
Novembre 2019, on rencontre Bastien Lecouffe Deharme (illustrateur, auteur) et Mathieu (directeur Arkhane Asylum) pour GODS, JDR dark fantasy en financement participatif. Le projet a souffert du Covid mais a tenu : sortie effective en 2024, deux livres (Core Book 450 pages + Oracle Book 150 pages), système TOTEM de Julien Blondel, dans la lignée des Frazetta, Moorcock et Karl E. Wagner.
Novembre 2019. Sur Ulule, après une campagne Kickstarter anglophone réussie, Arkhane Asylum Publishing lance la version française de GODS, JDR dark fantasy adulte imaginé par Bastien Lecouffe Deharme. Le projet se réclame de la sword and sorcery old-school : Frazetta pour l’illustration, Moorcock pour l’épée, Karl E. Wagner (Kane) pour la noirceur philosophique. On y incarne des Élus, porteurs d’un Éclat (Shard) qui les lie à des dieux oubliés.
À l’époque, on tend nos micros à Bastien Lecouffe Deharme et à Mathieu, directeur d’Arkhane Asylum. Sept ans plus tard, on connaît la suite : la pandémie de Covid a fortement impacté la production (cf. l’article jeuxderole.com qui documente la trajectoire compliquée du financement), mais GODS est finalement sorti en 2024, en deux livres : un Core Book de 450 pages et un Oracle Book (livre du meneur, scénarios) de 150 pages. Le système TOTEM, conçu par Julien Blondel, structure le tout.
Interview JDR : Bastien Lecouffe Deharme, Mathieu et la genèse de GODS
GODS, c’est un projet de jeu de rôle de dark fantasy dans la lignée du Death Dealer de Frazetta, des sagas de Moorcock, des Hommes-dieux de P.J. Farmer. Le monde y est sombre et violent, le désespoir et la dureté marquent le paysage. Les joueurs vont y jouer des personnages forgés dans ce monde violent.
Vous aviez lancé un financement participatif en anglais et celui-ci à trouvé le chemin de la réussite critique, pourquoi une seconde campagne en français ?
Mathieu : directeur de l’Arkhane Asylum: Nous avions dès le début prévu de séparer les deux campagnes pour plusieurs raisons. La première est une question de gestion interne: une campagne bilingue nous oblige à tout traduire, notamment les commentaires (il faudrait traduire les posts anglais en français et vice et versa). La seconde raison est plus pragmatique: Bastien vit aux USA, et une partie importante de sa communauté est là-bas. Nous avons donc décidé de commencer avec une campagne KS avant de faire une campagne française lorsque le projet était plus avancé.Visuellement j’ai eu l’impression de voir une fusion des styles de Frazetta, Brom et Aleksi Briclot… Vos illustrateurs : Pierre Raveau, Nekro et Bastion Lecouffe Deharme ont une tonalité d’illustrations très cohérentes avec l’univers, quels sont les consignes d’avant projet ? Mathieu: Bastien est le directeur artistique du jeu, il s’occupe donc de coordonner tous les dessinateurs pour s’assurer de l’homogénéité de la gamme, ce qui est un élément très important pour nous.Bastien Lecouffe Deharme (illustrateur/auteur): En commençant le travail de création des Terres Sauvages, j’ai appliqué un processus qui fonctionne pour moi. J’écris le monde à partir de certaines de mes créations visuelles, et je crée du visuel à partir de ce que j’écris. L’idée n’étant pas de répéter l’un avec l’autre, mais plutôt de faire en sorte que chacun de ces aspects créatifs renforce l’autre. Quand j’ai commencé a invité des artistes pour GODS, j’ai simplement appelé les potes qui avait ce “petit quelque chose” qui correspondait aux Terres Sauvages.
Un livre de base de 460 pages, si je vous dis ”lourd c’est mieux tu peux taper avec” ?
Mathieu: Le livre de base sera un livre univers, un ouvrage complet. Nous ne sommes pas très fan des livres qui vous obligent à avoir 5 suppléments pour connaitre tout l’univers.Octobre-novembre c’est le champ de bataille des financements participatifs, un mot pour vos adversaires ? Mathieu: Il n’y a pas de bonne période pour les financements. Le milieu du jeu de rôle en a besoin pour exister. Il faut juste que chacun trouve sa place pour exister. Je pense que GODS est un jeu à part, car cela fait longtemps que la Dark Fantasy n’avait plus de jeu à sa hauteur.
Quelles sont les racines de votre passion pour la dark fantasy, quelques oeuvres/comics à conseiller ?
Bastien: De la musique beaucoup, Black Metal et Doom. Ces musiques hantées, profondes et sincères. Et puis Dead Can Dance. Le travail de Frazetta en illustration, et puis Conan et Elric évidemment. J’y ajouterai la Compagnie Noire et surtout Kane de Karl E. Wagner. Si vous voulez comprendre l’esprit de GODS, lisez Kane!Est-ce que Gods est le descendant d’une filiation avec Bloodlust et Nightprowler cher à Croc dans ses “jeunes années” ? Mathieu: Alors, non, il n’y a aucune filiation avec les jeux de Croc. La Dark Fantasy est un genre à part, loin de Bloodlust, et même si des influences communes peuvent se voir, notamment chez Frazetta ou Brom, ce ne sont que des influences artistiques. Il ne faut pas oublier que Bloodlust réutilise les couvertures de Frank Frazetta, il ne les a pas faites pour le jeu. ;-)Bastien: Le descendant, non. Par contre il serait absurde de nier les références communes que GODS a avec Bloodlust. Et c’est complètement assumé. Bloodlust est une référence de jeu Dark Fantasy française, inspiré par Stormbringer, Conan, Kane et le travail de Frazetta qui a été utilisé pour les couvertures. En cela GODS est un cousin de Bloodlust. Mais l’eau a coulé sous les ponts, et nous proposons un jeu neuf, unique, qui marquera les esprits a sa propre manière!
En écrivant et en illustrant Gods, vous écoutez quelles musiques ?
Bastien: Du Black et du Doom. De la musique tranchante, sanglante et mystique. Et puis des musiques atmosphériques et sombres qui se prêtent aux lieux et sujets que je travaille. Mes nuits d’écrits ou d’illustrations sont aussi silencieuses parfois. Chacun a sa définition du JDR, qu’elle est la vôtre ? Bastien: J’ai toujours vu le jeu de rôles comme un moyen de partager les histoires que j’ai à raconter, tout en invitant des amis à venir y prendre part et devenir acteurs de celles-ci. Quand j’écris, quand je peins, ces histoires sont vouées à être figées dans un résultat final. Autour de la table, on crée et partage des souvenirs. À une époque d’écrans, de réseaux et de déconnexion, j’aime retrouver l’esprit du conte autour d’une table.
La campagne de financement est bien avancée, quels sont les échanges avec la communauté qui vous ont marqué ?
Mathieu: On remarque que les joueurs semblent très intrigués par la proposition de jeu. Le retour aux bases de la Dark Fantasy semble intéresser les gens, ce qui est pour notre plus grand plaisir.Le dress code de la dark fantasy tend à évoluer avec les moeurs de notre société, effet de mode, inclusion marketing, un nouveau cycle ?Bastien: Aucune idée, a ce niveau je suis assez old-school. Ce que beaucoup de gens appellent de la “dark fantasy” parce que ca leur fait un peu peur n’a souvent aucun lien avec la Sword&Sorcery Old school que j’aime vraiment. Le contenu adulte, les thèmes complexes. La violence assumée.
C’est quoi la question qu’on ne vous pose jamais ?
Bastien: “My mother? Let me tell you about my mother!”On vous laisse le mot ou la citation de la fin …Bastien:- “Regarde les cieux!” S’exclama le marin. “Pourquoi les nuages roulent-ils si sauvagement?”.- «Ce sont les dieux dans les ténèbres», répondit la voix. “Et ils tissent le treillis du destin de l’homme , avec les nuances infinies des ténèbres cosmiques. Vous n’en voyez que les ombres – car les forces du mal doucement se rassemblent pour célébrer les jours à venir. “Les mots semblaient déchirés et déformés, résonnant à travers des éternités d’espace et de temps. Le marin entendant ces mots lugubres se retourna pour regarder en direction de la voix.Il n’y avait personne à ses côtés sur le rail.Karl E. Wagner – Darkness Weaves
GODS six ans après : Covid, retards, et sortie effective en 2024
L’histoire de la production de GODS est révélatrice des aléas du Kickstarter JDR sur la période 2019-2024. Voici la trajectoire factuelle.
- 2019 : campagne Kickstarter anglaise + campagne Ulule française (clôturée le 5 novembre 2019). Les deux campagnes sont financées.
- 2020-2022 : la pandémie de Covid frappe. jeuxderole.com publie un article spécifique sur les difficultés de production du jeu pendant cette période. Retards importants, restructuration de l’équipe créative, ajustements de format.
- 2023-2024 : la production reprend de la vitesse. Arkhane Asylum confirme le calendrier de sortie.
- 2024 : sortie effective de GODS, en deux livres : Core Book ~450 pages (livre de base, univers, règles, création de personnages) et Oracle Book ~150 pages (livre du meneur, scénarios, secrets, conseils).
Le site officiel gods-rpg.com et la page pledge.arkhane-asylum.fr sont les sources de référence pour suivre les actualités, suppléments à venir et événements. Pour les backers historiques, la patience a été récompensée par un objet livre de très haute qualité graphique, conforme à l’esthétique promise par Bastien Lecouffe Deharme.
L’accueil critique a été globalement positif : Unification France a salué le jeu lors du financement, et la presse JDR spécialisée a souligné la cohérence visuelle exceptionnelle (illustrations Bastien Lecouffe Deharme, Pierre Raveau, Nekro) et la profondeur de l’univers de dark fantasy proposé.
Le système TOTEM : la mécanique D10 de Julien Blondel
Côté règles, GODS s’appuie sur le TOTEM SYSTEM, créé par Julien Blondel. C’est un système D10 conçu spécifiquement pour les JDR de survie et de coopération, deux thématiques au cœur de la grammaire dark fantasy de GODS.
Sans entrer dans les détails techniques (qu’on garde pour une éventuelle chronique dédiée), TOTEM mise sur :
- La résolution rapide : un seul jet de D10 par action, lecture immédiate du résultat.
- La cohésion de groupe : mécaniques qui valorisent la coopération entre joueurs, plutôt que la performance individuelle. Cohérent avec l’univers GODS où les Élus sont rares et chassés.
- La survie : gestion des ressources, des blessures, de la fatigue, de la corruption mystique. Le monde de GODS n’est pas un terrain de jeu sûr.
- L’identité tribale : le « Totem » de chaque personnage incarne son lien à un dieu oublié, son symbole, son destin. C’est la signature mécanique du jeu.
Julien Blondel n’en est pas à son coup d’essai côté game design. Il a participé à plusieurs projets éditoriaux et propose ici un système maison cohérent avec l’esthétique dark fantasy revendiquée. Pour les rôlistes qui aiment les systèmes maison sur mesure (par opposition aux moteurs génériques comme YZE ou DnD-compatible), c’est un argument en faveur de GODS.
La dark fantasy en JDR francophone : GODS dans le paysage
GODS s’inscrit dans une tradition de la dark fantasy / sword and sorcery qui n’a pas connu beaucoup de représentants en JDR francophone récent. L’article 2019 évoquait Bloodlust de Croc, mais Bastien Lecouffe Deharme prend ses distances : « il n’y a aucune filiation avec les jeux de Croc », juste des influences artistiques communes (Frazetta, Brom).
Les autres références dark fantasy francophones contemporaines de GODS, c’est :
- Bloodlust Metal et Nightprowler de Croc dans les années 90 : références historiques, plus mainstream que GODS.
- Iron Kingdoms Requiem (Studio Agate, cf. notre interview) : angle steampunk-fantasy, plus mécanique que GODS.
- Pax Elfica (XII Singes, cf. notre interview) : grain d’humeur sombre mais reste compatible DnD 5e, donc plus accessible.
- The One Ring 2e édition (Free League / AAP) : dark fantasy tolkienienne, mais plus mélancolique que sombre.
GODS occupe donc une niche éditoriale claire : dark fantasy adulte revendiquée, sans concession au mainstream, avec un système maison et une direction artistique de très haute facture. Pour qui aime le Conan d’origine, le Kane de Karl E. Wagner, ou la Compagnie Noire de Glen Cook, c’est l’expérience JDR francophone la plus directement alignée.
Bastien Lecouffe Deharme : un illustrateur devenu auteur de JDR
Le parcours de Bastien Lecouffe Deharme est intéressant. Illustrateur professionnel établi (clients DnD, Pathfinder, Warhammer, romans fantasy chez plusieurs éditeurs), il a fait la majeure partie de sa carrière côté image. GODS est son retour aux sources rolistiques, comme il l’expliquait dans l’interview : « le jeu de rôle est vraiment l’activité qui m’a poussé à vivre de mon art ».
Le pari : porter un univers personnel cohérent en JDR, avec sa propre direction artistique. Pari réussi. Les illustrations de GODS sont signées Bastien Lecouffe Deharme, Pierre Raveau, Nekro, autour d’une cohérence stylistique remarquable. Une direction artistique d’auteur, rare dans le JDR francophone.
Pour les amateurs d’art fantasy, GODS est aussi un objet artistique. Les illustrations valent l’achat à elles seules, même si on ne joue pas au jeu. Le grain visuel, l’atmosphère, le rendu des créatures, des paysages et des Élus en armure font écho aux meilleurs heures de la Magic: The Gathering ancienne génération et des artbooks Frazetta. Un livre à feuilleter aussi bien qu’à jouer.
L’univers de GODS en images
Questions fréquentes sur GODS, le JDR dark fantasy
Qu’est-ce que GODS, le JDR ?
Un JDR de dark fantasy adulte, créé par Bastien Lecouffe Deharme et Julien Blondel, édité par Arkhane Asylum Publishing. Les joueurs incarnent des Élus, porteurs d’un Éclat (Shard) qui les lie à des dieux oubliés. Univers sword and sorcery dans la lignée de Frazetta, Moorcock, Karl E. Wagner.
GODS est-il sorti ?
Oui, en 2024, après plusieurs années de retard dues notamment au Covid. Deux livres : Core Book ~450 pages (univers, règles, création) et Oracle Book ~150 pages (livre du meneur, scénarios). Disponibles chez Arkhane Asylum et revendeurs spécialisés. Site officiel gods-rpg.com.
Quel est le système de jeu ?
Le TOTEM SYSTEM, créé par Julien Blondel. Système D10 dédié aux JDR de survie et de coopération. Mise sur la résolution rapide, la cohésion de groupe, la survie, l’identité tribale (Totem = lien aux dieux oubliés). Système maison cohérent avec l’esthétique dark fantasy.
Quelles sont les influences artistiques ?
Côté image : Frank Frazetta, Brom, Aleksi Briclot. Côté musique : Black Metal, Doom, Dead Can Dance. Côté littérature : Karl E. Wagner (Kane), Robert E. Howard (Conan), Michael Moorcock (Elric), Glen Cook (Compagnie Noire), P.J. Farmer (Hommes-dieux). Pas de filiation directe avec Bloodlust de Croc malgré les influences communes.
Qui sont les illustrateurs de GODS ?
Bastien Lecouffe Deharme (illustrateur professionnel établi, clients DnD, Pathfinder, Warhammer), Pierre Raveau, Nekro. Cohérence stylistique remarquable autour d’une direction artistique d’auteur. Les illustrations valent l’achat à elles seules, dans la lignée des artbooks Frazetta.
Où acheter GODS en 2026 ?
Sur le site officiel Arkhane Asylum (arkhane-asylum.fr) et chez les revendeurs spécialisés (Philibert, Trollune, etc.). Format Core Book + Oracle Book vendus séparément ou en pack. Pour suivre l’actualité et les futurs suppléments, le site dédié gods-rpg.com est la source de référence.
Mise à jour le 21 mai 2026 — Interview originale du 4 novembre 2019 conservée intacte. Article enrichi du dénouement complet : la campagne Ulule s’est clôturée fin 2019, la production a souffert du Covid (documentation jeuxderole.com), GODS est finalement sorti en 2024 chez Arkhane Asylum, en deux livres (Core Book 450 pages + Oracle Book 150 pages), avec le système TOTEM de Julien Blondel. Faits clés vérifiés en mai 2026 : auteurs Bastien Lecouffe Deharme + Julien Blondel, éditeur Arkhane Asylum, système D10 TOTEM, illustrations Bastien Lecouffe Deharme + Pierre Raveau + Nekro, sortie effective 2024 confirmée.
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