Article mis à jour le 11 avril 2026
En 1991, un jeu de rôle français débarquait dans les échoppes avec une proposition simple et furieusement élégante : et si la piraterie des Caraïbes au XVIIe siècle croisait la route de la magie vaudou ? Pas la version édulcorée de Disney, non. La vraie, celle des loas capricieux, des zombies qui se relèvent la nuit et des sorciers qui négocient avec des esprits aussi retors que Loki un jour de soldes. Capitaine Vaudou, créé par Jean-Pierre Pécau et Pierre Rosenthal sur le système Simulacres, s’est écoulé à 2 000 exemplaires en quelques mois avant de sombrer dans un silence éditorial de près de trente ans. Et puis en 2020, Black Book Éditions a renfloué le navire. Récit d’une résurrection digne d’un rituel vaudou.
De 1991 à 2020 : l’histoire mouvementée d’un JDR culte
1991 : naissance d’un ovni rôliste chez Jeux Descartes
On est à la fin des années 1980. Jean-Pierre Pécau, futur scénariste de BD (Arcanes, L’Histoire secrète), fait tester un prototype de jeu de rôle mêlant pirates et vaudou à une brochette de noms qui comptent dans le milieu : Marc Nunes et Philippe Mouret (Asmodee), Didier Guiserix, Jean-Marie Noël et Pierre Rosenthal (Casus Belli). Le système retenu est Simulacres, le moteur de jeu générique que Rosenthal a publié peu avant dans les pages de Casus Belli.
En juin 1991, Capitaine Vaudou sort chez Jeux Descartes. Tirage : 2 000 exemplaires. Résultat : épuisé en quelques mois. Le jeu reçoit un accueil enthousiaste. Didier Guiserix, dans Le Livre des jeux de rôle (1997), souligne la polyvalence de l’univers : intrigues politiques, navigation épique, et un versant « médiéval-fantastique » lié aux cultures d’Amérique centrale et à la magie vaudou. Après la sortie de deux scénarios dans Casus Belli (Roanoke et Le miroir fumant), plus rien. Le navire coule dans l’oubli éditorial. Mais pas dans celui des joueurs.
2020 : Black Book Éditions renfloue le navire
Trente ans de silence, c’est long. Assez long pour que le jeu devienne une légende murmurée dans les conventions, un de ces titres que les vieux rôlistes évoquent avec une lueur nostalgique dans l’œil, comme quand on parle de Mega ou de Rêve de Dragon à quelqu’un qui a commencé le JDR avec D&D 5. Mais en 2017, Pécau concrétise un projet de BD Capitaine Vaudou chez Delcourt, et l’idée germe : pourquoi ne pas ressusciter le jeu ?
Au printemps 2020, un financement participatif sur Game On Tabletop lève plus de 120 000 euros auprès de près de 1 300 souscripteurs. La 2e édition de Capitaine Vaudou, co-éditée par Black Book Éditions et Monolith, débarque en juin 2020. Le livre de base en couverture rigide fait 232 pages en couleurs, avec des illustrations signées par une escouade d’artistes (Mustapha Bennabi, Sandrine Gestin, Anthony Jean, Darko Perovic) et une couverture peinte par Ugo Pinson. L’écran du MJ, lui, est l’œuvre de Mathieu Lauffray, excusez du peu.
Pirates, loas et Simulacres : ce qu’on trouve dans le coffre
Un univers entre Tim Powers et Pirates des Caraïbes
L’inspiration principale de Capitaine Vaudou, c’est le roman Sur des mers plus ignorées (On Stranger Tides, 1987) de Tim Powers, le même bouquin qui a inspiré le quatrième film Pirates des Caraïbes. Et c’est exactement l’ambiance qu’il faut imaginer : un XVIIe siècle alternatif où la magie est aussi réelle que la poudre à canon, où les flibustiers de la Tortue naviguent sur des mers hantées, et où chaque île cache un secret occulte.
Le background couvre le Vieux Continent (chronologie européenne de 1600 à 1700), le Nouveau Monde (colonies, Frères de la côte, condition des minorités), la géographie des Indes occidentales, et surtout un panorama magique d’une richesse rare : le vaudou bien sûr, avec neuf loas principaux détaillés (Legba, Baron Samedi, Agoué, Erzulie…), mais aussi la kabbale juive, l’angélologie, la démonologie, et les pratiques magiques de l’Inquisition. Ce mélange donne au jeu une profondeur thématique qu’on retrouve rarement dans les JDR de pirates, où l’on se contente souvent de « tu montes sur le bateau, tu tires au canon, tu bois du rhum ». Ici, Newton pratique la magie, des rabbins créent des golems, et le dieu Agoué déclenche les tempêtes pourvu qu’on lui fasse les sacrifices appropriés.
Le système Simulacres : simple, élégant, efficace
Le cœur mécanique de Capitaine Vaudou, c’est Simulacres, le système générique créé par Pierre Rosenthal. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un moteur qui repose sur une matrice croisant quatre composantes (Corps, Cœur, Instinct, Esprit) avec quatre moyens (Perception, Action, Désir, Résistance), le tout résolu avec 2d6. C’est élégant, accessible, et suffisamment souple pour couvrir aussi bien un abordage sanglant qu’un rituel de possession par un loa.
La 2e édition a légèrement simplifié et modernisé le système par rapport à l’original de 1991, sans trahir sa philosophie. La magie vaudou est intégrée au cœur des règles : chaque personnage possédant un loa tutélaire peut invoquer ses faveurs, mais les loas sont aussi capricieux que les dieux grecs de l’Antiquité. Ils aident, certes, mais à leur façon et à leur rythme. C’est un peu comme demander un service à un PNJ joué par un MJ particulièrement vicieux : on obtient rarement exactement ce qu’on voulait.
Six scénarios et une campagne pour prendre la mer
Le livre de base ne se contente pas de poser un univers et de vous souhaiter bonne chance. Il embarque six scénarios de difficulté croissante, dont deux reprises de la première édition (Roanoke et Le miroir fumant, les classiques de Casus Belli) et quatre inédits. Le tout culmine avec Baron Mort Lente, une campagne de 27 pages qui plonge les personnages au cœur des rites vaudou face à un sorcier surpuissant. On y trouve aussi des aides de jeu copieuses : résumés de règles, fiches de navires, deux équipages pirates prêts à embarquer et six personnages prétirés. Suffisant pour lancer une partie le soir même de l’achat, ce qui est toujours un bon signe pour un jeu de rôle.
De 1991 à 2020, Capitaine Vaudou a prouvé qu’un bon JDR ne meurt jamais vraiment. Il attend juste qu’un loa bienveillant (ou un éditeur audacieux) le ramène d’entre les morts. Avec son univers qui croise piraterie historique et magie afro-caribéenne, son système Simulacres accessible et sa deuxième édition somptueuse, c’est un titre qui mérite sa place dans la bibliothèque de tout rôliste francophone. À réserver à ceux qui n’ont pas peur de négocier avec Baron Samedi pour un vent favorable. Qapla’! Pardon, mauvais univers. Bonne navigation !
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Envie de creuser le sujet ? Découvrez notre article sur le Manuel pratique du JDR de Pierre Rosenthal, notre dossier sur Casus Belli et les magazines de JDR, ou la liste des systèmes JDR francophones.
Questions fréquentes sur Capitaine Vaudou
Qu’est-ce que Capitaine Vaudou ?
Capitaine Vaudou est un jeu de rôle français créé en 1991 par Jean-Pierre Pécau et Pierre Rosenthal. Il plonge les joueurs dans les Caraïbes du XVIIe siècle, mêlant piraterie historique et magie vaudou. Le système de jeu est Simulacres, un moteur générique accessible et élégant.
Quel système de jeu utilise Capitaine Vaudou ?
Le jeu repose sur Simulacres, le système générique créé par Pierre Rosenthal. Il croise quatre composantes (Corps, Cœur, Instinct, Esprit) avec quatre moyens (Perception, Action, Désir, Résistance), résolu avec 2d6. La 2e édition a légèrement simplifié les règles tout en conservant la philosophie originale.
Qui a créé Capitaine Vaudou ?
L’univers est l’œuvre de Jean-Pierre Pécau, scénariste de BD (Arcanes, L’Histoire secrète). Le système de jeu a été conçu par Pierre Rosenthal, créateur de Simulacres et figure historique de Casus Belli. Jean-Marie Noël, André Foussat et Frédéric Ménage ont également contribué aux textes et scénarios.
Qu’est-ce que les loas dans Capitaine Vaudou ?
Les loas sont des esprits tutélaires issus des traditions vaudou apportées aux Caraïbes par les esclaves du Dahomey et du Sénégal. Dans le jeu, neuf loas principaux sont détaillés avec leurs attributs et faveurs. Chaque personnage peut avoir un loa protecteur, mais ces esprits sont capricieux et manipulateurs.
Où acheter Capitaine Vaudou 2e édition ?
La 2e édition de Capitaine Vaudou est co-éditée par Black Book Éditions et Monolith. Le livre de base (232 pages couleur) et l’écran du MJ sont disponibles chez les détaillants spécialisés comme Philibert, ainsi qu’en PDF. La version collector en similicuir avec gravure dorée est issue du financement participatif.
Quel roman a inspiré l’univers de Capitaine Vaudou ?
L’inspiration principale est Sur des mers plus ignorées (On Stranger Tides, 1987) de Tim Powers. Ce roman, qui mêle piraterie historique et sorcellerie, a également inspiré le quatrième film Pirates des Caraïbes. L’univers de jeu y ajoute la kabbale, l’angélologie et la démonologie européenne.
