Il y a des films qu’on adore raconter à sa table de jeu justement parce qu’ils ont raté leur cible. Le Conan de 2011 fait partie de ceux-là. Sur le papier, pourtant, tout était réuni pour relancer le Cimmérien à l’écran : un budget confortable de blockbuster, un colosse charismatique dans le rôle-titre, un réalisateur rompu au cinéma de genre et une envie affichée de renouer avec la sauvagerie des nouvelles d’origine. Dans les faits, la sortie a viré au fiasco, le week-end d’ouverture a fait pschitt, et le film a mis des années à dénicher les spectateurs qui, aujourd’hui, le défendent presque avec tendresse. Un naufrage, oui, mais un naufrage qui a fini par se muer en curiosité attachante.
On vous propose de revenir sur ce Conan 2011 comme on débrieferait une campagne qui a mal tourné : ce qui était prévu, ce qui a déraillé en cours de route, et pourquoi ce raté mérite malgré tout une petite place dans la mémoire des rôlistes qui aiment la sword and sorcery, cette heroic fantasy musclée et crasseuse héritée de Robert E. Howard. Parce qu’un échec, quand on sait le lire, raconte souvent une histoire bien plus riche qu’un succès bien lisse.

Un reboot à 90 millions qui n’a jamais trouvé son public
Presque trente ans après le Conan de John Milius, Hollywood décide de tout reprendre à zéro. Pas une suite, pas un prolongement : un reboot pur et dur. La réalisation revient à Marcus Nispel, artisan du cinéma de genre déjà passé par plusieurs remakes musclés, et le scénario choisit de puiser directement dans le personnage créé par Robert E. Howard plutôt que dans le long métrage de 1982. L’ambition est limpide : livrer un Cimmérien plus proche des nouvelles d’origine, plus brutal, plus « pulp », débarrassé du vernis du film précédent. Pour qui a lu Howard, l’intention est même plutôt honorable sur le principe. L’exécution, elle, sera une tout autre histoire.
Car c’est bien là toute la difficulté de l’exercice. Ressusciter une figure aussi iconique que Conan, c’est avancer sur un fil tendu entre deux publics : les fidèles de Howard, exigeants sur la lettre comme sur l’esprit, et le grand public de 2011, habitué aux blockbusters bien calibrés. Contenter les deux tient de la gageure, et beaucoup s’y sont cassé les dents avant Nispel. Sur le papier, le pari valait pourtant la peine d’être tenté, tant le personnage semblait taillé pour le grand écran.
Des dates de sortie et un budget de blockbuster
Le film débarque dans les salles françaises le 17 août 2011, distribué par Metropolitan Filmexport, le même jour qu’en Belgique, en Islande ou aux Philippines. Les États-Unis suivent deux jours plus tard, le 19 août. Le budget de production, lui, tourne autour de 90 millions de dollars : un chiffre de blockbuster parfaitement assumé, qui place d’emblée la barre de rentabilité très, très haut. Car à ce niveau de dépense, il ne suffit pas de faire un joli score. Une fois ajoutés les frais de marketing et de distribution, il faut un véritable carton planétaire pour espérer seulement rentrer dans ses frais. Autant le dire tout de suite : le film n’en verra jamais la couleur.
Un box-office qui ne décolle jamais
Les recettes mondiales plafonnent entre 63 et 68 millions de dollars selon les sources, dont environ 21 millions sur le seul marché nord-américain et une quarantaine à l’international. Autrement dit, le film ne récupère même pas les deux tiers de son budget de production, et c’est sans compter les sommes englouties dans sa promotion. En France, il attire 163 409 spectateurs sur sa première semaine d’exploitation, répartis dans 400 salles : un score modeste, presque timide, pour une production de cette envergure. Le verdict tombe vite, et il est sans appel. Le reboot coule dès son week-end d’ouverture aux États-Unis, ne trouve nulle part le public de masse espéré, et ne remontera jamais la pente. Difficile de faire plus net comme échec commercial.
Jason Momoa, un colosse en pleine ascension
Reste une trouvaille de casting qui, elle, a plutôt bien vieilli. Jason Momoa décroche le rôle en janvier 2010, devançant plusieurs prétendants lors de la sélection finale, dont Kellan Lutz. Pour endosser le pagne du Cimmérien, il enchaîne six semaines d’un entraînement intensif dans une académie de cascade et d’arts martiaux à Los Angeles. Aux manettes, rien de moins que David Leitch, cascadeur sur The Bourne Ultimatum, et Chad Stahelski, coordinateur des cascades de Matrix : deux futurs architectes de la saga John Wick, excusez du peu. L’objectif de ce régime de forçat ? Gonfler encore un gabarit de départ déjà imposant, autour de 97 kilos de muscles. Le résultat physique, lui, est indéniable, et il crève l’écran même quand tout le reste s’effondre autour de lui. C’est peut-être ça, la vraie réussite du film : avoir trouvé son Conan avant même de savoir quoi en faire. Autour de lui, la distribution ne manque pas d’allure : Ron Perlman campe Corin, le père de Conan, Stephen Lang endosse l’armure du grand méchant Khalar Zym, tandis que Rose McGowan et Rachel Nichols complètent l’affiche en Marique et en Tamara.
Un tournage vécu comme un cauchemar
En coulisses, l’ambiance est nettement moins glorieuse. Marcus Nispel a décrit ce tournage comme la pire expérience de toute sa carrière, comparant la production à « un chien tenu par de multiples laisses », image parlante d’un projet tiraillé entre trop d’intervenants créatifs qui tirent chacun dans leur direction. Le réalisateur s’est tout de même dit soulagé que ce naufrage n’ait pas plombé la carrière de son acteur principal, ce qui en dit long sur le climat de l’entreprise. Et c’est sans doute là l’une des meilleures explications au manque de cohérence du film : difficile de tenir un cap quand personne, sur le pont, ne tient vraiment la barre.

De l’échec en salle à la seconde vie geek
Un film peut mourir en salle et renaître ailleurs. C’est exactement le parcours de ce Conan : boudé à sa sortie, puis lentement réhabilité par une frange du public au gré des années. Entre-temps, son interprète principal est devenu une star planétaire, ce qui a forcément changé le regard que l’on porte sur ce faux départ. On ne juge pas tout à fait de la même manière un film porté par un quasi-inconnu et le même film porté, avec le recul, par une future vedette internationale.
Une critique impitoyable
À sa sortie, l’accueil critique est glacial : le film récolte environ 30 % d’avis favorables sur l’agrégateur Rotten Tomatoes. On lui reproche un scénario poussif et une réalisation sans relief, ce qui, au fond, colle assez bien à ce que l’on sait des tensions du tournage. Le plus savoureux, c’est que même son acteur principal a fini par l’enfoncer : en 2022, Jason Momoa qualifiait carrément le film de « gros tas de merde », précisant que le tournage avait été une belle expérience humaine mais que le montage final, « repris en main » par d’autres, l’avait profondément déçu. L’aveu est rare dans la bouche d’un comédien, et il en dit long sur ce qui a coincé quelque part entre le plateau et la salle de montage.
Une réhabilitation par le streaming
Puis vient le rebond, celui que personne n’avait vu venir. Des années après son passage éclair au cinéma, le film retrouve un public sur les plateformes de streaming gratuites, à l’image de Tubi aux États-Unis. Débarrassés de l’attente démesurée d’un blockbuster à 90 millions, certains spectateurs y redécouvrent une série B honnête, généreuse en bastons et portée par la présence quasi animale de Momoa. Quelques observateurs vont même jusqu’à parler d’une « prise quasi parfaite du personnage d’action », preuve qu’un même film peut être un naufrage un soir de première et un plaisir coupable dix ans plus tard. Le contexte change tout : ce qui déçoit dans une salle à douze euros la place ravit parfois un dimanche pluvieux, gratuitement, sans rien attendre.
Au fond, la trajectoire de ce Conan résume une vérité que tout rôliste connaît bien : la valeur d’une aventure dépend autant du contexte que de son contenu. Vendue comme la grande relance d’une licence mythique, elle déçoit. Proposée comme un divertissement sans prétention, un soir où l’on a juste envie de voir un colosse fendre des crânes, elle remplit parfaitement son office. Le film n’a pourtant pas changé d’un pixel entre 2011 et sa seconde vie ; c’est le regard posé sur lui qui s’est adouci.
Un maillon dans la longue saga Conan
Aucune suite n’a jamais vu le jour dans la continuité de ce reboot. Un producteur du projet a même reconnu publiquement l’échec, à l’occasion d’annonces autour d’une future adaptation de Conan en prises de vues réelles, en jurant la main sur le cœur de ne pas répéter les mêmes erreurs. Le film de 2011 occupe donc une position bien particulière dans la longue saga du Cimmérien : ni relance réussie ni parenthèse tout à fait oubliable, il reste ce moment où Hollywood a cru pouvoir remettre le Cimmérien au goût du jour, avant de se cogner à la vieille difficulté d’adapter Howard sans trahir ni le fan de la première heure ni le grand public venu chercher du grand spectacle. Un exercice de funambule que bien peu de productions ont su négocier. Pour découvrir l’autre versant de la légende, on relira volontiers notre article sur le Conan le Barbare de 1982, matrice de toute la sword and sorcery à l’écran. Il trouve aussi sa place dans notre panorama des films heroic fantasy incontournables. Les curieux pourront aussi compléter avec la fiche Wikipédia du film pour les détails de production.
🎲 Autour de la table : le lien JDR
Envie de faire tourner vos aventuriers dans l’Ère Hyborienne ? Le jeu de référence reste Robert E. Howard’s Conan: Adventures in an Age Undreamed Of, sur système 2d20. Annoncé par Modiphius Entertainment en février 2015 et financé par une campagne de financement participatif en février 2016, il paraît en version numérique dès janvier 2017, puis en version imprimée à partir du printemps 2017. Attention : ce jeu adapte l’œuvre littéraire de Howard, pas le film de 2011, les deux existant en parallèle sans lien de licence. À noter aussi pour l’anecdote de collectionneur : Modiphius a mis fin à sa gamme Conan fin 2022, la licence de jeu de rôle passant ensuite à Monolith Board Games, déjà éditeur du jeu de figurines Conan. Le titre 2d20 ne se trouve donc plus qu’en occasion.
Questions fréquentes sur Conan 2011
Qui joue Conan dans le film de 2011 ?
C’est Jason Momoa qui incarne le Cimmérien, un rôle décroché en janvier 2010 après avoir devancé plusieurs prétendants. Le film, réalisé par Marcus Nispel, met aussi en scène Ron Perlman dans le rôle de Corin, le père de Conan, ainsi que Rose McGowan, Rachel Nichols et Stephen Lang. C’est l’un des rôles marquants de Momoa avant sa consécration internationale.
Pourquoi Conan 2011 est-il considéré comme un échec ?
Pour une raison simple : les chiffres. Avec un budget d’environ 90 millions de dollars, le film n’a récolté qu’entre 63 et 68 millions dans le monde, sans même compter les frais de marketing. Il n’a donc pas amorti sa production. À cet échec commercial s’ajoute une critique très sévère, autour de 30 % d’avis favorables, qui a scellé sa réputation dès sa sortie.
Le film a-t-il eu une suite ?
Non, aucune suite n’a été produite dans la continuité de ce reboot. Un producteur du projet a même reconnu publiquement l’échec du film, à l’occasion d’annonces sur de futures adaptations de Conan en prises de vues réelles, en affirmant vouloir éviter de reproduire les mêmes erreurs. Le Cimmérien attend donc toujours son grand retour au cinéma.
Existe-t-il un jeu de rôle Conan ?
Oui. Le plus connu de la période récente est Robert E. Howard’s Conan: Adventures in an Age Undreamed Of, sur système 2d20, publié par Modiphius Entertainment à partir de 2017. Il adapte l’œuvre littéraire de Robert E. Howard et non le film. Modiphius a mis fin à sa gamme fin 2022, la licence passant ensuite à Monolith Board Games pour un futur projet.
Le film mérite-t-il vraiment sa mauvaise réputation ?
Tout dépend des attentes. En tant que blockbuster à 90 millions, c’est un raté, et son propre acteur principal l’a durement critiqué en 2022. Mais le film a connu une seconde vie sur les plateformes de streaming gratuites, où certains spectateurs saluent la performance physique de Jason Momoa. Vu comme une série B décomplexée, il a ses défenseurs sincères.
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