Hawk the Slayer (1980) : le film qui ressemble le plus à une partie de Donjons & Dragons

Un héros à l’épée magique, un géant, un elfe archer, un nain au fouet et une sorcière. En 1980, Terry Marcel a filmé sans le savoir la première partie de Donjons & Dragons de l’histoire du cinéma. On revient sur ce petit budget britannique devenu culte.

Il y a des films qu’on regarde en se disant qu’on a déjà vu la scène quelque part. Pas dans une salle, non. Autour d’une table, un dé à vingt faces à la main. « Hawk the Slayer », sorti au Royaume-Uni en décembre 1980 et rebaptisé « Voltan le barbare » en France, fait partie de ces objets étranges qui donnent l’impression d’avoir été écrits par un maître du jeu un dimanche pluvieux. Le héros recrute une bande d’aventuriers complémentaires, on part récupérer une rançon, on affronte le grand méchant au visage à moitié brûlé. Si ça ne vous rappelle rien, c’est que vous n’avez jamais fait rouler d’initiative.

Ce petit film britannique à budget serré n’a jamais eu la carrière de « Conan le Barbare » ni le vernis d’« Excalibur ». Il a fait autre chose : il est devenu, presque malgré lui, la référence culte que la communauté rôliste s’échange comme un secret de famille. Il a d’ailleurs toute sa place dans notre panorama des films heroic fantasy incontournables. On y vient.

En bref : Hawk the Slayer est un film d’heroic fantasy britannique réalisé par Terry Marcel et sorti le 18 décembre 1980, avec Jack Palance en méchant et John Terry dans le rôle-titre. Tourné pour 600 000 livres, il est aujourd’hui culte pour une raison précise : son groupe de héros (guerrier, géant, elfe, nain, sorcière) ressemble à s’y méprendre à un groupe d’aventuriers de Donjons & Dragons.

Gros plan sur une épée dont la garde enchâsse une pierre magique verte lumineuse, dans une forêt sombre baignée de clair de lune.

Un film de sword and sorcery né à contre-courant

Au tournant des années 1980, la heroic fantasy est dans l’air mais pas encore sur les écrans. Les grosses adaptations du genre, comme un projet Thongor ou le futur « Conan le Barbare », peinent à réunir leur financement. C’est dans ce creux que le réalisateur Terry Marcel et le compositeur-producteur Harry Robertson, tous deux amateurs de sword and sorcery, décident de prendre le contre-pied. Plutôt que d’attendre le gros budget qui ne vient pas, ils vont tourner petit, vite, et surfer sur l’intérêt grandissant du public pour l’épée et la magie.

Six semaines, 600 000 livres et un cachet monstre

Le budget total tient dans 600 000 livres sterling. Pour situer, c’est le prix d’un seul gros plan de dragon dans les productions d’aujourd’hui. Le financement privé initial devait passer par Roger Corman, pape de la série B, avant que le producteur britannique Lew Grade et sa société ITC ne garantissent finalement le film. Le tournage se déroule en six semaines dans le Buckinghamshire, notamment dans la forêt de Burnham Beeches, décor naturel qui donne au film son ambiance de sous-bois brumeux.

Détail savoureux qui en dit long sur les priorités : sur ces 600 000 livres, environ 100 000 partent dans le seul cachet de Jack Palance. Un sixième du budget pour une tête d’affiche américaine chargée de crédibiliser l’ensemble. L’acteur incarne Voltan, le frère renégat au visage à moitié dévasté, et il joue le tout avec la sobriété d’un volcan en éruption. On adore.

Ce choix économique dit tout de la stratégie du duo Marcel-Robertson. Ils ne cherchaient pas à rivaliser techniquement avec les mastodontes en préparation, mais à occuper le terrain le premier, avec un objet artisanal capable de capter l’appétit du public pour l’épée et la magie. Le pari a payé côté salles britanniques, même si personne, à l’époque, n’imaginait la seconde vie que le film allait connaître. La distribution rassemble d’ailleurs quelques têtes connues du cinéma anglais, de Bernard Bresslaw, colosse habitué des comédies « Carry On », à Roy Kinnear en aubergiste, en passant par W. Morgan Sheppard. Un casting de solides seconds couteaux au service d’un film qui n’avait pas les moyens de ses stars, sauf une.

Une musique électronique avant l’heure

La partition de Harry Robertson (crédité Harry Robinson sur la fiche française) mérite un arrêt sur image sonore. Très électronique, elle s’inspire ouvertement du succès de l’époque, « Jeff Wayne’s Musical Version of The War of the Worlds ». Le thème de Hawk, un leitmotiv sifflé de cinq notes, évoque directement les mélodies qu’Ennio Morricone composait pour les westerns de Sergio Leone avec Clint Eastwood. Un héros médiéval-fantastique avec une sifflote de western spaghetti sur fond de synthés : voilà le genre de télescopage qui fait tout le charme de l’objet.

Une famille recomposée à l’écran

Le casting réserve une bizarrerie généalogique qui prête à sourire. Ferdy Mayne joue le père de Hawk et de Voltan. Il est né en 1916. Jack Palance, son fils Voltan à l’écran, est né en 1919, soit trois ans à peine plus jeune que son « père ». John Terry, le Hawk du titre, est lui le benjamin de la distribution, né en 1950. On imagine mal réunion de famille plus improbable, mais au cinéma, un peu de fond de teint et une barbe grise règlent la question.

L’anecdote de tournage la plus souvent racontée concerne d’ailleurs Jack Palance. Lors d’une scène de combat, l’épée de John Terry l’aurait réellement transpercé, ou du moins entaillé. Fidèle à sa réputation de dur à cuire, Palance n’aurait pas interrompu la prise et l’aurait terminée malgré la blessure. Difficile de trancher entre légende de plateau et fait avéré, mais l’histoire colle si bien au personnage qu’on la répète depuis quarante ans. Vous trouverez le détail complet des crédits sur la fiche Wikipédia du film.

Autre confidence de Terry Marcel : le scénario devait à l’origine être purement historique, sans une once de magie. C’est en cours d’écriture qu’il a ajouté la pierre magique de l’esprit elfique, le « mind stone », qui donne son pouvoir à l’épée de Hawk. Sans cet ajout de dernière minute, on aurait eu un film de cape et d’épée médiéval de plus. Avec, on a obtenu un totem rôliste. Comme quoi tout se joue parfois à une idée près.

Vue en plongée d'une table de jeu de rôle avec une carte de donjon dessinée à la main, des dés et des figurines d'aventuriers, à la lumière des bougies.

Pourquoi les rôlistes l’ont adopté

Reste le cœur du sujet, ce qui explique pourquoi « Hawk the Slayer » traîne dans toutes les conversations de tables de jeu. La structure du film est un scénario de jeu de rôle presque à la lettre. Un héros charismatique parcourt le royaume et recrute, un par un, des spécialistes aux talents complémentaires : Gort le géant qui manie le marteau de guerre, Crow l’elfe archer, Baldin le nain (ou halfelin, selon les lectures) armé d’un fouet, et une sorcière lanceuse de sorts. Ajoutez Hawk lui-même, le guerrier humain à l’épée enchantée, et vous obtenez une composition d’équipe qui pourrait sortir tout droit d’une feuille de personnage.

Le groupe d’aventuriers idéal

Ce qui frappe, c’est la rigueur presque comptable de la répartition. Chaque membre couvre un rôle précis, comme dans une bonne composition de table : la force brute, le tir à distance, la roublardise, la magie, le meneur. C’est exactement la logique qui préside à la création d’un groupe équilibré, où l’on veille à ne pas se retrouver avec cinq bretteurs et personne pour soigner. Si le sujet vous titille, notre guide des classes de Donjons & Dragons détaille justement comment chaque archétype trouve sa place dans une aventure. Hawk et sa bande en sont l’illustration filmée avant l’heure.

Une réputation forgée par la communauté

La formule « le film le plus Donjons & Dragons jamais tourné » revient sans cesse, mais attention : personne ne peut vraiment se l’attribuer. C’est une caractérisation collective, reprise de blog en forum, plutôt qu’une citation signée. Le site amateur Nerd-Base a par exemple publié en 2014 un article se demandant si « Hawk the Slayer » était le meilleur ou le pire film de Donjons & Dragons jamais réalisé, en notant que le comportement moralement ambigu du héros évoquait un alignement « chaotique bon » typique du jeu. Le studio de doublage humoristique RiffTrax, qui en a produit une version commentée la même année, résumait l’affaire d’une punchline : si vous preniez une aventure de Donjons & Dragons écrite à la va-vite par un collégien pendant l’heure de permanence et que vous en faisiez un film, vous obtiendriez quelque chose de très proche de « Hawk the Slayer ». C’est méchant, c’est affectueux, c’est exactement le bon dosage.

Le forum EN World, référence majeure de la communauté anglophone, lui consacre même un fil de discussion dédié. Preuve que le film n’est pas une simple curiosité mais un point de ralliement récurrent. En revanche, une précision honnête s’impose : aucune adaptation officielle en jeu de rôle sur table n’a jamais vu le jour. Contrairement à d’autres œuvres du genre, « Hawk the Slayer » n’a pas eu son supplément à faire rouler des dés. Son influence est diffuse, culturelle, transmise par capillarité entre passionnés.

Un accueil critique glacial, une longévité insolente

Soyons honnêtes : à sa sortie, la critique n’a pas été tendre. Les effets spéciaux fauchés et le jeu de certains acteurs ont été jugés faibles, même au regard d’un budget qu’on savait serré. Le film aurait pu disparaître dans les limbes des séries B oubliées. Il a fait l’inverse. Porté par les diffusions télé, les cassettes vidéo qui circulaient entre copains et l’attachement d’une génération biberonnée à la fantasy des années 1980, « Hawk the Slayer » s’est bâti un statut culte solide, particulièrement au Royaume-Uni. La preuve par les tentatives répétées de le ressusciter : un « Hawk the Destroyer » annoncé puis abandonné, une préquelle avortée en 2015, une bande dessinée en 2022. Rares sont les fours critiques qu’on s’acharne à faire revivre pendant quarante ans. C’est la marque des vrais cultes : on ne les défend pas parce qu’ils sont parfaits, mais parce qu’ils nous appartiennent.

Un culte qui déborde le cercle rôliste

La postérité du film ne se limite d’ailleurs pas aux tables de jeu. La sitcom britannique « Spaced » en fait un clin d’œil, avec un personnage fan revendiqué du film. En 2013, le groupe de rock The Darkness a échantillonné une réplique du personnage de Drogo dans son single « Nothing’s Gonna Stop Us ». Et en 2022, une bande dessinée signée Garth Ennis au scénario et Henry Flint au dessin, prolongeant les événements du film, a été publiée en supplément du Judge Dredd Megazine avant de connaître une édition en série limitée. Pas mal pour un film qu’on croyait oublié.

🎲 Autour de la table : le lien JDR

Soyons transparents : aucun jeu de rôle officiel n’a jamais été tiré de « Hawk the Slayer ». Son intérêt pour les rôlistes est ailleurs, dans sa valeur d’exemple. Le film est un manuel illustré de composition de groupe : un guerrier meneur, un géant au corps à corps, un elfe archer, un nain roublard, une lanceuse de sorts. Envie de rejouer cette bande à votre table ? Prenez n’importe quelle boîte d’initiation à Donjons & Dragons, distribuez les rôles et vous tenez votre scénario du dimanche. C’est le film à projeter avant une première partie pour montrer aux néophytes à quoi ressemble un « groupe d’aventuriers ».

Pour aller plus loin

Hawk le tueur tient sa place dans notre panorama des 45 films heroic fantasy incontournables, aux côtés de Jason et les Argonautes qui a posé les bases du genre vingt ans plus tôt. Si le film vous donne envie de passer de l’autre côté de l’écran, notre guide pour choisir sa classe dans Donjons et Dragons est un bon point de départ.

Questions fréquentes sur Hawk the Slayer

Pourquoi Hawk the Slayer s’appelle-t-il Voltan le barbare en France ?

Le film a été distribué en France sous le titre « Voltan le barbare », du nom du personnage joué par Jack Palance, l’antagoniste au visage brûlé. C’est sous cette appellation qu’il est sorti, notamment au Festival du film fantastique de Paris. Le titre original « Hawk the Slayer » renvoie lui au héros, Hawk, joué par John Terry.

Hawk the Slayer a-t-il été un échec au cinéma ?

Contrairement à une idée reçue tenace, le film a plutôt bien fonctionné au Royaume-Uni. S’il n’a jamais été exploité en salles aux États-Unis, ce n’est pas à cause d’un rejet du public mais de la faillite de son distributeur ITC. Le film y a finalement été diffusé pour la première fois à la télévision, le 3 décembre 1982.

Existe-t-il un jeu de rôle officiel Hawk the Slayer ?

Non. Malgré sa réputation de film le plus proche d’une partie de Donjons & Dragons, aucune adaptation officielle en jeu de rôle sur table n’a jamais été publiée. Son influence sur le hobby est purement culturelle, entretenue par les blogs, les forums et le bouche-à-oreille des passionnés depuis les années 1980.

Qui joue dans Hawk the Slayer ?

John Terry incarne Hawk, le héros. Jack Palance joue son frère ennemi Voltan. Autour d’eux, Bernard Bresslaw campe le géant Gort, Ray Charleson l’elfe Crow et Peter O’Farrell le nain Baldin. Ferdy Mayne joue le père des deux frères, alors qu’il n’avait que trois ans de plus que Palance dans la vraie vie.

Y a-t-il eu une suite à Hawk the Slayer ?

Jamais concrétisée. Terry Marcel annonçait dès 1980 vouloir tourner « Hawk the Destroyer », sans suite. En 2015, un projet de préquelle nommé « Hawk the Hunter », partiellement financé par une campagne Kickstarter, a été lancé puis abandonné faute de fonds. Le film n’a donc jamais eu de suite officielle au cinéma.

Envie d’en discuter en direct ? On décortique ce genre de pépites rôlistes chaque lundi soir à 21h dans la Chronique JDR, en live sur Twitch et YouTube Geek Powa.

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