Star Trek Enterprise : la préquelle mal-aimée devenue culte

Préquelle boudée à sa sortie, sabordée par un générique chanté et un final que personne n’a pardonné, Star Trek Enterprise a fini par gagner sa place au chaud dans le canon. Retour sur la sixième série de la franchise, celle qu’on redécouvre en streaming la larme à l’œil.

Il y a des séries qu’on aime tout de suite et d’autres qu’on apprend à aimer, une fois passée la colère. Star Trek Enterprise appartient clairement à la seconde catégorie. Lancée en 2001 comme la sixième série d’une franchise qui tournait à plein régime depuis quatorze ans, elle s’est retrouvée coincée entre les attentes démesurées des fans et une chaîne, UPN, qui ne savait pas trop quoi en faire. Résultat : quatre saisons, une réputation de vilain petit canard, une annulation douloureuse en 2005, puis une lente réhabilitation portée par le streaming. On vous raconte cette trajectoire cabossée comme on la raconterait entre deux jets de dés, avec ses coulisses savoureuses et ses cicatrices bien réelles.

En bref : Star Trek Enterprise est une série de science-fiction créée par Rick Berman et Brannon Braga, diffusée sur UPN du 26 septembre 2001 au 13 mai 2005. Préquelle de la franchise située au XXIIe siècle, elle suit le capitaine Jonathan Archer (Scott Bakula) et l’équipage du NX-01. Annulée après 4 saisons et près d’une centaine d’épisodes, elle a depuis été largement réhabilitée.
Passerelle rétro-futuriste d'un vaisseau prototype avec un officier de dos face à l'écran principal, illustration fan-art réaliste.

Enterprise, la préquelle qui a fâché les puristes

Un Star Trek avant Star Trek

L’idée de départ avait de quoi séduire. Plutôt que de projeter la franchise encore plus loin dans le futur, Berman et Braga décident de remonter le temps. Enterprise se déroule au XXIIe siècle, soit environ un siècle avant les aventures du capitaine Kirk dans la série originale des années 1960. On assiste donc à la préhistoire de l’exploration spatiale humaine, à une époque où la Fédération des planètes n’existe pas encore et où l’humanité fait ses premiers pas hésitants hors du système solaire.

Le vaisseau lui-même incarne cette philosophie. L’Enterprise NX-01 est le premier bâtiment terrien capable d’atteindre la distorsion 5 (Warp 5), un prototype expérimental et non le croiseur surpuissant auquel la franchise nous avait habitués. Pas de boucliers déflecteurs pleinement fiables, pas de téléporteur qu’on utilise à la légère : tout est fragile, neuf, un peu bricolé. Sur le papier, c’est un terrain de jeu formidable pour raconter le tâtonnement des pionniers. Aux commandes, Scott Bakula campe le capitaine Jonathan Archer, entouré de la sous-commandante vulcaine T’Pol (Jolene Blalock), de l’ingénieur Charles « Trip » Tucker (Connor Trinneer) ou encore du truculent docteur Phlox (John Billingsley). Complètent la passerelle le tacticien Malcolm Reed (Dominic Keating), le pilote Travis Mayweather (Anthony Montgomery) et la linguiste Hoshi Sato (Linda Park), équipage bigarré chargé de porter cette humanité encore débutante dans l’espace.

Côté français, il aura fallu patienter. La série n’a débarqué chez nous que le 4 janvier 2004, sur la chaîne câble et satellite Jimmy, en version multilingue et dans une case horaire tardive, autour de 23h20. De quoi expliquer, en partie, la relative confidentialité d’Enterprise dans l’Hexagone comparée aux séries phares diffusées en clair. Chez les rôlistes et les amateurs de science-fiction, elle est pourtant restée dans les mémoires comme le maillon manquant entre notre présent et l’utopie galactique de la franchise.

Petit détail de casting qui vaut son pesant de latinum : selon le réalisateur James L. Conway, Scott Bakula était le premier et unique choix pour incarner Archer. C’était lui « ou personne ». Un pari assumé sur un acteur que le grand public associait alors surtout au voyage temporel, on y reviendra.

Le générique chanté, péché originel

Si une seule chose a cristallisé la rancœur des fans dès le premier épisode, c’est le générique. Pour la première fois de son histoire, Star Trek abandonne le thème orchestral majestueux au profit d’une chanson pop, « Faith of the Heart » (rebaptisée « Where My Heart Will Take Me »), interprétée par le ténor britannique Russell Watson. Le morceau, signé Diane Warren, avait déjà servi à Rod Stewart pour le film Patch Adams en 1998. Autant dire que la ballade FM détonnait sévèrement avec l’imaginaire de la franchise.

La réaction fut immédiate et durable. Dès la diffusion du pilote « Broken Bow », des pétitions circulent, et une manifestation est carrément organisée devant les studios Paramount pour réclamer le retrait de la chanson. Rien n’y fera : le générique est resté inchangé pendant les quatre saisons. Difficile de trouver, dans l’histoire de la télévision de genre, un exemple plus net de production campant sur ses positions face à un fandom vent debout.

Un titre amputé pour tromper son monde

L’autre décision controversée se cache dans le titre lui-même. Pendant ses deux premières saisons, la série s’appelle simplement Enterprise, sans le préfixe « Star Trek ». Le calcul d’UPN était le suivant : en gommant la référence, on espérait attirer un public néophyte que le nom « Star Trek » aurait pu intimider, en pariant que les fans historiques suivraient de toute façon.

Le stratagème n’a pas fonctionné. Les audiences ont baissé sans que le fameux public neuf se matérialise, et Paramount a fini par faire machine arrière : le préfixe « Star Trek » réintègre le titre à partir de la saison 3, redonnant à la série son identité complète. Une manœuvre marketing qui aura surtout réussi à agacer les fidèles sans convaincre les curieux, ce qui résume assez bien les premières années du show. Pour les amateurs de contexte, la page Wikipédia française de la série détaille par le menu ces flottements d’identité.

Petit vaisseau d'exploration face à un vaisseau extraterrestre au-dessus d'une planète bleue endommagée, illustration fan-art réaliste.

De l’annulation à la seconde vie

L’arc Xindi, quand la science-fiction regarde le 11-Septembre

La saison 3 marque un tournant. Fini l’épisodique confortable : la série se lance dans un grand arc narratif sérialisé, celui des Xindi, une espèce extraterrestre qui frappe la Terre et détruit des portions entières de la planète. Le producteur David Livingston l’a confirmé dans les suppléments DVD de la saison : cette intrigue reflétait directement le climat post-11-Septembre, à une époque où les États-Unis pansaient encore leurs plaies.

L’affaire est intéressante parce qu’elle a divisé la production elle-même. Selon les recoupements journalistiques, Paramount aurait poussé les scénaristes à traiter frontalement le traumatisme des attentats. Rick Berman, lui, se serait montré réticent face à une histoire qu’il jugeait trop ouvertement militariste au regard de « l’esprit Roddenberry », cette utopie humaniste au cœur de la franchise. Le compromis trouvé raconte beaucoup de Star Trek : l’arc débute comme un pur récit de guerre pour s’achever sur un message de paix et de compréhension mutuelle. La série se cherchait, mais elle se cherchait avec ambition.

Une annulation et une armée de fans

Rien n’y a fait côté audiences. Le déclin est documenté et régulier : d’environ quatre millions de téléspectateurs par épisode en début de saison 2, la série tombe autour de 2,5 millions en fin de parcours. À cette érosion s’ajoute une lassitude générale envers une franchise qui produisait de la télévision sans interruption depuis The Next Generation en 1987, soit dix-huit années de bons et loyaux services. Le 3 février 2005, UPN annonce l’annulation après quatre saisons.

Les fans, eux, refusent de baisser les bras. Le mouvement le plus marquant s’organise autour du site TrekUnited.com, qui tente carrément de lever des fonds pour financer une cinquième saison de sa poche. La campagne s’achève sans succès en avril 2005. Les montants exacts récoltés restent flous selon les sources, mais l’élan valait le coup d’œil : on parle de dizaines de milliers de dollars réunis par des fans, complétés par des promesses de dons émanant de figures du secteur aérospatial. Une mobilisation qui rendra la suite d’autant plus amère.

Le final qui a mis le feu aux poudres

Car le bouquet final n’a rien arrangé. L’ultime épisode, « These Are the Voyages… », prend le parti déconcertant de recentrer l’intrigue sur deux personnages venus d’une autre série, William Riker (Jonathan Frakes) et Deanna Troi (Marina Sirtis) de The Next Generation. Les aventures d’Enterprise y sont présentées comme une simulation en holopont que Riker consulte des décennies plus tard. Ajoutez à cela la mort de Trip Tucker, personnage très populaire, et vous obtenez un final vécu par une partie du public comme une trahison pure et simple, surtout après la mobilisation pour sauver la série.

Jonathan Frakes lui-même en garde des regrets. L’acteur a raconté avoir accepté le rôle parce qu’on lui avait vendu l’épisode comme « une lettre d’amour aux fans ». Il a reconnu depuis que ce n’était pas le cas : « les fans ne voulaient pas nous voir », et il ressentait « une insulte inhérente » à faire débarquer les héros d’une autre série à succès pour boucler l’histoire d’un équipage qu’on venait à peine d’apprendre à connaître. Frakes précise tout de même que ça restait, selon lui, « un bon épisode » à tourner. On veut bien le croire, mais le mal était fait.

Et pourtant, l’histoire ne s’arrête pas là. Comme beaucoup de séries incomprises à leur sortie, Enterprise a bénéficié d’une réévaluation progressive, portée par l’arrivée du streaming qui permet enfin de dévorer les saisons d’une traite. L’arc des Xindi et l’écriture plus resserrée de la saison 4, sous l’impulsion du producteur Manny Coto, sont aujourd’hui régulièrement cités comme les sommets de la série. On la compare volontiers à Strange New Worlds, autre production tiraillée entre l’envie d’étendre l’univers et le respect scrupuleux du canon. Preuve que le temps, parfois, rend justice aux mal-aimés. Ceux qui aiment ces trajectoires de séries injustement boudées à leur époque retrouveront la même mécanique de réhabilitation du côté de notre dossier sur Stranger Things, autre pilier de notre panthéon des séries cultes de la culture geek.

🎲 Autour de la table : le lien JDR

Pour explorer soi-même le quadrant, il existe Star Trek Adventures (Modiphius Entertainment, 2017), le jeu de rôle officiel sous licence Paramount. Son livre de base de deuxième édition couvre l’ensemble de la franchise télévisée, du XXIe au XXXIIe siècle : l’ère du NX-01 y est donc jouable, même si aucun supplément Modiphius consacré exclusivement à l’époque d’Enterprise, façon guide de campagne dédié, n’a pu être identifié à ce jour. Autre clin d’œil qui parlera aux rôlistes voyageurs dans le temps : avant d’endosser l’uniforme du capitaine Archer, Scott Bakula était surtout connu pour sauter de corps en corps dans Code Quantum, autre série de notre cocon geek. Deux façons de bricoler l’espace-temps pour le prix d’un acteur.

Questions fréquentes sur Star Trek Enterprise

Combien de saisons et d’épisodes compte Star Trek Enterprise ?

La série compte 4 saisons, diffusées du 26 septembre 2001 au 13 mai 2005 sur UPN. Le nombre exact d’épisodes varie légèrement selon les décomptes, entre 97 et 98 selon les sources, l’écart provenant du découpage de certains doubles épisodes. On retient donc une petite centaine d’épisodes d’environ 42 minutes chacun.

Où se situe Enterprise dans la chronologie de Star Trek ?

Enterprise est une préquelle. Sixième série de la franchise, elle se déroule au XXIIe siècle, soit environ un siècle avant les aventures du capitaine Kirk dans la série originale (située au XXIIIe siècle). Elle raconte les débuts de l’exploration spatiale humaine, avant même la création de la Fédération des planètes.

Pourquoi la série s’appelait-elle juste Enterprise au début ?

Lors de ses deux premières saisons, la série s’appelait simplement Enterprise, sans le préfixe « Star Trek ». UPN espérait ainsi attirer un public néophyte que le nom de la franchise aurait pu intimider. Le pari ayant échoué face à la baisse d’audience, le préfixe « Star Trek » a été réintégré à partir de la saison 3.

Pourquoi Star Trek Enterprise a-t-elle été annulée ?

L’annulation, annoncée le 3 février 2005, s’explique surtout par un déclin continu des audiences, tombées autour de 2,5 millions de téléspectateurs par épisode en fin de parcours. S’y ajoute une lassitude générale envers la franchise, qui produisait de la télévision sans interruption depuis The Next Generation en 1987.

Qui joue le capitaine dans Star Trek Enterprise ?

Le capitaine Jonathan Archer est interprété par Scott Bakula, déjà célèbre pour son rôle de Sam Beckett dans Code Quantum (1989-1993). Selon le réalisateur James L. Conway, Bakula était le premier et unique choix pour le rôle : c’était lui « ou personne ».

chaque lundi 21h, la Chronique JDR de Geek Powa est en live sur Twitch et YouTube pour parler systèmes, univers et voyages spatiaux improvisés.

<!– PROMPTS FLOW
Contraintes : fan-art réaliste, composition 4:3, SANS texte ni logo, SANS acteurs reconnaissables (droits à l’image).

  1. HERO
    Prompt : Realistic fan-art illustration, a sleek experimental deep-space exploration starship with a saucer section and warp nacelles, seen gliding through a starfield near a distant blue nebula, cold metallic hull catching faint light, sense of pioneering early-era space travel, cinematic wide shot, no text, no logo, 4:3 composition, highly detailed science-fiction concept art.
    Nom de fichier : star-trek-enterprise-vaisseau-nx01-nebuleuse.jpg
    Alt : Vaisseau spatial d’exploration expérimental naviguant près d’une nébuleuse bleue, illustration fan-art réaliste.

  2. SECTION 1 (avant le H2 « Enterprise, la préquelle qui a fâché les puristes »)
    Prompt : Realistic fan-art illustration, interior of a cramped early-era starship bridge with exposed conduits and analog-looking control panels, warm amber lighting, a lone unrecognizable silhouetted officer standing before a viewscreen showing stars, retro-futuristic prototype atmosphere, cinematic, no text, no logo, 4:3 composition, detailed science-fiction art.
    Nom de fichier : star-trek-enter

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