
L’essentiel : L’agneau de Christopher Moore (Lamb : The Gospel According to Biff, Christ’s Childhood Pal en VO, 2002) propose un cinquième évangile inattendu, raconté par Biff, l’ami d’enfance de Jésus, ressuscité deux mille ans après sa mort. Moore signe un roman drôle, érudit et tendrement irrévérencieux, paru en français chez Calmann-Lévy puis repris en poche chez Folio. À ranger à côté des satires bibliques cultes type La Vie de Brian.
L’agneau de Christopher Moore est paru aux éditions Folio dans la collection littérature étrangère, après une première sortie en grand format chez Calmann-Lévy. Christopher Moore est un auteur américain connu pour ses comédies déjantées qui mélangent fantastique, parodie et tendresse pour ses personnages. Sa bibliographie compte une vingtaine de romans dont plusieurs traduits en français : Le sot de l’ange, Le lézard lubrique de Melancholy Cove, Un sale boulot, Un blues de coyote ou encore Le secret du chant des baleines. Des titres qui à eux seuls donnent le ton d’œuvres complètement barrées.
Le pitch : un cinquième évangile raconté par le pote du Christ
Revenons à nos moutons, ou plutôt à l’agneau. Pour son deuxième millénaire, le Fils charge l’ange Gabriel de retrouver Biff, son ami d’enfance, afin que lui aussi, à l’instar de Jean, Marc, Matthieu et Luc, puisse écrire son évangile. Présenté comme ça, ce n’est pas très vendeur. Mais il faut savoir que Biff (qui peut se traduire par « la beigne ») est le pote absolu du Christ. Les deux gamins viennent du même petit village de Nazareth et ils ont fait les quatre cents coups ensemble.
Biff a assisté aux premiers miracles (Joshua, le prénom hébraïque de Jésus, ressuscitait des lézards en les mettant dans sa bouche après qu’un grand frère leur avait éclaté la tête). Il est parti en balade avec lui pendant les dix-sept années où Joshua a recherché l’étincelle divine en Orient. Et il a testé différents péchés au nom de son copain, parce qu’un fils de Dieu ne pouvait évidemment pas le faire lui-même.
Biff, narrateur insolent et terriblement attachant
Biff est une terreur. Ranimé deux mille ans après sa mort par un ange Gabriel un peu blasé, il garde la même gouaille qu’autrefois, et la même insolence. La voix narrative est ce qui fait la réussite du roman. Moore parvient à mêler la culture pop américaine du début du XXIe siècle au monde antique du Ier siècle de notre ère. Le résultat tient à la fois du sketch et du voyage initiatique.
L’ami d’enfance se moque, blasphème, doute, prie, séduit, étudie le kung-fu en Chine avec Joshua, étudie l’art tantrique en Inde, parle aux mages perses, traduit pour son copain quand celui-ci parle araméen et l’humanité ne comprend que latin. Et surtout, il aime Joshua d’un amour fraternel total qui rend les dernières pages presque insoutenables. Pour qui aimait La vie de Brian des Monty Python, on est dans le même registre, en plus long et plus émouvant.
Pourquoi lire L’agneau aujourd’hui ?
Trois raisons. D’abord, parce que la satire biblique reste un genre rare et que Moore en livre une version particulièrement réussie. Là où d’autres se contentent de moquer, Moore aime ses personnages. Le sacré n’est jamais dénigré pour le plaisir, il est ré-humanisé. C’est là que le roman touche : on rit beaucoup, et on est ému à plusieurs reprises.
Ensuite, parce que c’est un excellent exemple de roman d’aventure éducatif déguisé. Sous couvert de blagues, Moore distille du savoir sur le judaïsme du premier siècle, le bouddhisme, l’hindouisme, le taoïsme et le kung-fu. À la sortie du livre, on a appris des choses sans s’en rendre compte. Enfin, c’est un roman accessible : trois cents et quelques pages qui se lisent vite, parfait pour un week-end pluvieux ou des vacances décontractées.
Christopher Moore en quelques mots
Christopher Moore est né en 1957 dans l’Ohio. Il publie son premier roman, Practical Demonkeeping (en français Le sot de l’ange), en 1992 et devient rapidement une figure du roman comique américain. Ses livres tournent souvent autour de personnages ordinaires confrontés à des situations surnaturelles : vampires de Californie, anges et démons en banlieue, baleines parlantes, anges de la mort en formation.
Le travail de Moore se rapproche par moments de Terry Pratchett pour la veine fantastique humoristique, et de Tom Robbins pour l’absurde tendre. Si on aime un de ces deux auteurs, on peut foncer sur la bibliographie de Moore. L’agneau reste à ce jour son livre le plus traduit et le plus reconnu en France, et c’est probablement le meilleur point d’entrée dans son œuvre.
Pour rester dans la veine SF et littérature, on conseille aussi notre chronique de Crépuscule d’acier de Charles Stross et nos cinq conseils pour un personnage de JDR mémorable, qui s’inspirent volontiers de cette tradition romanesque où le défaut fait la richesse.
Questions fréquentes sur L’agneau de Christopher Moore
L’agneau est-il un roman blasphématoire ?
Moore ne se moque jamais de la figure du Christ. Le roman propose une lecture parodique et tendre, comparable à La Vie de Brian des Monty Python. Les croyants peuvent être déstabilisés par certains passages, mais le ton reste profondément respectueux du sujet. Pour les lecteurs laïques, c’est un voyage romanesque drôle et instructif.
Où trouver L’agneau en français ?
Le roman est paru en grand format chez Calmann-Lévy en 2008, puis a été repris en poche dans la collection Folio chez Gallimard. Les deux versions circulent encore en boutiques spécialisées et sur les plateformes de revente. Une version numérique existe également chez plusieurs revendeurs francophones.
Faut-il avoir une culture biblique pour apprécier le roman ?
Pas du tout. Moore explique tout au fur et à mesure, avec des digressions pédagogiques drôles qui présentent le contexte du Ier siècle, les pratiques religieuses, les figures historiques. Un lecteur athée qui n’a jamais ouvert la Bible peut tout suivre. Les lecteurs qui connaissent bien les Évangiles trouvent en bonus une couche de références supplémentaires.
Quel est le ton général du roman ?
Comique sur la quasi-totalité du livre, avec une bascule émouvante dans le dernier tiers où Moore se rapproche des événements connus de la Passion. Le lecteur passe du rire franc à l’émotion sans rupture brutale, ce qui est une vraie prouesse d’écriture. La voix de Biff, désinvolte et tendre à la fois, porte tout l’édifice.
Combien de pages fait L’agneau ?
L’édition Folio fait environ 540 pages en format poche, l’édition Calmann-Lévy environ 380 pages en grand format. C’est un roman dense mais qui se lit vite grâce au rythme nerveux des chapitres et aux dialogues savoureux. Un lecteur moyen le boucle en deux à trois semaines de lecture en soirée.
Quels autres romans de Moore lire après ?
Pour poursuivre dans la veine humoristique surnaturelle, on conseille Un sale boulot (un employé de pompes funèbres devient ange de la mort en formation à San Francisco) et Le lézard lubrique de Melancholy Cove (un cocktail de pilules antidépressives et de monstre marin). Le sot de l’ange reste le tout premier roman de Moore et donne le ton de la bibliographie complète.
