Silicon Valley est une comédie de HBO créée par Mike Judge : 6 saisons et 53 épisodes entre 2014 et 2019. Un programmeur timide, Richard Hendricks, y défend son algorithme de compression face aux géants de la tech. Casting soudé, coulisses savoureuses, satire si juste que la vraie Valley s’en est inspirée.
Parmi les séries sur la tech, Silicon Valley joue dans une catégorie à part. Pas de génie solitaire qui sauve le monde en trois lignes de code ici. Richard Hendricks, programmeur timide, invente presque par accident un algorithme de compression et se retrouve patron d’une jeune pousse (une start-up, dans la langue de la Valley), Pied Piper. Autour de lui, une colocation de développeurs, un incubateur chaotique et des géants prêts à tout pour lui piquer sa trouvaille.
Tout l’intérêt de la série Silicon Valley tient dans ce décalage : des ingénieurs qui jouent des enjeux presque mondiaux tout en restant des humains fragiles, jaloux et maladroits. Elle a tenu six saisons sur HBO, du 6 avril 2014 au 8 décembre 2019.
Aux origines de la série Silicon Valley
Un pilote retourné pour moitié
Le créateur, Mike Judge, n’est pas n’importe qui : on lui doit Beavis and Butt-Head, King of the Hill et Office Space. Il connaît aussi la tech de l’intérieur. En 1987, il a été programmeur chez Parallax Graphics, une entreprise d’une quarantaine de personnes, avant de claquer la porte en moins de trois mois. Cette expérience a nourri la série, tout comme un vieux projet de film sur un milliardaire de la tech inspiré de Paul Allen, imaginé plus de dix ans avant la diffusion.
L’impulsion est pourtant venue de HBO, qui voulait une série sur les joueurs. Judge a répondu qu’il connaissait mieux la Valley, et la chaîne l’a suivi. Avec John Altschuler et Dave Krinsky, anciens scénaristes de King of the Hill, il a d’abord écrit un pilote qui suivait deux Californiennes en chasse d’un milliardaire du web. Les dirigeants de HBO n’ont pas été convaincus, les deux scénaristes sont partis et Alec Berg (Seinfeld, Curb Your Enthusiasm) est arrivé. Selon Casey Bloys, patron de la programmation de HBO, l’équipe a retourné la moitié du pilote. Le tournage a démarré à Palo Alto le 12 mars 2013, et HBO a commandé la série le 16 mai 2013.

Quand la vraie tech s’invite dans la fiction
Au début de chaque saison, les scénaristes passent environ une semaine à San Francisco et dans la Valley pour rencontrer des jeunes pousses, des fonds d’investissement et des entrepreneurs en série. Une fois la série installée, des pointures ont rejoint l’équipe : Dick Costolo, ancien patron de Twitter, est venu conseiller les auteurs. Même Elon Musk a d’abord critiqué le lancement, avant de finir par saluer la série.
La fiction a même fabriqué de la vraie science. Il fallait prouver qu’un algorithme de compression en battait un autre. Les scénaristes ont demandé au professeur Tsachy Weissman (Stanford) et à son doctorant Vinith Misra, consultants de la série, d’inventer une mesure : le score de Weissman, qui combine taux de compression et vitesse. Elle n’existait pas avant la série, et plusieurs chercheurs ont dit vouloir l’utiliser dans leurs cours (le récit détaillé d’IEEE Spectrum).
Même brouillage des frontières côté application : en mai 2017, HBO a lancé pour de bon Not Hotdog, l’outil de Jian-Yang censé dire si une photo montre un hot-dog ou non. Gratuite sur iOS, elle accompagnait une campagne où le personnage répondait aux commentaires sur Product Hunt (Engadget en parlait à l’époque). HBO est allée jusqu’à monter un faux site piedpiper.com, avec un blog tenu par Jared. Les algorithmes tout-puissants de la série ont pris un coup de jeune avec l’IA, sujet que notre guide sur l’intelligence artificielle et la culture geek explore en détail.
Casting et coulisses : un équilibre aussi fragile que Pied Piper
Des rôles taillés sur mesure
L’équipe est devenue culte, au point qu’on a du mal à imaginer d’autres visages. Pourtant, le casting a tenu à pas grand-chose. Trois petits focus pour s’en convaincre.
Mike Judge a écrit le rôle en pensant à lui. Middleditch a quand même passé l’audition, comme tout le monde.

Presque tous les comédiens de la série, Middleditch excepté, ont auditionné pour Erlich. C’est T.J. Miller qui l’a emporté, grâce à sa simple silhouette derrière la vitre dépolie d’une salle de conférence, qui avait déjà déclenché des rires.
Elle a failli annuler son audition, persuadée qu’on lui proposait un rôle de « séductrice ». Le personnage est resté ce qu’il devait être : une capital-risqueuse affûtée, plus lucide que les génies qui l’entourent.
Pour les autres, le plateau était aussi une salle de classe. Martin Starr (Gilfoyle), repéré dans Freaks and Geeks, a avoué ne pas être spécialement à l’aise avec la tech : des consultants présents sur le tournage l’aidaient à comprendre ses répliques. Zach Woods (Jared) a improvisé une grande partie du passé sombre de son personnage durant les deux premières saisons. Mike Judge a confié que presque rien n’était resté à l’écran, mais que ces délires avaient façonné Jared.
Christopher Evan Welch, un hommage plutôt qu’un remplacement
La saison 1 cache un moment poignant. Christopher Evan Welch, qui jouait l’excentrique milliardaire Peter Gregory, est mort en décembre 2013 d’un cancer du poumon, après avoir tourné ses scènes des cinq premiers épisodes. Pas question de le remplacer ni de retourner ses scènes : Mike Judge a jugé sa prestation irremplaçable. Le huitième épisode se termine par un hommage, et le personnage n’a disparu de l’intrigue qu’au début de la saison 2.
Les départs et la dernière fête
Autre trou dans l’équipe : T.J. Miller a quitté la série après la saison 4, départ annoncé en mai 2017. Les créateurs lui avaient proposé trois épisodes en saison 5 pour offrir une vraie sortie à Erlich, mais il a refusé. Mike Judge a simplement dit que « ça ne fonctionnait pas ». Les deux parties ne racontent pas tout à fait la même histoire, on s’en tient donc au fait : Erlich disparaît de l’intrigue, et Jimmy O. Yang a dit adorer rendre Jian-Yang encore plus pénible.
La série s’est éteinte le 8 décembre 2019 avec une saison 6 de sept épisodes. Son final (léger spoiler) fait un saut de dix ans pour voir ce que chacun est devenu, tout en laissant planer une inquiétude : une clé USB égarée, contenant un code qui pourrait menacer la sécurité mondiale.
Verdict : faut-il (re)voir la série Silicon Valley ?
Oui, et sans hésiter. La critique l’a suivie : 95 % d’avis favorables pour la saison 1 et 100 % pour la saison 3 sur Rotten Tomatoes, et cinq nominations consécutives à l’Emmy de la meilleure série comique. Surtout, elle vieillit bien, car ses ressorts sont humains : l’ego, la peur de rater un tournant, l’amitié qui résiste (parfois) à l’argent. Côté séries de science et de tech, on a déjà parlé de Fringe et de K2000, dont l’IA à roulettes n’a pas pris une ride face aux chatbots. Et pour d’autres pépites, direction notre grand tour des séries cultes.
Vous avez déjà croisé un Gilfoyle ou un Erlich dans une équipe ? On en discute chaque lundi à 21h dans la Chronique JDR, en live sur Twitch et YouTube Geek Powa.
Questions fréquentes sur la série Silicon Valley
Combien de saisons et d’épisodes compte Silicon Valley ?
La série compte 6 saisons et 53 épisodes d’environ 30 minutes : 8, 10, 10, 10, 8 puis 7 épisodes. HBO l’a diffusée du 6 avril 2014 au 8 décembre 2019. La chaîne a confirmé en mai 2019 que la sixième saison serait la dernière, ce qui a permis aux auteurs de préparer un final qui boucle l’histoire de Pied Piper.
Qui a créé Silicon Valley ?
La série a été créée par Mike Judge, avec John Altschuler et Dave Krinsky, tous trois liés à King of the Hill. Alec Berg, passé par Seinfeld et Curb Your Enthusiasm, est devenu coresponsable de la série à ses côtés, rejoint par Clay Tarver en avril 2017. Judge a lui-même travaillé comme programmeur en 1987, ce qui a nourri l’écriture.
De quoi parle Silicon Valley ?
Richard Hendricks, programmeur discret, invente un algorithme de compression très convoité. Il fonde Pied Piper avec ses colocataires, soutenu par l’excentrique Erlich Bachman, et affronte Hooli et son patron Gavin Belson. Chaque saison, la bande doit sauver sa jeune pousse d’un nouveau désastre, qu’il soit technique, financier ou purement humain.
Silicon Valley est-elle réaliste ?
Sur l’esprit, très. Les scénaristes passent une semaine par saison à rencontrer des jeunes pousses et des investisseurs, des consultants les conseillent, et le score de Weissman est né à Stanford. Des figures de la tech comme Elon Musk ont fini par saluer la série. Les ressorts techniques restent simplifiés pour le grand public, par choix assumé de Mike Judge et d’Alec Berg.
Où regarder Silicon Valley en France ?
En France, la série a été diffusée sur OCS, avec un doublage réalisé par Mediadub International. Les catalogues des plateformes changent régulièrement : le plus sûr est de vérifier la disponibilité du moment sur un comparateur de streaming, ou de chercher la série en achat numérique. Les sept épisodes de la saison finale ont été diffusés fin 2019.
Faut-il s’y connaître en informatique pour regarder Silicon Valley ?
Pas du tout. Mike Judge et Alec Berg partent du principe que beaucoup de spectateurs ne savent rien de la tech, et ils ramènent chaque problème technique à des enjeux personnels : l’orgueil, la rivalité, la peur d’échouer. Les disputes de Dinesh et Gilfoyle servent justement à exposer deux points de vue opposés sans jamais ennuyer.
Sources : Wikipédia, Wikipédia en anglais, Mental Floss. Crédit de l’image d’en-tête : Crédit : Daniel Benavides from Austin, TX, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

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