Geek Powa, le blog geek de l’ouest

On aime raconter que Westeros se joue à l’épée. C’est faux, ou du moins incomplet : dans la saga de George R. R. Martin, on meurt bien plus souvent d’un mot glissé au mauvais seigneur que d’un coup d’estoc. Porter cet univers sur une table de jeu supposait donc de résoudre un problème que la plupart des jeux de rôle contournent poliment : comment donner à une intrigue de cour le même poids mécanique qu’un combat. Deux éditeurs s’y sont cassé les dents, un troisième a fini par trouver la formule, et la France a hérité d’une gamme complète pendant que les grandes maisons s’écharpaient aussi sur des plateaux et des paquets de cartes. Voici comment on rejoint le jeu des trônes autrement que devant un écran.

En bref : Le Trône de fer en JDR de référence est A Song of Ice and Fire Roleplaying (Green Ronin, 2009), qui tourne avec le Chronicle System maison et fut traduit en français par Edge dès 2010, puis en Édition des Trônes en 2012. À côté, on trouve un jeu de plateau (Fantasy Flight, 2003) et un jeu de cartes évolutif, tous portés en VF.
Épais livre de règles de jeu de rôle relié cuir, dés métalliques et fiches de personnage manuscrites posés sur une table.

Deux jeux de rôle pour un même trône

L’histoire du Trône de fer sur table de jeu de rôle tient en deux tentatives séparées par une faillite. La première n’a presque jamais atteint les rôlistes francophones. La seconde est devenue la référence.

Le précédent oublié : A Game of Thrones (2005)

Avant Green Ronin, il y a eu Guardians of Order. Cet éditeur publie en 2005 un jeu de rôle intitulé sobrement A Game of Thrones, disponible en anglais uniquement. Le livre de base existait en deux versions : une standard, calée sur le d20 System (le moteur de Donjons & Dragons de l’époque), et une édition de luxe qui laissait le choix entre ce même d20 et le Tri-Stat System, la mécanique maison de Guardians of Order. Le produit ne passe pas inaperçu : il rafle plusieurs ENnie Awards en 2006, en argent, dont ceux de la meilleure production et du meilleur jeu.

Le saviez-vous ?

Une VF était pourtant en route. L’éditeur canadien Le Septième Cercle préparait la traduction quand il fait faillite en 2006. La chute emporte le projet français avec elle, et la disparition de Guardians of Order dans la foulée laisse la licence orpheline. C’est ce vide qui ouvre la porte, un an plus tard, à un tout autre chantier.

A Song of Ice and Fire Roleplaying (Green Ronin, 2009)

Le 24 avril 2007, sur le site officiel de George R. R. Martin, Green Ronin annonce le développement d’une nouvelle ligne de jeu de rôle, présentée sans détour comme « sans lien » avec l’effort précédent. Après une préversion en 2008, A Song of Ice and Fire Roleplaying (abrégé SIFRP) sort officiellement le 10 mars 2009, sous la forme d’un livre de base de 320 pages. C’est le designer Robert J. Schwalb qui pilote la conception : ce sera son dernier projet pour Green Ronin avant son départ chez Wizards of the Coast.

A Song of Ice and Fire Roleplaying

Éditeur
Green Ronin
Sortie
10 mars 2009
Livre de base
320 pages
Conception
Robert J. Schwalb
Système
Chronicle System
VF
Edge Entertainment, février 2010
Réédition
Édition des Trônes, 2012

La critique suit. Le jeu de base décroche le Silver ENnie Award 2009 de la meilleure règle (« Best Rules »), tandis que le livret d’initiation gratuit qui l’accompagne remporte l’or dans la catégorie du meilleur produit gratuit la même année. Deux médailles pour une même gamme la première année, c’est le genre de démarrage qui installe durablement un jeu dans le paysage.

Le Chronicle System, un moteur taillé pour l’intrigue

La grande décision de SIFRP tient dans son moteur. Plutôt que de recycler un système existant, Green Ronin bâtit sa propre mécanique, le Chronicle System. Ni d20, ni Tri-Stat : le jeu prend le contre-pied des deux approches de son prédécesseur. L’idée maîtresse est de gérer avec un seul et même moteur de résolution le combat, l’intrigue de cour et la guerre à grande échelle, de façon à couvrir toute la société westerosienne sans empiler les sous-systèmes, du grand seigneur aux petites gens.

Le geste le plus intéressant se trouve dans la création de maison noble, qui occupe un chapitre entier. Les joueurs y définissent leurs châteaux, leurs tours et leurs possessions, puis répartissent des ressources entre fortifications défensives, influence, terres, loi, population, puissance militaire et richesse. Autrement dit, on ne crée pas seulement des personnages, on crée aussi la dynastie qui les porte. L’intrigue politique, le fameux jeu des trônes, devient un pilier de jeu à part entière, au même rang que l’affrontement à l’épée. C’est précisément ce traitement de la joute verbale et du complot qui a valu au système ses éloges du côté anglophone.

Éditions et versions françaises

La France n’a pas attendu longtemps cette fois. Edge Entertainment traduit le livre de base dès février 2010 sous le titre Le Trône de Fer, le jeu de rôle. Deux ans plus tard, Green Ronin publie une édition révisée, l’A Game of Thrones Edition, qui arrive chez Edge sous le nom d’« Édition des Trônes » en 2012. Cette version de luxe reprend l’intégralité du livre de base mis à jour et y ajoute l’aventure Péril à Port-Réal, accompagnée de personnages prêts à jouer, de quoi lancer une partie sans préparation.

Disponibilité à vérifier

Autour du livre de base, la gamme française s’est étoffée de plusieurs suppléments identifiés : Péril à Port-Réal, Chroniques de Westeros, Le Guide du Monde, La Garde de Nuit et Le Trésor du Dragon. Pour creuser la fiche technique et l’historique complet des tirages, la page Wikipédia du Trône de fer en jeu de rôle reste la synthèse la plus fiable en français. Un mot de prudence côté disponibilité : Edge a réimprimé le livre de base après épuisement des premiers tirages, mais on ne dispose d’aucune source datée et fiable sur le statut exact de la gamme en boutique aujourd’hui. Avant de foncer, mieux vaut vérifier l’occasion et le réseau de distribution.

Jeu de plateau de stratégie médiéval en cours de partie, carte d'un royaume divisé couverte d'armées de pions et de marqueurs d'influence.

Autour de la table : plateau, cartes et art du complot

Le jeu de rôle n’est pas la seule porte d’entrée vers Westeros. Bien avant lui, les maisons se disputaient déjà le trône sur un plateau et dans des paquets de cartes.

Le jeu de plateau et le jeu de cartes

Le jeu de plateau Le Trône de Fer est né sous la plume de Christian T. Petersen et publié par Fantasy Flight Games en 2003. C’est un jeu de négociation et de conquête pour trois à six joueurs, comptez environ 150 minutes par partie, qui plante le décor au tout début de la saga : à la mort du roi Robert Baratheon, les grandes maisons se ruent sur le trône. Une seconde édition paraît en 2011 en anglais, puis en 2012 en français ; elle absorbe plusieurs éléments des extensions de la première mouture, des ports aux garnisons en passant par les cartes Sauvageons et les engins de siège. La VF passe par Edge Entertainment, dans le giron d’Asmodee.

Le jeu de plateau en chiffres

2003sortie chez Fantasy Flight
3 à 6joueurs
150 minenviron par partie
2012seconde édition en français

Côté cartes, l’aventure a commencé encore plus tôt. Le jeu paraît d’abord en format à collectionner (CCG), sous le nom A Game of Thrones, dont le premier set « Westeros Edition » sort en août 2002, soit avant le plateau. Fin 2007, Fantasy Flight fait basculer le titre en format évolutif (LCG, pour Living Card Game) : fini les boosters aléatoires, place à des extensions mensuelles au contenu fixe, les « Chapter Packs ». Une seconde édition du LCG suit en 2015. Là encore, la traduction française est assurée par Edge.

Jouer l’intrigue à table : nos conseils maison

Reste la vraie question : comment fait-on vivre Westeros une fois les dés sur la table ? On le rappelle, ces recommandations sont des conseils maison Geek Powa, et non des citations d’un auteur, faute de source primaire vérifiable en ligne. Elles s’appuient sur ce qui rend l’univers singulier : ici, le moteur n’est pas le donjon à vider mais la tension entre des objectifs incompatibles.

Conseil de MJ

Premier réflexe, donner à chaque personnage un secret et un besoin qui contredisent ceux des autres joueurs. La table westerosienne carbure à la friction interne, pas au mystère à résoudre. Deuxième réflexe, traiter la maison noble comme un personnage à part entière, avec ses ressources, sa réputation et ses failles ; le chapitre de création de maison de SIFRP invite d’ailleurs explicitement à cet arbitrage entre terres, loi, population, richesse et puissance militaire. Troisième réflexe, faire de chaque scène sociale un affrontement à enjeux réels, perte de terres, de statut ou de vie, et non un jet cosmétique. Dernier réflexe, et sans doute le plus fidèle à l’ambiance : ne jamais garantir la sécurité d’un personnage important. L’incertitude permanente est le sel du Trône de fer, et à table elle se traduit par des complots qui coûtent cher, exil, déshonneur ou mort, pas seulement des points de vie.

Des alternatives pour la low fantasy politique

Si la gamme officielle reste introuvable ou si l’on veut varier les moteurs, quelques valeurs sûres partagent l’ADN politique de Westeros. Pendragon, créé par Greg Stafford chez Chaosium en 1985 et toujours édité, reste la grande référence du jeu de rôle arthurien : honneur chevaleresque, intrigues de cour et succession des générations passent avant le donjon. Houses of the Blooded, signé John Wick en 2008, se présente carrément comme un « anti-DnD » tourné vers la tragédie, la romance et la vengeance ; son univers féerique, les Ven, diffère de Westeros, mais son sujet, la politique de cour, en est cousin. Reign, enfin, écrit par Greg Stolze sur son One-Roll Engine (à ne pas confondre : c’est bien Stolze, pas Stafford), fait incarner généraux, monarques et chefs religieux qui gèrent de véritables organisations de pouvoir, un angle parfait pour jouer la gestion d’un royaume, même si le ton s’éloigne de Martin. Pour comparer les systèmes de jeu au-delà de ces titres, l’encyclopédie tenue par Fletch recense les moteurs et leurs logiques de résolution.

🎲 Autour de la table : le lien JDR

Quel jeu pour quel usage ? Pour incarner une maison et jouer l’intrigue de cour dans Westeros même, c’est A Song of Ice and Fire Roleplaying (VF Le Trône de Fer chez Edge, idéalement l’Édition des Trônes de 2012 qui inclut une aventure prête à jouer). Pour une soirée de conquête et de trahison sans maître du jeu, le jeu de plateau Le Trône de Fer de Fantasy Flight (3 à 6 joueurs, environ 150 minutes). Pour du duel de decks à deux ou en tournoi, le jeu de cartes évolutif (LCG). Et si la gamme officielle vous file entre les doigts, Pendragon pour la cour chevaleresque, Houses of the Blooded pour la tragédie politique, Reign pour gouverner un royaume.

Westeros se prête décidément mieux à la table qu’à la manette : c’est un monde de mots, de dettes et de secrets, exactement la matière d’une bonne partie de jeu de rôle. Pour prolonger, on peut relire le dossier Game of Thrones et fouiller les anecdotes de casting de la série, histoire de garnir ses PNJ. Et pour voir un système décortiqué en direct, la Chronique JDR de Geek Powa passe en live tous les lundis à 21h sur Twitch et YouTube.

Questions fréquentes sur le Trône de fer en JDR

Quel est le jeu de rôle officiel du Trône de fer ?

La référence est A Song of Ice and Fire Roleplaying, publié par Green Ronin en 2009 et conçu par Robert J. Schwalb. Il a été traduit en français par Edge Entertainment sous le titre Le Trône de Fer, le jeu de rôle en 2010, puis réédité en Édition des Trônes en 2012. Un précédent jeu, distinct, était paru chez Guardians of Order en 2005.

Qu’est-ce que le Chronicle System ?

C’est le moteur maison de Green Ronin qui fait tourner le jeu, sans recourir au d20 ni au Tri-Stat. Sa particularité est de gérer le combat, l’intrigue de cour et la guerre à grande échelle avec une même mécanique de résolution, afin que la politique pèse autant que l’affrontement à l’épée. Un chapitre entier est consacré à la création de maison noble.

Existe-t-il un jeu de rôle du Trône de fer en français ?

Oui. Edge Entertainment a publié la VF dès février 2010, avec un livre de base et cinq suppléments identifiés (Péril à Port-Réal, Chroniques de Westeros, Le Guide du Monde, La Garde de Nuit, Le Trésor du Dragon). La disponibilité actuelle en boutique n’est pas confirmée par une source récente : mieux vaut vérifier le neuf et l’occasion avant achat.

Y a-t-il un jeu de plateau du Trône de fer ?

Oui, Le Trône de Fer de Christian T. Petersen, publié par Fantasy Flight Games en 2003. C’est un jeu de négociation et de conquête pour 3 à 6 joueurs, environ 150 minutes, situé à la mort de Robert Baratheon. Une seconde édition est sortie en 2011 (2012 en français), intégrant des éléments des extensions de la première.

Quelles alternatives pour jouer l’intrigue à la manière de Westeros ?

Trois pistes vérifiées : Pendragon (Chaosium, 1985) pour la cour arthurienne et l’honneur chevaleresque, Houses of the Blooded (John Wick, 2008) pour la tragédie et la vengeance politique, et Reign (Greg Stolze, One-Roll Engine) pour gérer un royaume en incarnant généraux et monarques. Les univers diffèrent, mais chacun place l’intrigue avant le donjon.

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