Article originalement publié le 21 avril 2016, mis à jour le 11 avril 2026
Il y a des univers de JDR qui méritent tellement mieux que ce qu’on leur offre en première noce. Les Lames du Cardinal, c’est exactement ça : une trilogie de romans d’aventure absolument jouissive signée Pierre Pevel, un univers de cape et d’épée où des dragons se planquent parmi les hommes dans la France du XVIIe siècle, des agents secrets au service du Cardinal qui feraient passer D’Artagnan pour un stagiaire… et une première adaptation en JDR qui a laissé pas mal de rôlistes sur le carreau. Heureusement, en 2024, Elder Craft a repris le flambeau avec une seconde édition qui corrige le tir avec panache. On revient sur les deux vies de ce JDR français pas comme les autres.
La première édition : un univers en or dans un écrin de plomb
Soyons clairs d’entrée : le problème de la première édition des Lames du Cardinal (Sans-Détour, 2014) n’a jamais été l’univers. La matière première est exceptionnelle. Pierre Pevel a construit une uchronie où les dragons ont jadis régné sur la Terre, où certains survivent cachés parmi les humains grâce à leur magie, et où une société secrète appelée la Griffe noire conspire à la chute du royaume de France. Face à cette menace, le Cardinal (Richelieu dans les romans, Mazarin dans le JDR) déploie ses Lames, des agents d’élite aussi doués à l’épée qu’à l’intrigue. C’est du Dumas dopé à la fantasy, du Game of Thrones en pourpoint et chapeau à plumes, avec des duels sur les toits de Paris et des conspirations qui sentent la poudre et le soufre de dragon.
Le problème, c’est tout le reste. La première édition se présentait sous forme de boîte contenant un livret de règles, des cartes, des fiches prétirées et un Tarot des Ombres original. L’idée de remplacer les dés par un jeu de tarot était audacieuse et parfaitement raccord avec l’ambiance du XVIIe siècle. Mais l’exécution a déçu : des règles mal exposées, un système confus dont la courbe d’apprentissage décourageait les bonnes volontés, et surtout un manque criant de contenu de jeu. Peu de scénarios, peu de matière pour le MJ, un supplément unique (Arcane) dans le même format boîte qui n’a pas réussi à combler les lacunes.
En 2016, quand on avait chroniqué ce JDR sur Geek Powa, on n’avait pas mâché nos mots. On s’était d’ailleurs longuement demandé si on allait parler de notre déception, parce qu’à être trop lisse, on ne vexe personne, mais on laisse les mêmes erreurs se reproduire. Acheteur déçu, on n’avait pas acheté la suite. Et on n’était pas les seuls : les commentaires de l’époque témoignaient d’une communauté partagée entre l’amour inconditionnel de l’univers de Pevel et la frustration face à un produit qui ne rendait pas justice à ce potentiel.
Ce qui marchait quand même
Soyons justes : tout n’était pas à jeter. Le Tarot des Ombres, malgré un système alentour bancal, restait un objet magnifique, illustré par Loïc Muzy, et l’idée de tirer des cartes plutôt que de lancer des dés collait parfaitement à l’ambiance. La création de personnages était volontairement légère, ce qui permettait de passer du temps sur l’historique plutôt que sur l’optimisation de stats. Et l’univers lui-même, tiré des romans avec la bénédiction de Pierre Pevel, était d’une richesse narrative rare. Le matériel physique (cartes, fiches) était de bonne qualité. Le problème n’était pas le contenant, c’était le mode d’emploi.
La seconde édition chez Elder Craft : la revanche des Lames
Huit ans plus tard, en février 2023, Elder Craft annonce la relance du JDR avec la même équipe créative d’origine : Philippe Auribeau (chef de projet), Samuel Bidal, Camille Guirou, Jérôme Isnard, rejoints par Patrick Simoens. Loïc Muzy revient aux illustrations. Pierre Pevel donne sa bénédiction. Le financement participatif sur Ulule explose : 302 379 € récoltés sur un objectif de 30 000 €, ce qui en fait le 3e JDR le plus soutenu sur la plateforme. Le message est clair : la communauté n’attendait que ça.
La seconde édition, sortie en avril 2024, corrige intelligemment les erreurs de la première tout en conservant ce qui fonctionnait.
Ce qui change (et ce qui reste)
Le Tarot des Ombres reste au cœur du système. Bonne décision : c’était la meilleure idée de la V1, il aurait été absurde de l’abandonner. Mais les règles ont été entièrement remaniées pour favoriser la narration partagée, avec un système plus intuitif et mieux expliqué. Le deck de combat ajoute des feintes et des bottes qui donnent de la profondeur stratégique aux affrontements à l’épée, exactement ce qu’on attendait d’un jeu de cape et d’épée.
La gamme est désormais structurée en plusieurs ouvrages complémentaires :
- Préludes : un coffret de découverte avec un livret de 96 pages, les règles, deux scénarios, dix fiches de personnages, une carte et le Tarot des Ombres. L’entrée en matière qui manquait cruellement à la V1.
- L’Univers : un livre dédié au contexte (dragons, nations, Paris), lisible même par des non-rôlistes. Pas d’éléments de système, c’est un choix éditorial malin qui permet de séparer le lore des mécaniques.
- Le Jeu : les règles complètes, la création de personnages, les mécaniques de MJ et deux gros scénarios dont un qui plonge les Lames dans la Fronde.
- Le Nécessaire : un coffret d’aides de jeu (Tarot, rivière draconique, cartes de profils, deck de combat, jetons). C’est le produit le plus controversé de la gamme par son prix, mais le contenu est généreux.
Le cadre temporel a été décalé : on passe de l’époque de Richelieu (romans) à celle de Mazarin, entre 1648 et 1653, en pleine Fronde. Louis XIV est sur le trône, mais c’est sa mère Anne d’Autriche et le cardinal Mazarin qui tiennent les rênes. Ce décalage permet au JDR de ne pas marcher sur les plates-bandes des romans tout en conservant la même ambiance. Les auteurs ont aussi intégré tout le contenu des suppléments de la V1, ce qui fait de cette seconde édition un package véritablement complet.
Fiche technique :
- Auteurs : Philippe Auribeau, Samuel Bidal, Camille Guirou, Jérôme Isnard, Patrick Simoens
- Illustrations : Loïc Muzy (intérieurs), Johann « Papayou » Blais (couvertures)
- Romans : Pierre Pevel, trilogie Les Lames du Cardinal (Bragelonne, 2007-2010)
- 1re édition : Sans-Détour, 2014 (épuisée)
- 2e édition : Elder Craft, avril 2024
- Système : Tarot des Ombres (cartes, pas de dés)
- Genre : fantasy historique, cape et épée, France XVIIe siècle
- Prix : Préludes ~35 €, L’Univers ~40 €, Le Jeu ~40 €, Le Nécessaire ~55 €
Pour ceux qui avaient été déçus par la première édition, la V2 est une vraie seconde chance. L’univers de Pevel méritait un écrin à sa hauteur, et Elder Craft semble l’avoir trouvé. On est loin de la boîte un peu maigre de Sans-Détour : ici, la production est soignée, la maquette élégante, les illustrations de Muzy toujours aussi somptueuses, et les scénarios offrent enfin assez de matière pour lancer une campagne sans devoir tout inventer soi-même.
Si l’univers de cape et d’épée fantastique vous tente, on a aussi parlé de d’autres systèmes de JDR et d’accessoires pour MJ qui peuvent enrichir vos parties. Et les romans de Pierre Pevel restent disponibles chez Bragelonne (broché) et Folio (poche) : on recommande chaudement la lecture avant de se lancer dans le JDR, l’immersion n’en sera que meilleure.
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Questions fréquentes sur le JDR Les Lames du Cardinal
Faut-il avoir lu les romans de Pierre Pevel pour jouer ?
Ce n’est pas strictement obligatoire, le livre L’Univers de la V2 fournit tout le contexte nécessaire. Mais la lecture de la trilogie (Les Lames du Cardinal, L’Alchimiste des Ombres, Le Dragon des Arcanes chez Bragelonne) enrichit considérablement l’immersion et la compréhension de l’ambiance. Les romans sont courts et se dévorent rapidement. Le JDR se situe chronologiquement après les événements des livres.
Comment fonctionne le système du Tarot des Ombres ?
Au lieu de lancer des dés, les joueurs tirent des cartes du Tarot des Ombres pour résoudre leurs actions. Les chiffres fonctionnent comme un résultat numérique classique, tandis que les figures et les arcanes déclenchent des effets narratifs spéciaux. La V2 a simplifié et clarifié ces mécaniques par rapport à la première édition, en ajoutant un deck de combat avec des feintes et des bottes pour les duels à l’épée.
Quelle est la différence entre la V1 et la V2 ?
La V1 (Sans-Détour, 2014) était un coffret unique avec des règles mal exposées et peu de contenu scénaristique. La V2 (Elder Craft, 2024) propose des règles remaniées favorisant la narration partagée, un univers enrichi séparé des mécaniques, des scénarios plus ambitieux, et intègre tout le contenu des suppléments V1. La production et la maquette sont aussi d’un tout autre niveau.
Quel budget prévoir pour la V2 complète ?
Pour débuter, le coffret Préludes (environ 35 €) contient tout le nécessaire : règles, deux scénarios, fiches et Tarot. Pour la gamme complète (L’Univers + Le Jeu + Le Nécessaire), comptez environ 130-140 €. Les éditions collector avec couvertures alternatives sont en tirage limité et plus chères. Elder Craft propose aussi un pack digital gratuit avec une partie des aides de jeu téléchargeables.
À quel public s’adresse Les Lames du Cardinal ?
Aux amateurs de cape et d’épée, de fantasy historique et d’intrigues politiques. Le cadre XVIIe siècle français avec ses dragons cachés plaît autant aux fans de Dumas qu’à ceux de Game of Thrones. Le système par tarot est original mais accessible. C’est un jeu qui favorise l’interprétation, le panache et les scènes de bravoure plutôt que l’optimisation tactique.
Existe-t-il des actual plays des Lames du Cardinal ?
Oui, Elder Craft a produit un actual play diffusé depuis octobre 2023 sur la chaîne Twitch de Gautoz, avec notamment la chanteuse Jain et la championne d’escrime Margaux Rifkiss à la table. C’est une bonne façon de voir le système en action avant de se lancer. Des parties sont également streamées par la communauté sur diverses chaînes.

Merci pour votre analyse.
Quelles sont vos suggestions pour utiliser les cartes de la boite avec un autre systeme de jeu qui permettrait de jouer aux Lames du Cardinal?
Alors exploiter le jeu de tarot c’est faisable, par exemple les chiffres de 1 à 10 simulent un dé à 10 faces et on peut ce servir des figures et arcanes comme des effets déclenchés positifs/négatifs ou des botes.
On ne l’a pas évoqué dans la vidéo mais le système J disponible sur le site pourrait exploiter le jeu de tarot de la boite avec un peu de bricolage.
https://xw327aofns.preview.infomaniak.website/jdr/systeme-j-un-moteur-de-jdr-generique/
Pour ce qui du 2eme lot de carte avec des aspects métiers on peut par exemple se servir des compétences au verso comme des bonus.
Par exemple : tirage d’une carte + bonus de la compétence contre un seuil de difficulté. Imaginons que sautant depuis le balcon d’une auberge je tente de m’accrocher à un chandelier pour finalement atterrir sur des sbires. Je suis saltimbanque (4 athlétisme) je tire une carte (le 8 sort) j’obtiens un résultat de 12. Le Mj détermine que la difficulté de l’action est difficile et que le seuil de réussite est de 12.
Mon action est un succès et d’un pas bondissant me voila propulsé dans une mêlée générale ou m’on action n’a pas manqué d’être remarquée.
A partir de ce début de bricolage je dirais qu’il faut rajouter un système d’incitation au panache. Par exemple à chaque tour de joueur un pool de panache ce remplit d’un point. Chaque joueur peut se servir ou non du pool pour augmenter son action mais en échange il doit décrire son action. Le pool de panache ne peut pas excéder 5 points et se vide à la fin de chaque scène d’action.
Bon c’est un hack à la volé mais j’espère que ça te donne un début de piste.
Ca clashe ! ^^
J’avoue que j’ai beaucoup ri, j’espère que j’aurais un meilleur accueil quand mon jeu sortira :p
j’ai jouer aux larme du cardinale de mémoire apres la sortie mais avec un meneur qui avait participer au projet ce qui je pense a beaucoup aider.
pour m’as part je reste très déçus et rêve que sans détour ce serve enfin de ça licence pour “Tous Pour Un” qui est largement mieux sur une période historique proche (1636/Richelier/Louis 13) !!
bonjour,
Le systéme de création de perso est light, ce qui pour moi est un avantage non négligeable car il permet justement de pouvoir prendre du temps pour réfléchir à son historique, qui est plus ou moins dessiné par les métiers et le niveau de richesse/contacts du personnage.
Le système des cartes n’est pas des plus faciles à intégrer, principalement parce que nous n’y sommes pas habitués mais au final il tourne bien, mais il faut un petit recap pour les joueurs au début, afin qu’ils sachent les options qui s’offrent à eux. En revanche, il est clair que le système est très mal exposé.
Vous ne parlez pas des liens entre les lames, qui peuvent donnés lieu à des scènes de rôleplay intéressantes, si le Mj impose de jouer les liens.
Je comprends la déception que vous pouvez ressentir face au jdr si vous avez adoré les livres. Pour ma part, je les trouve très moyens et donc, j’aime beaucoup le jeu ^^.