
Début janvier 2023, un leak révèle que Wizards of the Coast prépare une OGL 1.1 restrictive : redevances, droit de regard, révocabilité. La communauté rôliste explose, DnD Beyond est noyé sous les désabonnements, et le hashtag #OpenDnD s’impose. Sous pression, WotC fait machine arrière en quinze jours, publie le SRD 5.1 sous Creative Commons CC-BY 4.0 le 27 janvier, et perd définitivement la confiance des éditeurs tiers. Trois ans plus tard, les conséquences se mesurent encore.
On revit la folle quinzaine de l’OGL 1.1, leakée dans les grandes largeurs par des employés et des partenaires de Wizards of the Coast. La communauté rôliste s’est lancée dans une bataille pour sauver l’esprit de partage et la langue commune des rôlistes. Cet article, écrit à chaud le 13 janvier 2023, est mis à jour avec le dénouement de la crise et trois ans de recul.
OGL 1.1 : pour les lier tous dans les ténèbres

Depuis 2000, Wizards of the Coast a eu besoin des éditeurs tiers pour alimenter les joueurs en contenu sans que cela leur coûte un centime. L’Open Game License 1.0a leur a permis, sans recruter d’auteurs, d’illustrateurs, de designers, de maquettistes, de relecteurs ou de traducteurs, de sauver puis de faire grossir la marque DnD. Le leak de l’OGL 1.1 expose tellement de points problématiques pour la communauté que la lecture des quinze pages de juridique en anglais a fait grimper la tension communautaire en quelques heures.
Côté Wizards of the Coast, l’équipe est débordée par les événements et la réputation de la boîte s’effondre. Pire encore, pour leurs sacro-saints bénéfices, ils abîment leur marque Donjons & Dragons juste avant la sortie du film L’Honneur des voleurs (mars 2023) et de la nouvelle série commandée par Paramount Plus. Le standard téléphonique des Magiciens de la côte est sous l’eau, les démissions internes commencent à fuiter, et le hashtag #OpenDnD trend partout sur Twitter, Reddit et les réseaux JDR.
Le plan initial de WotC reposait sur trois piliers : imposer une redevance de 25 % sur les revenus annuels supérieurs à 750 000 dollars des éditeurs tiers, s’arroger un droit de regard sur les créations utilisant le SRD, et révoquer rétroactivement l’OGL 1.0a. Cette dernière clause, particulièrement explosive, signifiait que tous les éditeurs ayant construit leur catalogue sur l’OGL 1.0a depuis vingt ans se seraient retrouvés sans cadre juridique du jour au lendemain. C’est ce point qui a déclenché la révolte.
Donjons et Dragons et l’OGL, une histoire vertueuse pendant 23 ans
La table ronde Geek Powa enregistrée pendant la crise revient sur l’historique de l’OGL, les enjeux juridiques, et les conséquences possibles pour les éditeurs francophones. À regarder en complément.
Rappel : ce qu’est l’Open Game License de Donjons et Dragons
L’OGL (Open Game License) est un type de licence créée par Wizards of the Coast en 2000 pour permettre aux développeurs de jeux de rôle de créer des produits dérivés de leur jeu phare, Donjons et Dragons. Avant l’OGL, les éditeurs devaient obtenir une licence ad hoc auprès de WotC, ce qui entraînait des coûts élevés et des restrictions sur ce qu’ils pouvaient faire avec le matériel DnD.
En introduisant l’OGL, WotC a ouvert les règles de base de DnD à tous les développeurs sans redevance ni restriction sur les usages. Cela a conduit à une explosion de produits dérivés : campagnes, classes de personnages, races, éléments de monde, systèmes parallèles entiers. Pathfinder (Paizo), 13th Age (Pelgrane Press) et bien d’autres sont nés directement de cette ouverture.
En 2002, WotC a aussi lancé le SRD (System Reference Document), document qui rassemble les règles réutilisables de DnD. C’est ce document, et lui seul, qui peut être réutilisé sous OGL : ni les noms protégés, ni le lore propriétaire des Royaumes Oubliés, ni les Beholders, Mind Flayers et autres créatures emblématiques de l’univers, qui restent la propriété exclusive de WotC.
Pendant 23 ans, l’OGL a fonctionné comme un cercle vertueux. WotC tirait bénéfice de l’écosystème de produits tiers (qui maintenaient l’intérêt pour DnD entre deux éditions officielles), et les éditeurs tiers pouvaient construire leur business sur une licence stable et irrévocable. C’est précisément cette stabilité que l’OGL 1.1 prétendait remettre en cause.
Le retournement de situation avec le SRD V5.1 sous Creative Commons
Face à la crise engendrée par le leak de l’OGL 1.1, WotC a fait marche arrière en publiant le SRD 5.1 sous Creative Commons CC-BY 4.0 le 27 janvier 2023, deux semaines après le début de l’affaire. Ce changement de licence offre plus de liberté aux créateurs tout en assurant la protection des contenus protégés. Désormais, le contenu du SRD 5.1 peut être publié soit sous l’OGL 1.0a, soit sous la CC-BY-4.0, en respectant les conditions de chaque licence.
Cette annonce tardive n’a pas suffi à apaiser les tensions. La confiance entre WotC et la communauté des joueurs, auteurs et éditeurs a été durablement ébranlée. La démonstration de force des éditeurs tiers, avec l’annonce du système ORC par Paizo (Open RPG Creative License, publiée en 2023 sous le cabinet Azora Law) et le passage de nombreux projets en Creative Commons, a révélé un désir d’indépendance et de contrôle sur le travail créatif.
Il semblerait que WotC ait sous-estimé l’impact de sa décision initiale sur sa réputation. Trois ans après les faits, le constat est limpide : l’entreprise a perdu sa position d’arbitre du JDR, et la communauté a accéléré sa migration vers les modèles libres.
Trois ans après : ce que la crise OGL a changé durablement
De janvier 2023 à mai 2026, le paysage du JDR a clairement bifurqué. Quelques marqueurs durables pour mesurer l’impact :
- Le SRD 5.2 sous CC-BY exclusif (avril 2025). Pour DnD 2024, WotC a renoncé à l’OGL et publié l’ensemble du SRD 5.2.1 uniquement sous Creative Commons. C’est l’aveu du nouveau standard.
- La licence ORC est devenue une référence. Lancée par Paizo et publiée sous l’égide d’Azora Law, ORC sert désormais de cadre à de nombreux jeux qui auraient été sous OGL en 2022. Pathfinder, Mörk Borg suppléments, Death in Space, etc.
- Les éditeurs Free League, Chaosium, MCDM ont migré tout ou partie de leurs catalogues vers Creative Commons ou des licences maison (Free Tabletop License de Free League notamment).
- La défiance envers WotC reste palpable. Les annonces récentes (films, séries, vidéos officielles) reçoivent un accueil tiède. Hasbro a confirmé en 2024 vouloir « monétiser plus agressivement » la marque, ce qui n’a fait que renforcer la méfiance.
- La communauté a appris à s’organiser. Le mouvement #OpenDnD a montré qu’une mobilisation collective sur Twitter, Reddit et Discord pouvait faire reculer un éditeur en deux semaines. Le précédent est désormais inscrit dans les esprits.
Pour creuser le détail des licences libres aujourd’hui disponibles, notre article JDR en licence libre : OGL, Creative Commons et SRD expliqués recense les 25 systèmes ouverts les plus pertinents en 2026.
Questions fréquentes sur la crise OGL 1.1
Qu’est-ce que l’OGL 1.1 de Wizards of the Coast ?
L’OGL 1.1 était une version restrictive de l’Open Game License préparée par Wizards of the Coast fin 2022 et leakée en janvier 2023. Elle aurait imposé des redevances de 25 % aux gros éditeurs tiers, un droit de regard sur les créations, et la révocation rétroactive de l’OGL 1.0a. La communauté l’a refusée massivement.
Pourquoi la communauté rôliste s’est-elle révoltée contre l’OGL 1.1 ?
Trois raisons principales : la rupture du contrat moral sur l’OGL 1.0a (réputée irrévocable depuis vingt ans), l’imposition de redevances sur des chiffres d’affaires modestes pour le marché JDR, et le droit de regard de WotC sur les contenus tiers. La combinaison aurait étranglé l’écosystème des éditeurs indépendants construit depuis 2000.
Comment WotC a-t-il fait marche arrière sur l’OGL 1.1 ?
Sous la pression communautaire (désabonnements massifs sur DnD Beyond, #OpenDnD trending, démissions internes), WotC a annoncé le 18 janvier 2023 abandonner l’OGL 1.1 et maintenir l’OGL 1.0a. Le 27 janvier, l’entreprise a publié le SRD 5.1 sous Creative Commons CC-BY 4.0, rendant définitive l’ouverture des règles de DnD 5e.
Qu’est-ce que la licence ORC créée après la crise OGL ?
ORC (Open RPG Creative License) est une licence libre créée par Paizo et plusieurs éditeurs majeurs (Kobold Press, Chaosium, Green Ronin) en 2023, en réaction à la crise OGL. Elle est gérée par un organisme indépendant (Azora Law) pour garantir qu’aucune entreprise ne pourra jamais la révoquer unilatéralement.
Le SRD 5.2 de DnD 2024 est-il toujours sous OGL ?
Non. Le SRD 5.2.1, publié en avril 2025 pour accompagner DnD 2024, est exclusivement sous Creative Commons CC-BY 4.0. WotC a définitivement renoncé à l’OGL pour ses nouvelles publications. Le SRD 5.1 reste, lui, sous double licence (OGL 1.0a + CC-BY 4.0).
Quelles leçons les éditeurs tiers ont-ils tirées de la crise OGL ?
Trois leçons durables : ne plus dépendre d’une licence contrôlée par un seul éditeur (d’où ORC), basculer vers Creative Commons quand c’est possible (irrévocable par conception), et entretenir une communication directe avec la communauté pour faire pression rapidement si nécessaire. Free League, Chaosium et MCDM ont tous adapté leurs licences en conséquence.
Mise à jour le 21 mai 2026 — intégration du dénouement complet de la crise OGL (recul WotC, publication SRD 5.1 sous CC-BY le 27 janvier 2023, lancement ORC, SRD 5.2.1 exclusivement CC-BY en avril 2025). Trois ans de recul sur les conséquences durables.
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