legrog.org) recense désormais une longue liste de ses créations, traductions et adaptations. On peut citer notamment :

  • Those Little Towns — petit JDR au format court, disponible sur itch.io, jeu de communauté villageoise et de mystère doux.
  • Cadres et frameworks pour Fiasco et Monster of the Week, deux jeux narratifs anglo-saxons cultes.
  • Traduction française de Mausritter, le JDR de souris aventurières d’Isaac Williams, devenu un succès de niche.
  • Un Dernier Tour de Piste — co-signé en 2024 avec Jérôme Barthas, chez Les XII Singes. Une étape majeure dans la carrière de Gulix, qui passe d’auteur indépendant à co-auteur édité par une maison structurée. On en parle en détail dans notre interview croisée.

Le fil rouge de cette bibliographie, c’est l’activisme éditorial pour le JDR narratif et sans meneur. À une époque où le format dominant en France reste le D20 et son écosystème, Gulix défend une autre vision du JDR : récit collaboratif, mécanique légère, séance unique, émotions collectives. Un travail de fond qui n’a pas été pour rien dans la diffusion progressive du storygame côté francophone.

Comment jouer Face au Titan en 2026 et préparer une séance

Pour qui veut découvrir Face au Titan en 2026, le chemin est simple. On télécharge le PDF (ou on commande l’impression à la demande) sur DriveThruRPG, on lit les règles en une heure, et on réunit trois à cinq joueurs autour d’une table. Le format est calibré pour une séance unique d’environ trois heures.

Le déroulé type : un joueur tire au sort ou propose un Titan (créature, dieu, force abstraite qui règne sur le monde), un Cadre (le décor où se déroule l’aventure), et chaque participant crée un Compagnon avec ses motivations. La partie consiste à raconter le voyage qui mène les Compagnons face au Titan, à dialoguer entre joueurs, à faire émerger les enjeux moraux, et à conclure par une confrontation finale. Le système est minimaliste : pas de dés à profusion, pas de bilans de combat, juste des choix narratifs encadrés par les règles.

Pour qui veut animer Face au Titan en convention ou en club, c’est un format idéal : démarrage rapide, durée maîtrisée, accessible aux personnes qui n’ont jamais touché un JDR. Le jeu permet de présenter à des non-rôlistes ce qu’est le JDR narratif, sans la barrière à l’entrée des systèmes lourds. Dans la même veine narrative, on peut prolonger la séance avec Mausritter (traduit par Gulix lui-même) ou For The Queen en VO.

Face au Titan : galerie d’illustrations

Questions fréquentes sur Face au Titan

Qui est l’auteur de Face au Titan ?

Nicolas « Gulix » Ronvel, auteur français de JDR vivant dans le vignoble nantais. Informaticien de profession, joueur de JDR depuis une vingtaine d’années. Activiste du JDR narratif et sans meneur, traducteur de Mausritter, co-auteur d’Un Dernier Tour de Piste (2024) chez Les XII Singes.

Combien de joueurs pour Face au Titan ?

Le jeu est calibré pour trois à cinq joueurs, sans meneur. Toutes les personnes autour de la table jouent un Compagnon, un héros qui va se dresser face au Titan. La narration est collective et la durée d’une séance se situe entre deux et trois heures en moyenne.

Le jeu est-il disponible en 2026 ?

Oui. Face au Titan est disponible en PDF et impression à la demande sur DriveThruRPG, en français et en anglais (sous le titre Facing the Titan). Tarif accessible (PDF gratuit ou pay-what-you-want selon les périodes), idéal pour découvrir le storygame sans engagement financier lourd.

Quels résultats a obtenus la campagne Kickstarter ?

La campagne, clôturée le 27 mai 2019, a réuni 448 backers et levé 4 002 euros. Modeste à l’échelle des gros financements JDR, mais largement suffisant pour la production indépendante en solo. Toutes les promesses ont été honorées et le jeu a été livré à temps.

Quels autres jeux a écrits Gulix depuis Face au Titan ?

Gulix a continué d’enrichir son catalogue avec Those Little Towns (itch.io), des frameworks pour Fiasco et Monster of the Week, la traduction française de Mausritter, et Un Dernier Tour de Piste (2024) co-signé avec Jérôme Barthas chez Les XII Singes.

Face au Titan convient-il aux rôlistes débutants ?

Oui, c’est même un excellent point d’entrée dans le JDR narratif. Pas de fiche de personnage compliquée, pas de système de combat à apprendre, pas de meneur à préparer la veille. Le jeu se découvre en une heure de lecture et se joue en trois heures, parfait pour initier des non-rôlistes ou pour découvrir le storygame.

Mise à jour le 21 mai 2026 — Interview originale du 5 mai 2019 conservée intacte. Article enrichi du bilan factuel de la campagne Kickstarter (448 backers, 4 002 euros), de la disponibilité actuelle du jeu sur DriveThruRPG (PDF + impression à la demande, FR et EN), et de l’évolution de la bibliographie de Gulix depuis 2019 (Those Little Towns, traduction Mausritter, Un Dernier Tour de Piste avec Jérôme Barthas chez Les XII Singes en 2024). Faits clés vérifiés en mai 2026 : auteur Nicolas Ronvel, pseudo Gulix, jeu sans meneur, storygame séance unique.

Pour suivre nos chroniques JDR en direct et nos interviews hebdomadaires, on se retrouve chaque lundi soir à 21h sur la chaîne Twitch de Geek Powa.

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