Les règles d’un jeu ne se protègent pas, mais leur texte et leur univers, oui. Le Creative Commons (CC BY 4.0) est aujourd’hui la voie la plus sûre, parce qu’elle est irrévocable. La licence ORC offre un refuge neutre et pérenne, l’OGL reste valable mais traîne la cicatrice de 2023. Dans tous les cas, la mention légale n’est pas une option, c’est le prix d’entrée.
Ce qu’une licence libre autorise et ce qu’elle interdit
Avant de rêver à sa boutique itch.io, il faut comprendre une chose que beaucoup de créateurs découvrent trop tard : une licence libre ne donne pas tous les droits sur tout. Elle ouvre une porte précise, et garde les autres fermées à double tour. La frontière n’est pas là où on l’imagine.

Les mécaniques sont libres, l’univers ne l’est pas
Le grand malentendu commence ici. Dans la plupart des juridictions, une mécanique de jeu ne se protège pas par le droit d’auteur. Lancer un d20, ajouter un modificateur, comparer à un seuil de difficulté : personne ne possède ce principe. Ce qui se protège, c’est l’expression, autrement dit le texte exact, la mise en page, les illustrations, et tout ce qu’on appelle l’identité de produit (Product Identity).
Concrètement, on peut recréer le moteur de Donjons & Dragons sans souci. On ne peut pas reprendre le nom Forgotten Realms, le tyrannœil (beholder), le flagelleur mental (mind flayer) ou la prose du Livre du joueur. Ce sont des marques et des contenus verrouillés. La licence libre sert justement à tracer ce partage : voici les briques de règles que tu peux réutiliser, voici la propriété qui reste à l’éditeur. C’est exactement la logique du SRD (System Reference Document), ce document de référence qui isole les mécaniques exploitables du reste.
OGL, ORC, Creative Commons : laquelle s’applique à ton projet
Trois grandes familles se partagent le terrain, et leur réputation a beaucoup bougé en trois ans. L’OGL (Open Game License 1.0a), publiée en 2000, a longtemps été la norme. Puis vint janvier 2023 : Wizards of the Coast tente d’imposer une OGL 1.1 autrement plus prédatrice, avec redevances de 25 % au-delà de 750 000 dollars de revenus et obligation de déclaration. Le tollé fut tel que l’éditeur a fait machine arrière le 27 janvier 2023, laissant l’OGL 1.0a intacte et plaçant en prime la SRD 5.1 sous Creative Commons.
C’est là que le Creative Commons (la licence CC BY 4.0) devient le nouveau roi. Son argument massue : elle est irrévocable. Aucun rétropédalage possible, contrairement à la frayeur de 2023. La SRD 5.2, tirée des règles 2024 de DnD, est d’ailleurs sortie le 22 avril 2025 sous cette même CC BY 4.0, avec la promesse que toutes les futures versions suivront cette voie. Seule contrepartie : créditer la source.
Reste l’ORC (Open RPG Creative License), portée par Paizo après la crise et rédigée par le cabinet Azora Law. Sa force : elle est neutre vis-à-vis du système, perpétuelle, irrévocable, et surtout elle n’appartient à aucun éditeur. Pathfinder, mais aussi Kobold Press, Chaosium ou Green Ronin l’ont adoptée. Un cas montre toutefois que toutes les licences maison ne se valent pas : la DPCGL de Darrington Press, qui encadre Daggerheart, autorise à publier et vendre du contenu, mais conserve la propriété des éléments issus de sa SRD, ce que la communauté a jugé bien plus restrictif. Pour aller plus loin sur ces familles et la liste des systèmes concernés, on renvoie à notre panorama des JDR exploitables en licence libre.
Publier sans se faire taper sur les doigts
Comprendre les licences, c’est la moitié du chemin. L’autre moitié, c’est la rigueur au moment de publier. C’est souvent là que les projets sincères se mettent en danger, par négligence plus que par mauvaise foi.

La mention légale, ton assurance-vie juridique
Chaque licence impose sa formule, et l’oublier revient à publier sans filet. Le Creative Commons demande une attribution claire : nom de l’œuvre source, de l’éditeur, de la licence et de sa version. L’OGL exige de recopier sa Section 15 et d’y lister toute la chaîne des documents réutilisés. L’ORC réclame de reproduire le texte de la licence et un avis d’attribution spécifique. Rien de sorcier, mais rien d’optionnel non plus.
Deux réflexes complètent la mention. D’abord, ne jamais utiliser les logos officiels ni les marques déposées dans son titre ou sa couverture. Ensuite, préférer une formulation de compatibilité honnête, du type « compatible avec les règles de la 5e édition », plutôt qu’un emprunt direct au nom du jeu. La nuance paraît cosmétique, elle est juridiquement décisive.
Choisir sa licence quand on part de zéro
Et si on crée son propre système, sans rien emprunter ? Bonne nouvelle : on devient alors celui qui décide. Placer son JDR sous CC BY 4.0 ou sous ORC, c’est inviter d’autres rôlistes à bâtir dessus, à traduire, à prolonger. C’est le pari de la création communautaire, celui qui a fait éclore des écosystèmes entiers autour de moteurs ouverts.
La scène francophone n’est pas en reste. Des traductions de SRD en français circulent, des portails comme aventure-srd-jdr.fr rassemblent les documents de référence, et le modèle du « prix libre » (pay what you want) permet de diffuser sans barrière. Pour cartographier tout ça, l’encyclopédie française des systèmes de jeu de rôle reste un point de départ précieux. Le vrai conseil tient en une phrase : on choisit la licence la plus claire et la plus stable pour ses futurs contributeurs, pas la plus permissive sur le papier.
Créer un JDR en licence libre, ce n’est plus un parcours du combattant réservé aux juristes. C’est devenu un terrain de jeu balisé, à condition de respecter deux règles d’or : savoir ce qu’on emprunte vraiment, et créditer proprement. Le reste, c’est-à-dire l’imagination, les tables de rencontres et les nuits blanches à équilibrer une classe, ça, aucune licence ne pourra jamais le réguler. Et c’est tant mieux.
Questions fréquentes sur la création de JDR en licence libre
Peut-on vraiment copier les règles d’un autre JDR ?
Oui pour les mécaniques elles-mêmes, car un système de règles ne se protège pas par le droit d’auteur. Non pour le texte exact, les illustrations et l’univers, qui restent la propriété de l’éditeur. Une licence libre comme l’OGL ou le Creative Commons sécurise justement cette zone grise en autorisant explicitement la réutilisation des règles.
Quelle différence entre l’OGL et le Creative Commons ?
La distinction clé est la révocabilité. L’OGL a montré en 2023 qu’un éditeur pouvait tenter de la durcir. Le Creative Commons CC BY 4.0 est au contraire irrévocable : une fois publié sous cette licence, le contenu le reste pour toujours. C’est pourquoi la SRD de DnD a basculé sous Creative Commons.
La licence ORC, c’est quoi exactement ?
L’Open RPG Creative License est une licence neutre vis-à-vis du système, lancée par Paizo après la crise de l’OGL. Elle est perpétuelle, irrévocable et n’appartient à aucun éditeur, ce qui la met à l’abri d’un rachat ou d’un revirement. Pathfinder, Kobold Press ou Chaosium l’ont adoptée.
A-t-on le droit de vendre un supplément créé sous SRD ?
Oui, c’est tout l’intérêt des licences ouvertes. Tant qu’on respecte la mention légale, qu’on évite les marques déposées et qu’on ne réutilise que les éléments couverts par la SRD, on peut vendre son supplément, qu’il soit numérique ou imprimé. La DPCGL de Daggerheart l’autorise aussi, avec des conditions plus strictes.
Peut-on utiliser le nom « Donjons & Dragons » sur sa création ?
Non. Le nom et le logo sont des marques déposées, jamais couvertes par la licence libre. On peut en revanche indiquer une compatibilité, par exemple « compatible avec les règles de la 5e édition », sans reprendre la marque ni les visuels officiels. La formulation prudente protège le créateur.
Par où commencer pour publier son propre JDR en licence libre ?
On commence par choisir sa licence selon le projet : Creative Commons ou ORC pour un système original, SRD existante pour du contenu compatible. On rédige ensuite la mention légale exacte, on bannit les marques déposées, et on diffuse. Le modèle du prix libre reste idéal pour tester son jeu auprès de la communauté.
Mise à jour le 30 mai 2026.

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